Le système éducatif ivoirien : pourri et corrompu

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L’école ivoirienne est malade de sa gouvernance, de ses dirigeants et les premières victimes de la curée putride dont elle souffre sont les parents d’élèves  et leur progéniture. En cette période de rentrée scolaire difficile pour les parents et élèves, de nombreux esprits malveillants au sein de notre système éducatif ont choisi ce moment de tourmentes et de stress pour tondre les parents d’élèves aux abois, les soulageant de leurs ressources amaigries par la paupérisation ambiante.

En effet,  un vaste réseau mafieux de Directeurs Régionaux de l’Education Nationale et de l’Enseignement Technique, de chefs d’établissement, de responsables de COGES, s’est tissé autour des élèves et de leurs parents pour faire de cette rentrée scolaire 2015-2016 un véritable cauchemar.  Malgré le montant déjà discutable de 6.000 FCFA payé dans l’enseignement public national au titre de l’inscription en ligne censé donner droit à tout élève d’accéder à sa salle de classe pour un démarrage rapide et effectif de l’année scolaire (2000 FCFA vont au ministère. 1000 FCFA reviennent théoriquement au chef d’établissement pour l’aider à faire face aux frais de démarrage de l’année scolaire. 2000 FCFA vont au COGES pour certaines dépenses de fonctionnement des écoles et 1000 FCFA pour la carte d’identité scolaire quand on sait que la carte d’identité nationale elle-même  ne vaut pas ce prix au regard de la durée de validité) ; force est de constater que de très nombreux frais additionnels sont suscités par des Directeurs Régionaux, des chefs d’établissement ou des responsables du COGES qui complices et unis dans leurs projets ignobles, s’activent ingénieusement à spolier, gruger les pauvres parents d’élèves.

Sinon, comment comprendre que l’on impose l’achat, dans les établissements, de tenues de sport, de photos d’identité, de logiciels et le paiement de certains services à des coûts exorbitants, aux parents d’élèves avant que leurs enfants  puissent avec un billet d’entrée délivré à la suite de ce racket, pour enfin connaître et avoir accès à  leur salle de classe. Le résultat de ces courses est que de nombreux enfants sont à la maison à attendre que leurs parents puissent s’acquitter de cet impôt de la honte. Les plus chanceux font la file pour donner leur dû à ces fossoyeurs de l’école ivoirienne pour qui c’est la traite et qui s’engraissent de la sueur et du sang des pauvres parents d’élèves.

Les tenues de sport qui coûtent 1500 FCFA dans les écoles privées d’Abengourou sont imposées au tarif de 2500 FCFA dans les établissements publics de la ville et 3500 FCFA dans la DRENET d’Aboisso. Les livrets scolaires que l’on trouve dans le commerce à 500 FCFA au maximum sont imposés à 1000 FCFA aux élèves. L’on exige 1800 FCFA (pour un effectif estimé à 3500 élèves) pour l’achat d’un logiciel, les photos sont prises à 1500 FCFA et 600 FCFA sont donnés aux photographes et les autres 900 FCFA font l’objet d’un partage aux ramifications insoupçonnées. Nous avons  en notre possession une grille de répartition des montants issus de cet infâme commerce qu’un « ami » de l’école a mis à notre disposition. Il permet de comprendre le mécanisme mafieux mis en œuvre, les intérêts et sommes en jeu.

Un tel réseau d’intérêt ne peut se mettre en place à l’échelle nationale s’il ne bénéficie d’une complicité active du Ministère de l’Education Nationale. Car il faut le dire tout net, l’école est devenue une nouvelle régie financière dans laquelle de nombreuses personnes au Ministère ou ailleurs se sucrent. D’ailleurs, au titre de nombreux droits dont il faut s’acquitter figurent les mille francs (1000 FCFA) de la DPES, un service du Ministère de l’Education Nationale, pour l’achat de trois enveloppes  timbrées qui ne servent à personne et qui trainent dans les bureaux des éducateurs. A ce titre, un chef d’établissement d’une petite localité de la région nous confiait les difficultés qu’il avait à amener les parents d’élèves de cette localité sans bureau de poste à s’acquitter de cette somme du ministère. Quelle aberration !

Face à ce désordre organisé, nous disons simplement que soit au Ministère de l’Education Nationale on ne maîtrise pas ses hommes, soit ça pue la grosse complicité. Pour nous qui avons combattu la forfaiture CELPAID à la rentrée scolaire 2012-2013, nous savons  de quoi tout cela répond.

Pour ce qui est d’Abengourou,  la grogne monte et des parents d’élèves, commerçants au grand marché de la ville sont allés voir le Préfet de région pour se plaindre du racket dont ils sont victimes et dont les montants varient selon les élèves et les établissements de la région. Ce nouveau mal qui frappe l’école ivoirienne sévit dans quasiment toutes les DRENET au grand dam des parents d’élèves de Côte d’Ivoire et souvent dans une forme d’indifférence coupable d’un grand nombre de responsables administratifs et politiques.  

Longtemps on s’est plaint du racket des forces de l’ordre qui a été traité avec plus ou moins de succès par les ministres Hamed BAKAYAKO et Paul KOFFI KOFFI. Aujourd’hui, l’une des administrations les plus corrompues est le Ministère de l’Education Nationale qui cause bien de torts aux élèves et aux parents d’élèves.

A ce propos, nous voudrions bien nous adresser au Président-Candidat, Docteur Alassane OUATTARA, en lui signifiant qu’il est bien de construire des ponts et des routes ; mais il serait judicieux de sa part de prêter une attention toute particulière à l’école ivoirienne pour éviter que l’école gratuite, obligatoire et ouverte à tous qui lui est si chère ne soit qu’un vœu pieux, un piètre slogan de campagne.

Nous invitons tous les partenaires du système éducatif à s’impliquer activement à l’éradication de cette nouvelle forme de corruption, cette gangrène qui progressivement envahit notre système éducatif national.

Ces propos se veulent d’abord et avant tout une parole citoyenne pour plus d’équité et de justice sociale.

Goro Adoulaye

Professeur de lycée et parent d’élève

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