Franklin Nyamsi : « Affi Devrait Etre Poursuivi Pour Diffamation »

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Dans cette interview, l’universitaire franco-camerounais, Franklin Nyamsi, s’insurge, notamment contre le faux débat qui refait surface au sujet de l’éligibilité du président de la République, Alassane Ouattara. Pour lui, très vite, il faut tourner la page de ce débat qui n’a plus lieu d’être.

Depuis quelques jours, on assiste au retour du vieux débat sur l’éligibilité du président Ouattara. Qu’en pensez-vous, vous l’observateur bien averti de la scène politique ivoirienne ?

Classons vite les faux problèmes. Il n’y a jamais eu de débat sérieux  sur la nationalité du citoyen Alassane Ouattara, car tous ceux qui possèdent le moindre bon sens et la moindre culture juridique exempte de perturbations politiciennes et émotionnelles savent naturellement que le président Alassane Ouattara a de tout temps été Ivoirien, né de père et de mère eux-mêmes Ivoiriens, comme tous ses frères et sœurs parfaitement connus de longue date en Côte d’Ivoire. On peut donc déduire de l’évidence précédente la conséquence suivante : ceux qui contestent encore la nationalité ivoirienne du président Ouattara dans le débat politique actuel sont non seulement des hors-la-loi qui devraient être poursuivis pour grave diffamation, mais sont aussi des politiciens sans doute en mal de thèmes de mobilisation, de zones de positionnement dans leur propre camp, voire même en manque d’occupation utile. Quand pendant dix ans, on n’a pas travaillé pour vivre, le retour dans l’opposition est pénible. Mieux encore, la nature politique, comme la nature humaine,  elle aussi, a horreur du vide et quand on n’a pas de contenu propre, il n’est pas rare de voir ceux que guette le vide politique s’engouffrer dans la politicaillerie. Cette politique du ressentiment est la marque déposée des individualités sans substance propre. Ils fouinent alors dans les poubelles de l’histoire, à la recherche de slogans bouche-trous.  C’est ainsi qu’ils inventèrent une « Sorbonne » ivoirienne où l’ignorance recevait les meilleures primes. Sinon, disons-le d’une formule qu’ils devraient méditer : « plus Ivoirien qu’Alassane Ouattara, tu meurs. »

Pour en finir définitivement avec cette question, Affi N’Guessan (re)propose les états généraux de la République. Ce forum proposé par le Fpi peut-il permettre de régler durablement cette question ?

