Lettre ouverte à Gnamien Yao, naufragé des temps nouveaux

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Très cher aîné,

S’il y a une constante qu’on observe chez les repentis et les absous, c’est leur zèle et leur propension au griotisme. En adoptant cette posture reptilienne, ces partisans de la reptation espèrent ainsi conjurer le mauvais sort qui les hante. Malheureusement, comme une fatalité, mon frère Gnamien Yao n’échappe pas à cette règle.

En effet, tel un courant d’air, Gnamien Yao, transparent et éphémère ministre d’un semestre sous le président Gbagbo, s’est permis, dans une lettre d’un niveau de langage approximatif et à la hauteur de ses nouvelles charges de « Grand » conférencier du Pdci, de traiter le président Affi N’Guessan de tous les noms d’oiseaux. Ils n’ont pourtant pas élevé les cochons ensemble.

Nicolas Boileau disait que « ce que l’on conçoit bien, s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ». Manifestement, l’esprit de synthèse n’est pas ce qui caractérise mon aîné Gnamien Yao qui aura eu besoin de coucher sur pas moins de 6 pages ses attaques en dessous de la ceinture contre le président du Fpi.

Cher aîné, cher frère,

J’aurais pu répondre, point par point, à tes injures contre le président Affi. Cependant, mon éducation ne me le permet pas. Par ailleurs, la vacuité des arguments développés sur la légitimité contre la légalité dans ta lettre ne mérite pas outre mesure que je m’y attarde. Permets-moi cependant, une fois n’est pas coutume, de prodiguer à l’aîné que tu es quelques conseils d’usage.

Vois-tu, le Pdci attend de toi, son « grand » conférencier, que tu lui ressasses ses heures de gloire perdues. Au lieu de cela, tu choisis de te vautrer dans les immondices des invectives publiques. Quand on a occupé de hautes fonctions dans l’administration publique, la sagesse commande qu’on fasse preuve d’un minimum de retenue, surtout lorsqu’on est diplomate.

Cher frère,

Fais preuve d’introspection, de contrition et cherche à exorciser les démons qui t’assaillent. Insulter le Président Affi comme tu l’as fait est peut-être pour toi un exutoire mais, crois-moi, cela ne suffira pas à blanchir la page sombre de ton parcours politique que tu as toi-même écrit à l’encre indélébile de la traîtrise à la cause des tiens et de ta formation politique que tu as sans complexe renié pour l’adversaire. Cette attitude de chacal t’a valu d’être éjecté comme un pestiféré du Pdci en 2009 par le Président Bedié.

N’aies pas la mémoire poreuse. As-tu oublié que, comme Pierre, avant même le chant du coq tu avais renié 3 fois le Pdci et Bédié au nom de l’impérieuse nécessité d’aller te gaver à la soupe de la refondation. Tu veux aujourd’hui nous faire croire que tu aimes tellement Bedié et Gbagbo que tu es disposé à croiser le fer avec quiconque ne leur fait pas allégeance.

J’aurais pu croire à ta bonne foi si tu n’avais pas tourné le dos à Bedié pour aller te mettre à la disposition de son adversaire politique d’alors qui, pour de bons et loyaux services rendus, fera de toi son Directeur national adjoint de campagne en charge de la diaspora. Et dire que tu es le président du mouvement politique “Tous pour Bedié, Bedié pour Tous ?”. La belle blague.

Cher aîné,

Comment peux-tu naïvement croire que ce sont tes injures contre le Président Affi qui te vaudront l’absolution et la rédemption après lesquelles inconsciemment tu cours vainement ? Ne t’y méprends pas, ton premier juge c’est d’abord ta conscience. Fais donc acte de contrition.

Mieux que quiconque, tu sais bien que les hommes pardonnent mais n’oublient pas. Tes amis du Pdci n’ont pas oublié que toi qui te permet de douter du sérieux du président Affi, il a suffi que Gbagbo tombe pour que, la queue entre les jambes et toute honte bue, tu rampes le lendemain faire allégeance à Bedié que pourtant, urbi et orbi, tu traitais “d’homme du passé et dépassé”. Quelle indignité !

