Par Bakary Cissé | lementor.net
La Côte d’Ivoire est entrée de plain-pied dans une nouvelle ère industrielle. Le pays ne veut plus se contenter d’exporter ses matières premières brutes : il veut les transformer, les valoriser et en tirer pleinement profit. Dans cette ambition, l’usine de transformation de noix de cajou de Boundiali est devenue le symbole d’un tournant historique. Implantée au nord du pays, cette unité moderne incarne la stratégie nationale de transformation locale qui redessine peu à peu le visage économique ivoirien. L’impact est visible : des milliers d’emplois créés, une chaîne de valeur renforcée et une croissance mieux partagée entre les régions. Boundiali, Bouaké, Divo, Séguéla, Bondoukou et Korhogo se muent en pôles agro-industriels, matérialisant la volonté d’un développement équitable et durable.
Le secteur de l’anacarde, fleuron de cette transformation, connaît une progression spectaculaire. De 380 000 tonnes produites en 2010, la Côte d’Ivoire est passée à 1,2 million de tonnes en 2023, soit près de 40 % de la production mondiale. Et la dynamique continue : pour la campagne 2024-2025, la production dépassera sans doute le million de tonnes, malgré les aléas climatiques. Grâce aux investissements réalisés, la capacité nationale de transformation est passée de 68 515 tonnes en 2015 à 350 000 tonnes en 2024. L’usine de Boundiali, inaugurée en 2024, s’étend sur dix hectares et peut traiter jusqu’à 50 tonnes de noix par jour, avec un objectif annuel compris entre 90 000 et 150 000 tonnes. Elle absorbe la production locale et celle des régions voisines, contribuant à ancrer la richesse là où elle naît.
Côté cacao, la Côte d’Ivoire reste le géant incontesté du marché mondial. Pour l’année de marché 2024-2025, la production devrait atteindre 1,8 million de tonnes métriques, en hausse de plus de 2 % par rapport à la campagne précédente. Plus impressionnant encore, la transformation locale progresse à grands pas, avec environ 730 000 tonnes de fèves désormais traitées sur le territoire. Les nouvelles zones agro-industrielles de Bouaké, Korhogo et Bondoukou intègrent des technologies modernes, offrant à l’industrie ivoirienne une longueur d’avance dans la région. Cette stratégie, pensée sur le long terme, place la Côte d’Ivoire au cœur d’une transformation économique où la valeur ajoutée reste dans le pays.
Mais au-delà des chiffres, cette industrialisation est avant tout une aventure humaine. Dans le secteur des noix de cajou, plus de 18 000 emplois ont été créés récemment, dont deux tiers occupés par des femmes. À Boundiali, les chaînes de transformation fonctionnent chaque jour grâce à une main-d’œuvre locale désormais qualifiée, symbole d’un renouveau social dans le nord du pays. Pour le cacao, les complexes industriels inaugurés en 2025 devraient générer environ 1 400 emplois directs, sans compter ceux des industries dérivées : chocolaterie, confiserie, agroalimentaire. L’agro-industrie ivoirienne fait vivre des millions de familles, tout en ouvrant la voie à une économie plus équilibrée et plus résiliente.
Les résultats économiques confirment cette réussite. Les exportations de produits transformés à base de noix de cajou ont franchi la barre des 330 000 tonnes, générant plus d’un milliard de dollars de revenus, dont une part importante pour la Côte d’Ivoire. En 2023, les ventes totales de noix de cajou ont atteint 1,52 milliard de dollars, et depuis janvier 2025, 650 000 tonnes de noix brutes ont déjà été livrées aux usines. Le cacao n’est pas en reste : ses exportations ont représenté près de 20 % des ventes totales du pays en 2023, pour une valeur de 3,68 milliards de dollars. En décembre 2024, elles ont bondi de 35 % par rapport à l’année précédente, preuve que la stratégie industrielle porte ses fruits. Ces performances soutiennent la croissance du PIB réel, attendue à 6,7 % en 2025, tirée en grande partie par l’agro-industrie.
La Côte d’Ivoire nouvelle avance ainsi sur le chemin d’une industrialisation maîtrisée et inclusive. En transformant ses richesses agricoles sur place, elle crée des emplois durables, lutte contre la pauvreté et intègre les régions autrefois marginalisées dans la dynamique nationale. Les défis restent réels changement climatique, contrebande, formation technique mais l’élan est irréversible. Avec une ambition claire : devenir le hub régional de la transformation du cacao et de la noix de cajou, et incarner une Afrique qui ne se contente plus de produire, mais qui transforme et prospère. La Côte d’Ivoire montre la voie d’une croissance durable, souveraine et fièrement africaine.
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