Charles Konan Banny : Les Dangers D’un Discours Démagogique Et Ivoiritaire

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A quelques deux ans de la prochaine élection présidentielle d’octobre 2015, il s’est résolu, enfin et sans doute définitivement, à ouvrir son agenda politique et à mettre en branle son plan de conquête du pouvoir d’Etat. Tout porte à le croire, Charles Konan Banny, le président de la Commission dialogue vérité et réconciliation, dont le mandat prend officiellement fin dans moins d’une semaine – il a été investi à la tête de la CDVR le 28 septembre 2011 –, ne rempilera pas.
L’ancien Premier ministre de Gbagbo n’a visiblement plus le cœur à la tâche. Celle qui lui a été confiée, voilà deux années en arrière, de recoller les morceaux d’une cohésion nationale mise à mal par une décennie de crise. Juge-t-il plus ou moins réussie cette noble et exaltante mission ? Se décerne-t-il le satisfecit du devoir accompli ? En tout cas, les innombrables yeux pour corroborer ou non le succès de la CDVR, on peut le dire, restent encore grandement ouverts chez les Ivoiriens, qui semblent désespérément chercher le moindre début d’harmonie sociale retrouvée dans leur pays. Peut-être, le moment venu, en tireront-ils les conséquences. Il faudra attendre.
Pour l’heure, ce qu’il leur sera immanquablement donné de voir dans les tout prochains jours, c’est ce pied solidement cramponné au starting-block de la course à la magistrature suprême d’un Banny désormais prêt à se lancer dans la compétition électorale qui n’a jamais cessé de cristalliser ses rêves, longtemps refoulés certes (moins par manque d’ambition que par courage), de devenir le prochain président de la République de Côte d’Ivoire.
Avant-hier donc, par le bien curieux et modeste biais d’un site internet, pour un homme qui aspire à prendre en mains le destin de quelques 22 millions de ses compatriotes, CKB s’est jeté pieds joints dans le marigot politique ivoirien. Car il s’agit bien par cette sortie, d’une annonce sans ambages de la candidature d’un prétendant au fauteuil présidentiel qui est convaincu que son heure est arrivée.

Banny s’empare du glaive ivoiritaire

Mais il s’agit surtout, pour peu qu’on ne se contente pas d’une lecture aérienne du texte produit par l’ancien gouverneur de la Bceao, d’une attaque en règle, certes comme à son habitude le glaive frileusement dissimulé dans le dos, contre celui qu’il a identifié comme son principal adversaire : l’actuel chef de l’Etat.
Car nul n’est dupe, Charles Konan Banny, qui est notoirement connu pour ne préférer que les chemins sinueux aux lignes droites, question de brouiller les pistes de ses ressentiment cachés, en avait tout le long de son texte après Alassane Ouattara, en prenant bien soin, pour déguiser ses animosités verbales contre sa vraie cible, de décocher quelques coups en direction du PDCI et de son actuel président, Henri Konan Bédié. De ce point de vue, on en est bien à se demander si lui qui dit ne « porter aucun masque », n’est pas le masque lui-même en personne !
D’abord, dans une véritable leçon d’anthropologie sociale de l’authentique citoyen ivoirien qu’il se dit être et bien au fait de « l’Histoire » de son pays, lui « l’Ivoirien qui a traversé le demi-siècle de notre construction démocratique » et qui «est né comme Houphouët-Boigny, dans une famille de planteur », et pour qui la Côte d’Ivoire est « avant tout une géographie», Banny brandit sans scrupule aucun le chiffon rouge de l’ivoirité. En truffant son texte des mots «Histoire», «Terre», «rapport charnel à notre terre», en se disant «passionné de la Côte d’Ivoire » dont il « chérit fièrement les symboles de la Nation, l’hymne, la devise, le drapeau », il n’emprunte pas moins les thèses de la préférence nationale, de ce patriotisme étriqué dont s’est servie Laurent Gbagbo pour diviser ce pays et lui apporter la guerre.
Car quand bien même il prétend qu’ « avec nous, la ‘’génération cabri-mort’’, ‘’génération des sacrifiés », celle de la panne de notre modèle social républicain, celle de nos enfants dont l’avenir serait compromis si nous ne parvenons pas à retrouver le sens des valeurs positives, paie le tribut aux errements et tourments d’une Histoire récente écrite en lettre de sang », Banny, qui est du reste bien partie prenante de cette « Histoire récente », ne prépare moins par son discours, une nouvelle « histoire en lettre de sang », les mêmes causes produisant les même effets.
A la vérité, Charles Konan Banny n’a qu’une seule et véritable stratégie dans la course au pouvoir qu’il vient officiellement d’amorcer.