D’abord, permettez-moi de vous dire que cette question n’existe pas. C’est tout le sens de ma réponse précédente, où j’ai montré qu’elle était un artefact inventé par des brasseurs de vides. Pascal Affi N’Guessan est un grand brasseur de vides.  Je vous dirai même plus. Il est assis sur cinq vides et c’est par pur miracle qu’il n’a pas encore basculé dans l’abîme, car il n’est retenu que par un fil, attaché au col de sa chemise : sa liberté provisoire accordée par la justice ivoirienne.  Voyons-donc : d’une, il est assis sur un fauteuil vide de président intérimaire, car les pro-Gbagbo du Fpi ne lui reconnaissent aucune autorité décisive sur l’appareil du parti. Le vrai, seul et unique président réel du Fpi, c’est toujours le prisonnier Gbagbo. De deux, Affi N’Guessan est assis sur un vide stratégique. Le plan de reconquête militaire du pouvoir par les radicaux du Fpi à partir des frontières ghanéennes et libériennes a été sérieusement démantelé par l’action sécuritaire et la large légitimité démocratique du pouvoir ivoirien du Rhdp (Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix, ndlr).  En troisième lieu, Affi N’Guessan est assis sur un vide financier créé par la forte prédation des réserves financières de son camp et du pays par les barons de la Refondation.  Vous avez dès lors vu le Fpi faire récemment et désespérément la poche aux Ivoiriens par temps de crise économique. En quatrième  lieu, Affi N’Guessan est prisonnier d’un Fpi hésitant sur sa stratégie face à la présidentielle 2015 qui se profile : soutenir un candidat éventuellement renégat du Pdci, contre le candidat du Rhdp ? Ce serait la mort du défi de Gbagbo à Houphouet-Boigny. Soutenir Affi N’Guessan ou tout autre frontiste contre Alassane Ouattara ? Cela voudrait dire, comme l’a annoncé Koné Katinan, le porte-parole milliardaire de Gbagbo, depuis le Ghana, qu’on laisse Gbagbo finir tranquillement de vieillir à La Haye. Enfin, le cinquième vide est de nature idéologique. Un exemple ? Maintenant que le Fpi a soutenu l’intervention française au Mali, tous les anticolonialistes dogmatiques qui bêlaient derrière lui se grattent rageusement la tête. Ne sont-ce pas les mêmes qui ont dit que la France était la source de tous les malheurs du monde africain ?  Le Fpi est devenu un bateau ivre. Affi N’Guessan avait d’ailleurs juré, lors d’un meeting au Plateau, en mars 2011 : « Alassane Ouattara ne sera jamais président dans ce pays ! Il va passer où pour arriver à la présidence ?» Or Alassane Ouattara est bien président de la République depuis 2010 et la Côte d’Ivoire va infiniment mieux, en trois ans sous ADO qu’en dix ans sous Gbagbo. Donc, vous comprenez l’obtusion d’esprit du personnage d’Affi, souffrant de cette monomanie mentale typique que j’ai diagnostiquée depuis longtemps chez les cadres du Fpi. Ils sont capables de répéter tellement fort et longtemps un mensonge qu’ils finissent par s’en convaincre eux-mêmes, par autosuggestion. Pour conclure ce point, disons que les états généraux de la République d’Affi N’Guessan devraient d’abord avoir lieu dans le psychisme collectif du Fpi. Qu’il balaie bien à sa propre porte ! Si ce parti guérit de sa monomanie, il ne demandera plus des états généraux à un régime démocratique et légitime comme celui du Rhdp. La réconciliation véritable suppose un dialogue sans préalables, ni prétention, dans le strict respect de la légalité et de la légitimité républicaine. Le pouvoir Rhdp est légitime, contrairement à la Refondation d’octobre 2000. Les forums et états généraux, comme les conférences nationales souveraines des années 90,  sont faits pour des régimes illégitimes. Sur cette question, je conclurai volontiers par une idée lumineuse de Charles Onana, un journaliste très indélicat, à la solde de Laurent Gbagbo, qui de temps en temps, est visité par de rares éclairs de vérité. Pour Charles Onana, dans une vidéo récemment publiée sur le net,  l’échec de Gbagbo s’explique aussi par le fait qu’il était trop seul à réfléchir dans son camp. Tous ses collaborateurs ont brillé par une telle incapacité de penser qu’ils n’ont jamais rien su anticiper sérieusement des difficultés qui leur faisaient face. Onana, merci !

Ce débat ne pose-t-il pas la nécessité de réviser la Constitution pour la débarrasser de ces articles à problème ?

