Par Bakary | Lementor.net
La Côte d’Ivoire vient d’inscrire un chiffre historique dans ses annales économiques : un excédent commercial record de 5 352,4 milliards FCFA en 2025.
Ce n’est pas simplement une bonne nouvelle statistique. C’est un basculement stratégique. Une progression spectaculaire de 165 % par rapport à l’exercice précédent. Un signal fort adressé aux marchés, aux partenaires régionaux et aux investisseurs internationaux : l’économie ivoirienne a changé de dimension.
La fin du modèle “tout-brut”
Les données sont éloquentes. En 2025, la valeur totale des exportations s’est établie à 16 544,7 milliards FCFA, contre 11 192,3 milliards FCFA d’importations.
Fait révélateur : le volume physique des importations demeure supérieur à celui des exportations. Pourtant, en valeur, la balance penche massivement en faveur de la Côte d’Ivoire. Cette apparente contradiction révèle une transformation profonde du modèle productif.
Le pays ne vend plus seulement des matières premières brutes. Il exporte de la valeur ajoutée.
Le cacao, dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial, quitte désormais les ports sous forme de beurre, de poudre ou de chocolat. Le pays talonne désormais des géants historiques comme les Pays-Bas dans le broyage industriel. Les ports d’Abidjan et de San Pedro sont devenus des plateformes majeures de transformation, consolidant la position ivoirienne dans les chaînes de valeur mondiales.
Même dynamique pour l’anacarde. Premier producteur mondial de noix de cajou brutes, la Côte d’Ivoire ne se contente plus d’expédier la matière première vers l’Asie. Elle développe des unités de décorticage et d’exportation d’amandes prêtes à la consommation, entrant en concurrence directe avec l’Inde et le Vietnam.
La pétrochimie, l’huile de palme raffinée et d’autres produits semi-transformés viennent enrichir une offre exportatrice de plus en plus diversifiée.
Chaque tonne exportée rapporte désormais davantage à l’économie nationale. Ce différentiel est la preuve concrète que le plafond de verre du “vendre brut et importer cher” est en train d’être brisé.
Un bouclier macroéconomique puissant
Au-delà du symbole, cet excédent massif a des effets macroéconomiques structurants.
En dégageant plus de devises qu’elle n’en dépense, la Côte d’Ivoire contribue au renforcement des réserves de change de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest. Cela consolide la stabilité monétaire du franc CFA et renforce la crédibilité régionale.
Sur le plan financier, un excédent commercial soutenu réduit mécaniquement la dépendance aux financements extérieurs. Il améliore la perception du risque souverain et soutient la notation du pays sur les marchés internationaux.
Surtout, la transformation locale amortit les chocs liés à la volatilité des cours mondiaux des matières premières. Exporter du cacao transformé protège davantage qu’exporter uniquement des fèves soumises aux fluctuations brutes des marchés.
L’excédent devient ainsi un véritable bouclier de résilience économique.
L’industrialisation comme levier social
Cette mutation n’est pas qu’une affaire de balance des paiements. Elle est profondément sociale.
Transformer localement signifie créer des chaînes de valeur internes. Des ingénieurs agro-industriels aux techniciens de maintenance, des logisticiens aux cadres export, c’est tout un écosystème d’emplois qualifiés qui se développe.
L’industrialisation contribue à l’émergence et à la consolidation d’une classe moyenne urbaine et périurbaine. Elle augmente la base fiscale à travers la TVA, l’impôt sur les sociétés et les contributions sociales.
Ces recettes supplémentaires permettent à l’État d’investir dans la santé, l’éducation et les infrastructures, alimentant un cercle vertueux de développement.
La locomotive de l’UEMOA confirme son rang
Les performances trimestrielles publiées par l’ANStat laissaient entrevoir cette dynamique. Les résultats annuels de 2025 la confirment avec éclat : la Côte d’Ivoire a engagé une véritable mue structurelle.
Dans l’espace UEMOA, elle consolide son statut de locomotive économique. Son poids industriel croissant renforce son influence régionale et positionne Abidjan comme hub logistique, financier et manufacturier de l’Afrique de l’Ouest.
Le slogan du “miracle ivoirien” n’est plus une formule politique. Il s’appuie désormais sur des données comptables et industrielles tangibles.
Un changement de paradigme durable
La vraie question n’est plus de savoir si la Côte d’Ivoire peut transformer son économie. Elle le fait déjà.
La question est désormais celle de la consolidation : poursuivre la montée en gamme, diversifier davantage les exportations, intégrer plus fortement les PME locales dans les chaînes de valeur et accélérer l’innovation industrielle.
L’excédent de 5 352,4 milliards FCFA n’est pas un aboutissement. Il est un jalon.
Il marque le passage d’une économie essentiellement extractive à une économie de transformation. D’un modèle dépendant des cycles mondiaux à un modèle plus souverain et plus stratégique.
En 2025, la Côte d’Ivoire n’a pas seulement enregistré un record commercial. Elle a démontré qu’une vision industrielle cohérente, soutenue par des investissements structurants et une discipline macroéconomique, peut repositionner durablement une nation sur l’échiquier économique international.
Le cap est franchi. Reste à maintenir l’élan.
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