Il y a au moins un incroyable talent que je te reconnais, c’est cette faculté que tu as de dire une chose le matin et son exact contraire le soir. Chapeau l’artiste !

Cher frère,

Quand tu as posé un acte de reniement et de lâcheté envers les tiens, faire profil bas est ce qu’il y a de mieux à observer plutôt que de s’attaquer à autrui sur une thématique dont tu es la parfaite antithèse. Certains diraient que c’est « l’hôpital qui se moque de la charité ».

Récemment, tu t’es illustré de la plus mauvaise des manières en t’en prenant à Jean-Louis Billon, puis à Adjoumani et enfin à Ahoussou Jeannot. Aujourd’hui c’est Affi N’Guessan qui est ta cible. Pour en arriver là il ne fait aucun doute que les démons qui te tourmentent doivent être particulièrement vindicatifs.

Que veux-tu finalement que la conscience collective retienne de ton passage sur le plancher des vaches ? Que tu excelles dans le « gâte-gâte » comme le font les élèves dans nos collèges et lycées ?

Cher aîné,

Ma génération, celle qui suit la tienne, attend de toi que tu sois un exemple de vertu, un modèle de probité et une référence de compétence. Le rêve que tu caresses secrètement d’être renommé ministre ne doit pas te transformer en une girouette politique, sans foi ni loi.

Nous attendons surtout de toi et de tous ceux de ta génération que vous soyez les modèles qui tracent les sillons qui réhabiliteront la politique dans notre pays. À cause de vos vagissements de ventriloques, la politique a fini par perdre toute sa noblesse au profit des « suiveurs », dixit Bedié.

Cher aîné,

C’est dans l’air du temps. Le retour probable de Gbagbo donne lui au bal des hypocrites. Tu peux donc toi aussi, par opportunisme, t’en donner à cœur joie en essayant d’apparaître comme un neo amoureux de Gbagbo alors que c’est ton parti qui lui a planté le poignard dans le dos.

Jouez donc à l’avocat défenseur de Gbagbo. Mais, de grâce, gardez vous au Pdci d’insulter la mémoire de ses vrais partisans en croyant naïvement que subitement, tous, ils sont devenus amnésiques au point d’avoir oublié que si Gbagbo, que le Pdci qualifiait en 2010 de “dictateur qui s’accroche au pouvoir”, a été extradé à la Cpi c’est aussi et surtout parce Bedié y a activement contribué.

Les militants du Fpi ne sont pas dupes et idiots, contrairement à ce que tu penses. Tu l’apprendras bientôt à tes dépens. KKB, Banny et Essy Amara pourront mieux t’en parler, eux qui, après de multiples visites à Gbagbo à la Cpi, attendaient, chacun en ce qui le concerne, qu’il appelle à voter en leur faveur lors de la présidentielle de 2015. Cet appel ne viendra jamais. Prenons date sur ce point.

Je ne t’en veux pas de faire des reproches à un adversaire politique, fut-il ton ex 1er ministre et ton bienfaiteur co-détenu à la prison de Bouna où il m’a été rapporté que, toi le courageux de la 25e heure, tu chialais toutes les nuits comme une pucelle effarouchée pour ne pas que ton geôlier, « Chikito », t’exécute. Tu faisais moins le beau là !

Frère,

Parce que je ne désespère pas de la nature humaine, je sais que tu peux changer cette façon gênante que tu as de faire la politique. Tu le peux, vu que nul n’est condamné à demeurer dans la médiocrité. Comme le disait l’un de tes référents politiques, le président Félix Houphouët-Boigny, dont manifestement tu n’as pas beaucoup appris : «seuls les imbéciles ne changent pas ». Alors, Yao change !

Tu dis du 1er ministre Affi N’guessan, sous les ordres de qui tu as servi comme ministre, qu’il était un 1er ministre de la rébellion. Non, cher aîné, Affi N’Guessan qui a été nommé 1er ministre après la victoire de Gbagbo sur Guéi a démissionné de son poste suite aux accords de Marcoussis, justement à cause de la rébellion.