Je ne crois pas qu’il y ait débat, puisque fondamentalement, le problème de la citoyenneté du chef de l’Etat actuel n’existe pas. Mais, il faut voir les choses dans la perspective de l’intérêt général. Epoux d’Ivoirienne depuis 1999, père de nombreux enfants qui ont aussi leurs racines ici, j’ai parfaitement le droit de me plaindre de l’Esprit de cette Constitution de 2000 et de souhaiter que sa lettre soit alignée sur la norme éthique originelle de ce pays. Quand on sait l’idéal de progrès et d’humanité qui embrasait le cœur du président Félix Houphouet-Boigny, on ne peut que souhaiter que la loi fondamentale de ce pays soit parfaitement d’équerre avec sa règle : l’amour du bien.  Il appartient aux législateurs ivoiriens et à eux seuls de toiletter la loi fondamentale de toutes les scories haineuses des régimes ivoiritaires. L’erreur cependant consisterait ici à croire qu’on arrange la Constitution pour le président Ouattara, comme s’il avait un problème personnel avec un quelconque article de cette Constitution. Certes, des gens ont écrit certaines parties de cette Constitution de 2000 en le visant, mais il a eu l’habileté de ne pas les affronter sur leur terrain d’alors, en précisant que cette Constitution le visait, mais ne le concernait pas. Pourquoi a-t-il procédé ainsi ? Je me suis risqué à formuler une hypothèse que les faits successifs approuvent. De père et de mère Ivoiriens, Alassane Ouattara ne s’opposait pas à l’esprit infect de cette Constitution pour lui-même, mais pour toutes les générations futures,  au nom de l’âme cosmopolitique de la Côte d’Ivoire inspirée par la sagesse du président Houphouet-Boigny. Maison du métissage africain, maison du pauvre, de l’orphelin et de l’étranger, la Côte d’Ivoire ne saurait demeurer la terre de sagesse, de force morale et de beauté qu’elle a toujours su être en laissant dans sa Constitution des traces infectes de la haine de l’autre Homme. Et si le président Ouattara a appelé à voter ‘’oui’’ au référendum constitutionnel en 2000 dans le contexte troublé qu’on sait, c’était probablement parce qu’il confiait déjà au destin, la noble tâche historique de lui donner l’occasion suprême de remettre la Côte d’Ivoire sur les pieds, en brisant le veau d’or de l’ivoirité qui a bu trop de sang dans ce pays.

Le président du Fpi brandit des menaces de troubles, si les préoccupations de son parti ne sont pas prises en compte. Faut-il prendre ces menaces au sérieux ou pensez-vous que ce sont juste des paroles en l’air ?

Le temps où les menaces du Fpi faisaient trembler les Ivoiriens est révolu. Les forces de l’ordre ivoiriennes brillent d’un nouvel éclat. C’est une chose heureuse, même s’il reste toujours à combattre sérieusement le grand banditisme, qui perturbe encore bien des sérénités citoyennes en Côte d’Ivoire. Mais la terreur frontiste a vidé les lieux. On ne voit plus ces miliciens haineux,  armés de machettes, de gourdins, d’armes à feu et de carburant dans les rues ivoiriennes. Mais la logique du crieur impénitent est obsessionnelle. Cette époque de terreur fut hélas, l’heure de gloire du Fpi qui hésite à s’en repentir, faute d’autre bilan positif à exhiber. Je ne pense pas que le Fpi changera de disque. Il le rayera davantage. Il a toujours eu, de tout temps, trois armes dans ses caves : l’insurrection populaire, le coup de force militaire déguisé en insurrection populaire, et le martèlement idéologique monomaniaque de sa propagande mensongère. On peut cependant constater pour le moment que le peuple pro-Fpi est un peu exténué par cette logique suicidaire. J’étais dans le Gôh, au cœur de la délégation dirigée par  le président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro. Les cadres du Fpi nous avaient promis quolibets, lynchages, attaques armées, voire attaques mystiques, avant la visite. Qu’ai-je donc réellement vu dans le prétendu fief ethnique du Fpi ? Des gens qui ont des problèmes élémentaires qu’ils soumettent humblement à l’Etat : dispensaires, écoles, pompes hydrauliques, collèges, routes, aérodrome, emploi, maladies, deuils, etc. Le président Guillaume Soro n’a fait que du social, d’un bout à l’autre de ce département, face à des populations qui l’attendaient comme on espère voir une oasis dans un immense désert. Les revendications politiques étaient menues, presque insignifiantes. Cela étant, le Fpi, on le sait, n’hésitera pas à s’engouffrer dans la moindre erreur d’inattention du pouvoir Rhdp. Les frontistes ont une qualité certaine : même quand ils ont perdu parce qu’ils avaient tort, le fait qu’ils se droguent de l’illusion d’avoir eu raison leur donne la force inespérée de toujours tenir à la vengeance contre ceux qui les ont vaincus. C’est l’illusion du fameux « match-retour », qui hante les rêves frontistes comme les communistes embourgeoisés rêvent parfois du Grand Soir, entre deux rots de champagne et de caviar. Je pense que les trois têtes de l’exécutif, du législatif et du judiciaire ivoiriens connaissent parfaitement les réflexes des refondateurs. Nous devons la paix reconquise à cette science profonde de la situation au sommet de l’Etat.

