Côte d’Ivoire : Une opposition en panne de stratégie électorale

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Au fil du temps et des revendications saugrenues, plusieurs Ivoiriens se rendent compte que l’opposition, dans la réalité, n’est ni préparée à l’élection, ni utile dans le débat public de par ses prises de position.

Bédié sait mieux que quiconque que le retrait des candidats de l’opposition d’une élection n’empêche point la tenue de l’élection comme ce fut le cas en 1995. Gbagbo (Front Populaire Ivoirien, FPI) jette l’éponge mais Francis Wodié, à la tête du PIT accompagne Bédié et le PIT s’en tire avec un score peu honorable.

Il s’agissait, comme l’a enseigné Pierre de Coubertin, le rénovateur des jeux olympiques, de participer, « Le plus important aux Jeux olympiques n’est pas de gagner mais de participer, car l’important dans la vie ce n’est point le triomphe mais le combat ».

D’ailleurs, le 2 octobre 1995, le jour même de l’ouverture de la campagne électorale qui s’est soldée par la mort de quatre manifestants et d’un gendarme, le ministre français de la Coopération d’alors, Jacques Godfrain, a rajouté à son discours cette formule surréaliste : « La France sera à vos côtés, monsieur le président de la République, pour la longue période qui s’ouvre devant vous ».

On connaît la suite, Bédié s’est royalement réinstallé au pouvoir en bénéficiant du boulevard offert par le boycott.

Pour revenir au contexte actuel, Bédié n’est pas écarté de la course au fauteuil présidentiel contrairement à ce qu’il a lui-même fait à ses opposants en 1995. Mais c’est lui-même, pourtant déclaré éligible, qui refuse d’aller au combat car convaincu de sa défaite.

Qui ne se rappelle pas du retrait surprenant de Mamadou Koulibaly, Charles Konan Banny et Eddy Amara en 2015, arguant de conditions non réunies pour des élections justes et transparentes ?

Banny avait dénoncé « un processus inique » et Amara Essy avait affirmé ne pas vouloir « se rendre complice d’une mascarade électorale »

Le leader de Lider Mamadou Koulibaly a dénoncé des « élections truquées ».

Ces candidats dans la réalité savaient qu’ils ne feraient pas le poids face à Ouattara en 2015 et se sont trouvés une belle porte de sortie de peur d’étaler leurs minuscules poids électoraux.

Dans la réalité, participer et perdre n’est pas le fort de l’ivoirien dans une joute électorale et tous les arguments sont bons pour ne pas y prendre part.

Il est clair que Bédié a une peur bleue d’affronter Ouattara aux élections depuis des décennies.

Le coup d’Etat qui l’a renversé est la résultante d’une destruction du climat social par une chasse à l’homme anti Ouattara qui a fini par l’emporter lui-même.

Que peut rapporter un report des élections aux opposants aujourd’hui ?

Ils auront toujours en face Alassane Ouattara qu’ils redoutent dans deux mois dans trois mois ou dans un an, et plus le temps passe plus le RHDP se déploie sur le terrain en inaugurant, lançant et visitant des infrastructures socio-économiques qui font le bonheur des populations.

Comment Affi N’guessan déclaré éligible, arrive à dénoncer aujourd’hui la CEI alors qu’il a pris part aux différents dialogues politiques et aux activités de l’institution de façon régulière ?

La stratégie politique qui consiste à se solidariser avec les GORs qui l’accusent de deal avec Ouattara pue le positionnement électoraliste.

D’ailleurs Bédié, par pur calcul électoraliste ne fait que rejoindre l’aile dur du FPI, réfractaire à tout processus électoral depuis 2011.

Les partisans GORs depuis le mois de mars avaient déjà commencé à saccager les centres d’enrôlement CNI, notamment à Gagnoa le 18 mars, à Yopougon le 20 mars, il y a eu également les casses des centres ONECI de Daoukro, Tiébissou et Bouaflé.

Assoa Adou, secrétaire général du FPI pro Laurent Gbagbo, avait, auparavant, appelé ses militants à envahir les centres d’enrôlement des cartes nationales d’identité, afin d’exiger la gratuité de l’opération. Le message subliminal est passé, on a eu droit à des casses.

La logique du boycott d’une élection qu’on se sait incapable de gagner est devenue une stratégie bien huilée en Côte d’Ivoire, le reste consiste à se « fabriquer » des revendications farfelues, loufoques, irréalistes tout en s’adonnant à la surenchère verbale, la menace de l’insurrection populaire et surtout surfer sur la longue crise militaro-politique ainsi que la crise postélectorale de 2010-2011.

Auteur : Bakary Cisse

Source : Lementor.net

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