La démagogie d’un assoiffé de pouvoir

Se présenter lors de la campagne électorale, naguère à l’instar de Gbagbo, comme le vrai Ivoirien, celui qui a dans le sang l’Histoire de ce pays et qui mérite, plus que quiconque de présider aux destinées du peuple ivoirien.
Quand il avance que « la Côte d’Ivoire n’est pas une case sans clé (et que) la clé de sa destinée est de lui insuffler le principe d’espérance », il n’agite ni plus ni moins que le spectre du risque encouru par ses compatriotes de laisser leur pays aux mains d’Ivoiriens inauthentiques, comme Alassane Ouattara, qui ne peut pas les aider à «renouer avec leur Histoire». Quand il qualifie, en outre, le PDCI de « ‘’parti-godillot’’ à la remorque de ceux qui l’ont rejoint», Banny s’insurge voire s’indigne contre l’existence ou à tout le moins la survivance d’un RHDP, cette sorte de patchwork que le RDR, «inauthentique», a rendu contrenature.
Ces envolées lyriques aux relents ivoiritaires de Banny reposent en réalité sur deux convictions. D’abord, le désormais futur candidat déclaré à la présidentielle prochaine croit dur comme fer que son passage à la CDVR, qui lui a permis de parler aux Ivoiriens de toutes les contrées, est un formidable investissement en termes de capital affectif du pays profond, dont il tirera forcément des dividendes le moment venu. Car en dehors de l’électorat baoulé qu’il espère captif en l’absence de Bédié, il se verrait bien par son discours sur les valeurs ancestrales basées sur l’Histoire de la Côte d’Ivoire authentique, adopter par une bonne partie des populations du terroir.
Deuxièmement, l’ancien Premier ministre en embouchant ainsi la trompette de l’authenticité nationale entend attirer les suffrages de l’électorat ‘’patriotique’’ d’un FPI, dont il espère bien qu’il ne pèsera pas suffisamment lourd dans la balance électorale, en l’absence d’un leader charismatique de la trempe de Laurent Gbagbo.
L’autre particularité du message de Konan Banny, une sorte de projet de société voire de programme de gouvernement … « godillot », c’est son caractère démagogique. Sans aucune honte, il parle de la Côte d’Ivoire sous Ouattara comme d’une Côte d’Ivoire, sans une « Histoire récente » à laquelle il a lui-même participé en tant que tout puissant Premier ministre, à qui la communauté internationale avait donné presque tous les leviers de développement et qui n’a absolument rien fait de ses dix doigts pour lui insuffler le moindre espoir en termes de croissance, lui, le supposé expert en développement, «qui a la fièvre des bâtisseurs» et la «passion d’agir». «Aujourd’hui, dans notre pays, les poches de pauvreté sont bien trop nombreuses. Des chefs de famille doivent confronter la honte de ne pouvoir subvenir au besoin de leurs enfants, il faut les aider à reconquérir leur dignité. Les frustrations du quotidien peuvent constituer un ferment toxique, la honte et l’humiliation aussi», ose-t-il écrire, ignorant royalement la formidable impulsion économique donné par Ouattara à un pays dont il a hérité des ruines. En politique, tous les coups sont permis. On peut le conocéder à Banny. Mais encore faut-il avoir suffisamment de mémoire et de lucidité pour éviter de replonger un pays qui sort d’une meurtrissure aussi profonde que la Côte d’Ivoire, dans le même précipice

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