Cette ambiance délétère qu’entretient déjà le Fpi ne menace-t-elle pas le scrutin présidentiel de 2015 ?

Le Fpi ne veut pas des élections présidentielles transparentes en Côte d’Ivoire, depuis octobre 2000. Pourquoi ? Il a eu l’occasion de constater qu’il ne peut pas les gagner contre le Rdr (Rassemblement des républicains, ndlr) et le Pdci-Rda (Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain, Ndlr), encore moins quand les deux formations houphouétistes sont réunies comme c’est le cas depuis 2005. Donc le Fpi ne menace pas le scrutin de 2015, c’est plutôt le scrutin de 2015 qui menace le Fpi. Le Fpi est dans un vrai dilemme. S’il n’a pas de candidat, il est mort. Comment tenir pendant dix ans, sans le moindre chef opérationnel politique sur le terrain ? Mais si le Fpi a encore un candidat, comme il ne peut clairement compter sur la gouaille du prisonnier Gbagbo avec certitude, il sait aussi qu’il est mort. Car dès lors qu’il y aura un autre présidentiable au Fpi, ce parti éclatera, globalement entre les ailes de Katinan (radicaux pro-Gbagbo) et les ailes d’Affi (opportunistes pro-Gbagbo). Les exilés traiteront davantage leurs camarades de l’intérieur de traîtres, tandis que ceux de l’intérieur les traiteront de poltrons. Et donc, 2015, c’est l’annonce de l’apothéose du vide pour le Fpi. Voilà pourquoi il se réfugie derrière une tactique ultime : faire peur à tout le monde pour diffuser sa propre peur et paralyser le pays. En un mot, le Fpi compte davantage sur les dissensions du Rhdp que sur ses propres forces. C’est avec les verges du Rhdp que le Fpi essaiera de le battre. Au Rhdp de s’unifier davantage, d’isoler ses ivoiritaires et d’assumer clairement son bilan commun, sous le symbole fraternel et unifiant du président Alassane Ouattara, adoubé par son allié, le président Bédié. Quand on connaît l’équipe qui gagne, on la fait entrer dès la première mi-temps pour plier le match.

L’autre débat qui avait cours, à propos de cette élection à venir, est justement celui de la candidature unique du président Ouattara pour le compte du Rhdp. Quel est votre avis sur cette autre question ?

Examinons bien la situation. Comment voyez-vous des gens qui ont gouverné et voté ensemble toutes les lois du quinquennat 2010-2015 , pendant cinq ans, s’affronter dès le premier tour de la présidentielle 2015 en s’opposant l’un contre l’autre, leurs bilans respectifs ? Nous ne sommes plus dans la période exceptionnelle d’avant 2010. Il n’y aurait pas meilleure voie vers la cacophonie en 2015, pour le Rhdp, que de commencer  une course de relais en tordant d’abord la cheville d’un de ses coéquipiers. Quelle situation serait beaucoup plus pertinente pour la majorité au pouvoir ? Manifestement, cette majorité devrait gagner davantage en cohésion et en équilibre interne – ce qui ne veut pas dire stricte proportionnalité-, afin de tenir un langage toujours plus cohérent à l’opinion nationale et internationale. Dans une telle dynamique, je crois qu’une candidature unique du Rhdp à la présidentielle de 2015 apporterait plus de clarté au jeu politique ivoirien. J’ai vu les désastres d’une rude élection primaire entre Martine Aubry et François Hollande dans le Parti socialiste en France. On a vu également, dans le duel Copé-Fillon, la déchirure de la droite française de l’Ump (Union pour un mouvement populaire, ndlr). Apprenons des erreurs d’ailleurs ! Les majorités ne doivent pas être brinquebalantes, si l’on veut s’assurer d’exercer effectivement le pouvoir dans l’intérêt général bien compris et pour une démocratie bien-portante.

