De la Côte d’Ivoire à la France, récit d’un exilé

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Il avait juste voulu accompagner son cousin en quête de meilleurs lendemains. Laciné Bamba s’est retrouvé en exil pour sauver sa vie. Nous vous proposons son récit.

           Je suis Lanciné Bamba, originaire de Touba (RCI). Né le 15 décembre 1994 à Sangouiné (village de l’ouest de la Côte d'ivoire) situé précisément dans la sous-préfecture de Man (ville de la RCI). De père Souleymane Bamba de confession musulmane et de mère Jeanne Sadia, de confession chrétienne. Je suis donc descendant d'une famille à  confession religieuse mixte. J'ai opté pour la religion musulmane. Et nos différents choix religieux n'ont jamais mis à mal  la cohésion  de notre famille. Je suis un fidèle croyant à l'existence d'un Dieu unique, tolérant, plein d'amour. J'ai donc grandi avec cette éducation islamique qui prône la tolérance sous toutes ses formes, l'amour du prochain, le respect de la laïcité etc.

         En 2008, ou j'étais titulaire du BEPC (Brevet d'Étude du Premier Cycle), je résidais chez mon cousin Inza Bamba. Tous deux résident à Abidjan (RCI) précisément dans la commune d'Abobo Avocatier. Lui était chauffeur de remorque entre le Burkina Faso et la Côte d'ivoire tandis que moi j'étais déterminé à réussir mon concours d'instituteur adjoint.  Ils étaient plusieurs chauffeurs travaillant pour la même entreprise. Certains d'entre eux faisaient la ligne Mali-Côte d'ivoire, d'autres par contre, c'était Niger-côte d'ivoire.

La rencontre imprévue Quelques années plus tard, Mon cousin Inza Bamba retrouve un de ses anciens collègues. Ils s’étaient perdus de vue depuis un bout de temps. Il le retrouve à tout hasard au volant d’un véhicule de type 4*4 et de couleur noire. Signe d’un changement de sa situation sociale. Emerveillé par ce changement rapide de son collègue de quelques années, il est attiré par cette réussite et souhaite que ce dernier puisse l’introduire afin que sa situation sociale puisse également changer. Après avoir échangé les contacts téléphoniques, les deux amis se rencontrent deux mois plus tard. Je suis alors présenté à ce « modèle de réussite » avant son retour au Burkina Faso. Quelques mois plus tard, ce dernier prend contact avec mon cousin et lui propose d’effectuer un voyage au Burkina afin de l’introduire auprès des « ces nouveaux patrons » sans donner plus de détails. Si mon cousin attendait cette proposition depuis longtemps, il eut tout de même des appréhensions et je lui proposais de l’accompagner. Trois mois après, le jour du rendez-vous arrivait. Nous sommes arrivés au soir du vendredi soir 20 février 2015 à Ouagadougou et avions passé la nuit dans un hôtel. Au réveil au petit matin, nous appelions son ami pour l’informer de notre arrivée. Il nous donna rendez-vous à midi dans un petit restaurant de la capitale Burkinabè. A notre arrivée, mon cousin se pressa de faire les présentations. Là où les deux revivaient les bons moments de leur amitié, moi je prenais beaucoup plaisir à déguster des spécialités Burkinabé. Après quoi, il nous propose de rencontrer son patron le lendemain, « son boss, un businessman. » Je constate qu’il parlait peu, mais appréciait beaucoup la discrétion et la rigueur religieuse de mon cousin. Il s’assure que j’étais également discret avant de prendre congé et de nous fixer un RDV le même jour à 17 H.

Dans le ventre de la baleine C’est finalement à 2h du matin que son « boss » nous reçoit dans son appartement au sous-sol d’un immeuble de la capitale Burkinabè. C’est dans l’une des trois chambres de l’appartement qu’il recevait ses invités. Nous avons été frappés immédiatement par un accueil particulier. Les gardes postés à l’entrée étaient en styles touareg, armés de kalachnikovs et parlaient arabe. C’est à ce moment précis que mon cousin et moi comprenions que c’était le boss d’un groupe d’islamistes que nous venions croiser. Du coup, en me rendant compte qu’il s’agissait de terroriste, j’ai été frappé par une grande frayeur et mon frère m’a dit de garder mon sang-froid. Suite à un ordre direct du chef à ses hommes, nous prîmes place au salon transformé en salle d’attente. Quelque temps plus tard (presque une heure), il intima l’ordre à ses gardes de corps de nous faire entrer. Bien avant de nous adresser la parole, il prend mon cousin en aparté. Le « boss » chuchota quelque chose à l’oreille de mon cousin, je n’entendais rien mais j’imaginais qu’il voulait en savoir plus sur moi. Après la réponse de mon cousin, j’ai remarqué qu’il lui faisait une mise en garde contre toute trahison. Après leur court échange, ils m’ont rejoint.

          Le boss commença à nous parler de l’islam et de l’importance du djihâd.  Il nous parlait des motivations de leurs revendications. Après 1H30 min d’échanges, il confisqua nos pièces d’identités et passeports. Des mesures conservatoires au cas où nous décidons de changer d’avis et de les abandonner. Ensuite, avant de nous autoriser à aller récupérer nos affaires à l’hôtel, il proféra des menaces à notre endroit selon lesquelles, leur mouvement aurait des représentations  partout dans le monde particulièrement en Côte d'ivoire. C'est à 6 Heures du matin que nous prîmes congé de lui. 

Début du cauchemar Quand nous sommes rentrés à l’hôtel, mon cousin et moi avions réalisé combien de fois nous avions risqué notre vie. Cependant, nous ne pourrions prendre le risque d’aller faire une déposition à la police car nous sentions notre sécurité très menacée. Très tôt le matin, nous quittâmes de façon clandestine le Burkina Faso par car et le lendemain, aux environs de 15 heures, nous étions chez nous en Côte d’Ivoire. La première des choses qu’a faite mon cousin, a été de changer son numéro de téléphone. Pour plus de garanti sécuritaire, il sollicitait de son employé, un changement de trajet et obtient désormais la ligne entre la Côte d’Ivoire et la Guinée. Et moi, je ne sortais quasiment plus de chez moi par peur d’être assassiné. Cette peur s’est beaucoup accentuée lorsque nous apprenions que des personnes inconnues seraient venues se renseigner sur mon cousin et moi. J’ai dû changer immédiatement de quartier. Quatre mois plus tard, mon cousin a été porté disparu à la frontière guinéenne. A ce jour, sa dépouille demeure introuvable. Les traces de sang et les impacts des tirs de balles dans son camion, ont confirmé nos inquiétudes. Il s’agissait belle et bien d’un assassinat.

La fuite Me confiant à des personnes proches, j’ai été conseillé de quitter mon pays, la Côte d’Ivoire, parce ce que j’étais exposé à un assassina certain, c’était une question de temps. Le 03 mars 2016, l’attaque à Grand-Bassam par des terroristes, avec son corollaire de morts, fut pour moi la goutte d’eau qui a fait déborder la vase. Le lendemain de cette violente attaque meurtrière, paniqué, j’ai pris la fuite, jusqu’à ce jour, sans crier garde. J’ai dû braver toutes les difficultés inimaginables, pour sauver ma vie. Du Mali, j’arrive en Algérie et de là-bas, en Libye. De là, je suis entrée en Italie le 15 Septembre 2016 avant de me retrouver en France, le pays de l’espoir.

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