La Démocratie Ivoirienne A L’épreuve Du Nomadisme Politique

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Le pouvoir, avant de l’exercer, il faut le conquérir, et pour le conquérir, à moins de le prendre par la force, il faut en passer par la Parole. C’est le moment, le plus intense qui condense, à travers la mise en scène du discours, tous les ingrédients du combat politique ,le lieu d’entrecroisement des paroles politiques, de celles des journalistes, des commentateurs, des penseurs, mais aussi de celles des mouvements sociaux qui témoignent des opinions publiques. Toutes ces paroles interférant les unes sur les autres en une alchimie indéchiffrable, nous interpellent sur la fabrique des opinions, les stratégies de persuasion que les politiques mettent en scène, parfois à leur insu. 

Dans cette scénographie politique, nous dit Patrick Charaudeau, tout discours doit être analysé dans son contenu latent et plus spécifiquement dans sa dimension logico- sémantique afin d’en extraire les écueils d’interprétation à visée manipulatoire. N’est-ce pas, là, l’exercice auquel nous soumet M Prao Séraphin lors de ses deux dernières sorties médiatiques dont les références suivent ? : (http://www.connectionivoirienne.net/106424/mon-adresse-au-peuple-de-cote-divoire-pour-quil-reste-debout /      http://www.connectionivoirienne.net/106391/cote-divoire-et-si-essy-amara-etait-lhomme-de-2015

Qui n’a pas été frappé par ces déclarations aussi hasardeuses qu’inquiétantes d’un Prao claironnant à l’envi les éloges de Mamadou Coulibaly, son mentor indéfectible, dont il fut tantôt  le délégué national au Système monétaire et financier ? D’où vient-il que, soudainement, tel un Jean Baptiste  annonçant l’arrivée du sauveur, notre Prao nous informe comme par enchantement de l’arrivée d’un autre «homme providentiel »  venu délivrer la Cote d’ivoire de ses « mauvais esprits » (esprits de pauvreté, de domination etc…)? Tel un exorciste désenchanté, il pose publiquement, sans le moindre souci que Essy Amara « non seulement,  est l’homme de la synthèse  mais aussi qu’il bénéficie d’une virginité politique ». Stratégie politique ou frustration politique ?

Ainsi, je souhaite montrer dans ma présente tribune deux choses :(I) que l’étrange et brutal détour de M. Prao s’apparente à un nomadisme politique en période électorale et (II) comment cet état de fait, loin de perturber l’opinion, est la conséquence d’une acrasie (fatigue et inconsistance) intellectuelle.

I – Le tâtonnement comme ingrédient du nomadisme politique en période électorale .

Quand la parole est investie dans un monde aussi contingent qu’abyssal qu’est  la politique, il devient impérieux pour tous les acteurs d’être dotés d’une acuité raffinée    pour faire des choix éclairés dans l’intérêt supérieur de la nation. Dans  sa dimension artistique et  ludique, on parle du «  jeu politique » .Ce jeu convoque une responsabilité  qui se résume à assumer ses convictions en toute loyauté contre tous vents et marées. De ce qui précède, que vaut la parole de Mr Prao Séraphin, qui après nous avoir proposé à cor et à cri, Mamadou koulibaly remet le couvert avec son nouveau « cheval gagnant » en la personne d’Essy Amara. Comme dans un hippodrome, notre « analyste» tape dans le mille, et change de cheval à souhait. Malheureusement, le champ politique n’est pas un centre équestre .Et même au  PMU (Pari Mutuel Urbain), il est approprié de choisir un cheval et de s’y accrocher jusqu’à ce que mort s’en suive ou du moins que ce cheval soit déclaré défaillant et inapte à la compétition. Dès lors, il devient plus aisé de se poser la question sur cette incartade à la Prao ? Peut-être, est-elle prémonitoire de la cuisante défaite déjà assurée de son ex mentor Mamadou Coulibaly avant le coup d’envoi  électoral. Ne dit-on pas que qui veut aller loin ménage sa monture ? A cette allure et quelque soit les conclusions qu’on peut être amenés à faire, personne ne pourra s’estomaquer de voir notre Prao, tenter une aventure  avec les frontistes, Banny, KKB ou que sais-je encore ? Manifestement, cette transhumance désincarnée augure d’un nomadisme politique dont la configuration mérite une attention sérieuse. Pour le dire de façon simplificatrice, comment cette incohérence comportementale se traduit-elle ? 

 II)  « L’amnésie volontaire méthodologique » au service de la communication.

M Prao serait-il encore dans un rêve éveillé pour ne pas saisir la temporalité des évènements ou se vautrerait-il dans un surréalisme chronophage ? Aussi longtemps que le droit à l’information est la clé de la transparence politique, on ne peut pas passer de Essy à koulibaly sans passer par la frontière de l’entendement, de la raison .Cette raison, qui, du haut de son trône juge de la légitimé de tout acte.

Prao est-il encore au service de Mamadou Koulibaly ? Sinon une explication officielle s’impose toujours dans le respect de la conscience politique du peuple qu’on dit vouloir délivrer à moins qu’il n’ait décidé, dans un ultime assaut de s’autoflageller en se discréditantsur la place publique.

Dans une logique interprétative, loin de nous toute idée de jugement moral, ces agitations intempestives et convulsives font appel à la question fondamentale de l’éthique et de la déontologie de l’acteur politique. En faisant table rase du passé avec autant de mollesse, en faisant abstraction de l’essentiel de sa mémoire, Mr Prao nous donne un signal fort : l’annonce publique de son acrasie politico –intellectuelle et par-dessus tout, de tous « ces chevaux» qu’il dresse ou qu’il est appelé à dresser. En balançant et contrebalançant au gré du vent, Mr Prao devient insaisissable, immaîtrisable. A moins de nous méprendre, ce déni frise l’ « amnésie volontaire »   .

A quelques mois des élections, la vigilance doit être de mise .Après l’alarmisme que je dénonçais tantôt, voici le nomadisme politique, un autre phénomène que tous les intellectuels Africains doivent dénoncer. Plus difficile à cerner, car à la différence de l’alarmiste qui communique pour effrayer, le nomade en période électorale peut emprunter le masque du mutisme hypocrite, convaincu qu’il est plus facile de  regrouper (physiquement) que de rassembler (dans les cœurs et dans les esprits). En attendant que Prao se décide, entre ses «  chevaux » Essy, Koulibaly, Banny, il est raisonnable de reconnaître notre « Special One » encore compétent, compétitif  et combatif. A l’évidence, le Président Alassane Ouattara, demeure le seul, inspiré pour la  résurrection pérenne de la Cote d’ivoire. Nous ne pouvons que lui souhaiter plein succès dans l’enracinement espéré de notre démocratie!

Une contribution de Lawrence Atiladé

Doctorant en sciences politiques

Paris, France

 

 

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