Vous étiez récemment à Abidjan, pour la présentation du film-documentaire du journaliste, Saïd Penda, intitulé : « Laurent Gbagbo : despote ou anti-néocolonialiste…le verbe et le sang » ; un documentaire dans lequel vous intervenez. Les partisans de l’ancien président sont persuadés que l’objectif de cette œuvre est de noyer le soldat Gbagbo. Vrai ou faux ?

Je n’étais pas à Abidjan, à la présentation du film de Saïd Penda. C’est par pure coïncidence que le film a été présenté lors de mon dernier séjour à Abidjan. Cette précision étant faite, je dirais que le documentaire de Saïd Penda a un avantage pédagogique. Sa logique est ce qu’on nomme en mathématique, une bijection entre deux ensembles corrélatifs : chaque affirmation d’un état de choses, côté discours, correspond à la monstration d’un fait, côté histoire réelle. C’est imparable ! Il démontre en montrant. Je crois que ce sont d’abord les partisans de Laurent Gbagbo qui veulent noyer le poisson dans cette affaire, en accusant le journaliste Saïd Penda de noyer Gbagbo. Comment peut-on vraiment noyer quelqu’un qui s’est jeté seul, éperdument, dans l’océan dangereux de l’idéologie ivoiritaire ? On appelle cela en d’autres contrées le saut du fou. Gbagbo et les siens ont fait tout seuls leur saut du fou.  Moi, je vivais en Côte d’Ivoire entre 95 et 2000, j’ai vu ce pays sombrer par l’irresponsabilité de ceux qui incarnaient alors le rêve de la jeunesse africaine de gauche dont nous étions. En 1995, j’écrivais déjà un papier contre la dérive identitaire dans le discours de la gauche ivoirienne. Je disais qu’un tel discours rendrait insensibles les militants du Fpi à la logique génocidaire. Le groupe « Nouveaux horizons », à la solde du Fpi refusa de me publier ! Observant l’action du Secrétaire général de la Fesci (Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire, ndlr) à l’époque, Guillaume Soro, je l’ai vu pris à l’étau des méthodes tribalistes de Laurent Gbagbo. Il en a beaucoup souffert.  Nous, étrangers d’alors, avons vu le mépris xénophobe poindre dans le regard que nous portaient certains de nos propres camarades fescistes, de gauche.   Que c’était dur de voir le fleuron de la gauche francophone produire des personnages médiocres et haineux comme Blé Goudé ou Damana Pickass !  J’ai vu la longue persécution organisée par les régimes ivoiritaires contre le président Ouattara en particulier et les Ivoiriens du Nord, tous comme métis et les étrangers ouest-africains en général. Tout le monde a vu le Fpi et son chef glisser progressivement, notamment pendant la transition du général Guéi en 99-2000, dans la pensée d’extrême-droite. Le journaliste Saïd Penda nous montre calmement dans son documentaire, ce que tout citoyen mentalement bien portant dans ce pays, devrait savoir de l’homme politique Laurent Gbagbo. Je crois que Saïd Penda a même dû délivrer certains militants du Fpi de leurs dernières illusions gbagbolâtriques. Pour ma part, j’ai apporté quelques modestes lumières dans l’affaire. Si elles ont servi, tant mieux, car il y a trop de douleurs muettes dans notre continent.

Après sa mission au Burkina Faso, le président Guillaume Soro est critiqué aussi bien par les opposants burkinabè que les partisans de l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo. Que vous inspirent ces critiques?

