Par AN-Lementor.net
Le discours du président de la Transition malienne, le général Assimi Goïta, prononcé le 31 décembre 2025 à l’occasion du Nouvel An, continue de susciter de vives réactions. Pour Ismaël Sacko, président du Parti social-démocrate africain (PSDA), cette adresse à la Nation masque mal une situation sécuritaire, économique et sociale qu’il juge « catastrophique », après plus de cinq ans de gouvernance militaire.
Dans une déclaration rendue publique ce 2 janvier 2026, l’opposant dresse un réquisitoire sévère contre ce qu’il qualifie de « duperie assimilée ». Selon lui, l’année 2025 aura été marquée par un échec du « tout sécuritaire » et par une diplomatie conflictuelle ayant conduit le Mali à un isolement croissant. « Le Mali ne peut vivre en autarcie. La fragilité sécuritaire actuelle constitue un risque majeur pour la stabilité régionale », affirme-t-il.
Un discours jugé déconnecté des réalités sociales
Ismaël Sacko estime que le message du chef de la junte est en total décalage avec le vécu quotidien des populations, confrontées à la précarité, aux coupures d’électricité, à la cherté de la vie et à l’insécurité persistante. Il critique notamment le concept de « Maliden Kura » évoqué par Assimi Goïta, qu’il considère comme une vision floue et instrumentalisée.
Pour le président du PSDA, la refondation du citoyen malien ne peut se décréter par des slogans, mais doit passer par des politiques publiques structurées, notamment dans l’éducation, la formation civique et l’excellence académique. Or, déplore-t-il, « aucune réforme éducative majeure, aucun programme de citoyenneté, ni écoles d’excellence n’ont vu le jour depuis août 2020 ».
Jeunesse instrumentalisée et climat répressif
L’opposant dénonce également ce qu’il appelle l’instrumentalisation de la jeunesse malienne, à travers la promotion de discours de haine, d’invectives et de comportements qu’il juge contraires aux valeurs culturelles du pays. Il pointe un climat de répression marqué par des arrestations, l’exil forcé de voix critiques et l’emprisonnement de soutiens devenus gênants pour le régime.
« Au lieu de former des ingénieurs, des techniciens et des cadres compétents, le régime encourage la surenchère verbale et la radicalisation sur les réseaux sociaux », accuse-t-il.
Souveraineté contestée et recours aux milices étrangères
Sur le plan sécuritaire, Ismaël Sacko remet en cause le discours souverainiste de la junte. Il s’interroge sur la légitimité du recours à des forces étrangères, notamment la milice russe Wagner, aujourd’hui remplacée par Africa Corps, ainsi que la présence annoncée de la société turque SADAT.
« La souveraineté appartient au peuple, pas à une hiérarchie militaire coupée de la Nation », soutient-il, estimant que ces choix ont affaibli l’armée malienne et accentué les divisions internes au sein des forces de défense et de sécurité.
Gouvernance, corruption et crise économique
La déclaration évoque également une aggravation de la corruption et des détournements de fonds publics sous la Transition. S’appuyant sur des rapports du Bureau du Vérificateur général, Ismaël Sacko affirme que les pratiques de mauvaise gouvernance se seraient accentuées depuis 2022, notamment dans la gestion des ressources minières, en particulier l’or.
Selon lui, les revenus aurifères ne profitent ni au développement des infrastructures énergétiques ni à l’amélioration des conditions de vie des populations, mais alimenteraient des circuits opaques, aggravant la crise économique et sociale.
Appel à une transition civile
Face à ce qu’il décrit comme une impasse politique, Ismaël Sacko appelle à une transition civile inclusive, au retour à l’ordre constitutionnel et à une gouvernance fondée sur la justice sociale, la laïcité et une diplomatie de développement.
« Le Mali a soif de renouveau. Le changement est en cours », affirme-t-il, appelant les forces vives et les citoyens à se mobiliser pour « redonner le pouvoir au peuple ».
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