As-tu aussi oublié qu’à cette époque, le Pdci, le parti politique dont tu te réclames aujourd’hui, convolait en justes noces avec ceux que tu qualifies de rebelles et dont pourtant le président Bédié dit aujourd’hui de leur ex-chef qu’il est son digne fils ? Quelle ingratitude de ta part !

Cher frère,

Crois-tu vraiment que tu connais Bédié ou Gbagbo plus que le président Affi ? Évidemment non. Évite donc de t’ériger en donneur de leçon car tu ne joues pas dans la même catégorie que l’honorable Affi. Tu sais, alors qu’à 60 ans tu joues encore dans la division “corpo” de la politique ivoirienne, Affi Nguessan, à 34 ans, était déjà maire. Un peu plus tard il sera nommé ministre et 1er ministre à… 47 ans, avant d’être élu président du Fpi à 48 ans. Sans compter qu’il a également été élu vice-président de l’international socialiste.

Affi N’Guessan est actuellement le président élu du Conseil régional du Moronou et député de la nation. Frère, Affi joue dans la Champion’s league politique ivoirienne. Respecte ceux qui, contrairement à toi, ont été à plusieurs reprises des élus dans ce pays et qui ne doivent pas leur parcours politique aux fantaisistes nominations de circonstances qui te valent d’être aujourd’hui appelé « ministre ».

Cher aîné,

Le poids plume que tu es ne boxe pas dans la même catégorie que le poids lourd Affi Nguessan. Ton dernier retournement de veste ne saurait justifier la condescendance avec laquelle tu t’adresses à lui. À moins que tu ne sois un de ces hommes que le président Bedié qualifie de « suiveurs » tu gagnerais à faire l’effort de te bonifier.

Dois-je te rappeler qu’en 2016, à Dimbokro, tu as affirmé ceci : « j’ai toujours dit que je veux présider un jour le Pdci. J’ai des ambitions moi. Je veux devenir un président du Pdci ». Sauf à penser que le Pdci est la mutuelle de développent de Koffikro, est-ce avec cette culture de l’irrespect qui te colle désormais à la peau que tu comptes diriger ce grand parti politique ? J’espère que non.

Dois-je aussi rappeler à ton bon souvenir qu’en 2010, le Bediste à géométrie variable que tu es devenu disait : « je contribuerai à la victoire de Gbagbo », «je ne voterai pas pour Bédié». Nonobstant cela, Bedié a fait preuve de grandeur d’esprit en te réintégrant au Pdci.

De même, comme tu le fais actuellement avec le président Affi, tu as fait une campagne particulièrement odieuse contre M. Ouattara en 2010. En dépit de tes attaques gratuites contre sa personne, il t’a lui aussi pardonné et t’a même nommé Inspecteur au ministère des Affaires Étrangères. Il n’a pas tenu compte de ta complaisante nomination en qualité d’ambassadeur en 2006 pour te permettre d’assurer ta pitance quotidienne. Autant d’attitudes humanistes qui devraient t’inspirer.

Cher aîné,

La politique est un jeu et non un amusement. Tiens pour acquis que le président Affi n’est pas ton camarade de jeu. Ressaisis-toi car, qu’on le veuille ou pas, nous sommes condamnés à vivre ensemble et peut-être à nous retrouver dans une opposition unie et forte.

Ne rendons donc pas les choses plus difficiles qu’elles ne le sont déjà. Si par le plus grand des hasards le Pdci arrivait à se hisser au 2e tour de la présidentielle en octobre prochain, il est certain qu’il s’aplatira devant Affi N’guessan que tu qualifies aujourd’hui de « minoritaire » pour quémander son soutien sans lequel les portes du st graal présidentiel tant convoité seraient hors de portée.

Sans rancune. Bien des choses à la famille.

Jean Bonin

Ton jeune frère de Dimbokro.

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