Il faut d’abord saluer la formidable énergie du chef du Parlement ivoirien. Il ne craint pas de prendre des initiatives et conserve avec talent le courage de ses idées et la mémoire de ses responsabilités. J’ai en fait l’étrange impression qu’une internationale d’anticolonialistes dogmatiques, acoquinés avec des esprits férus de micro-nationalismes divers, est en train de se tisser entre des opposants burkinabè et les partisans de Laurent Gbagbo. La horde qui hurle actuellement dans les médias est faite de chauvinistes burkinabè et de chauvinistes ivoiriens, mâtinés d’un gauchisme aléatoire. Le serpent de l’exclusion identitaire n’est pas mort de parts et d’autres de nos frontières africaines. L’avenir nous en dira sans doute plus. Le président Guillaume Soro, mis en mission par le chef de l’Etat ivoirien, S.E. Alassane Ouattara, avec une forte délégation officielle, est allé porter une parole apaisante, conciliante et rassurante de son pays à l’ensemble de la classe politique burkinabè. Voici ce que j’ai cru en comprendre : la Côte d’Ivoire en 2014 – comme le Burkina Faso en 2007- offre ses bons services à la facilitation du dialogue démocratique entre ses frères et alliés burkinabè de toutes les familles politiques. La sagesse, le dialogue et le droit constitutionnel burkinabè sont suffisamment nourris pour que la transition politique de ce pays jumeau et essentiel à la Côte d’Ivoire, se fasse vers ses horizons futurs de façon consensuelle, apaisée, légale, légitime et digne. Voici donc que surgis de nulle part, mais sûrement commis,  des rabat-joie de tous ordres viennent soupçonner la médiation ivoirienne de partialité au Burkina Faso, comme si en son temps le président Compaoré s’était laissé distraire par la gouaille des frontistes ivoiriens quand il a fallu qu’il apporte toute son expérience et sa disponibilité à la paix en Côte d’Ivoire. Je répète que l’étrange identité des groupes qui houspillaient le président du Faso à Abidjan avec ceux qui houspillent le président Soro à Ouagadougou, indique que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ivoirité ou burkinité, c’est même pipe, même tabac. Et cela n’est pas du tout bon signe pour la stabilité de la sous-région ouest-africaine et l’émergence démocratique harmonieuse au sein de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, nldr). Pourquoi n’ont-ils pas contesté la médiation du président Soro, en sa qualité de vice-président de l’Assemblée parlementaire de la francophonie, en Egypte ? C’est curieux que là où les intérêts géostratégiques de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso sont directement en jeu, des gens sans esprit viennent faire des procès en immixtion aux dirigeants de l’un comme de l’autre pays. Il y a tout de même quatre millions de burkinabè en Côte d’Ivoire. Et si la Côte d’Ivoire démocratique ne peut pas contribuer à la paix juste au Burkina, c’est qu’il y a décidément un rapport évident entre les ennemis de la paix juste au Burkina et les ennemis de la paix juste en Côte d’Ivoire. Je suis parfaitement convaincu que les présidents Ouattara et Compaoré sauront apporter la preuve, une fois de plus, de la maturité politique qui dirige la sous-région ouest-africaine. Et j’ai tout à fait confiance en la médiation conduite par le chef du Parlement ivoirien, Guillaume Soro, un grand fils adoptif du Faso. Tous les Africains – et j’en suis  conscient du havre de répit et de dignité que le Faso, sous le président Compaoré, a su constituer pour tous ceux que leurs pays avaient rejetés –, apporteront leur pierre à la consolidation du temple de la démocratie burkinabè.

Les exilés d’Accra et de Paris du Fpi, associés aux aigris de l’opposition burkinabè, ne font malheureusement pas le poids devant une évidence : la démocratie ivoirienne se consolide chaque jour et la démarche du président Compaoré au Faso, ne vise pas la confiscation à vie du pouvoir, mais sa transmission dans la sérénité et la dignité. Les esprits obtus font semblant en outre d’ignorer le terrible contexte géostratégique qui prévaut en Afrique de l’Ouest et qui interdit à quiconque garde un peu de bon sens, de nier l’importance du rayonnement diplomatique burkinabé impulsé par le talent incontestable du président du Faso.

 

 

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