Par Adama Ouédraogo Damiss-Lementor.net
Champions d’Afrique en titre, les Éléphants de Côte d’Ivoire ont vu leur parcours s’arrêter à la Coupe d’Afrique des Nations 2025, disputée au Maroc. Une élimination douloureuse, certes, mais loin d’être infamante. Les Ivoiriens sont tombés les armes à la main, au terme d’un combat âpre, laissant derrière eux une nation meurtrie mais fière.
Comme souvent après une désillusion sportive, chacun y va de son analyse, de son jugement, parfois de son réquisitoire. Dans un pays de plus de trente millions d’habitants, tous se découvrent entraîneurs, sélectionneurs ou analystes. Les critiques fusent : Emerse Faé jugé insuffisamment inspiré, Franck Kessié accusé de n’avoir pas assumé son rôle, Odilon Kossounou pointé du doigt pour une prestation en demi-teinte. Même la jeune pépite du milieu de terrain, Inaï Chris Oulai, n’a pas été épargnée par la vindicte populaire.
Ce déferlement de reproches est presque mécanique. Il participe d’un besoin collectif d’exutoire, d’une volonté d’évacuer la frustration et la douleur de l’élimination. Mais au-delà de cette catharsis, l’essentiel demeure : les Ivoiriens n’ont pas à rougir de leur équipe.
La Côte d’Ivoire a encore démontré qu’elle est une grande nation de football. Cette sélection a révélé des talents, affiché du caractère et confirmé que l’avenir lui appartient. Les Éléphants ont séduit lors des deux dernières éditions de la CAN, tant par leur jeu que par leur mentalité. Cette génération inspire, et à juste titre.
Toutefois, lors de cette CAN 2025, les Éléphants ont été rattrapés par ce que l’on pourrait appeler le poids de l’histoire. L’Égypte demeure, incontestablement, la bête noire de la Côte d’Ivoire. Les confrontations entre les deux nations ont, dans leur écrasante majorité, tourné à l’avantage des Pharaons, souvent au détriment des Ivoiriens, même lorsque ces derniers semblaient supérieurs sur le papier.
Les souvenirs sont encore vivaces. Qui a oublié la grande équipe emmenée par Didier Drogba, balayée par l’Égypte sur le score sans appel de 4 buts à 1, lors de la CAN 2008 au Ghana ? Ces défaites répétées finissent par s’inscrire dans l’inconscient collectif, pesant lourdement sur les épaules des joueurs.
Le football regorge de phénomènes irrationnels. Une équipe peut être au sommet de son art et pourtant éprouver d’énormes difficultés face à un adversaire précis. Le facteur psychologique devient alors déterminant. Briser ce « signe indien » relève souvent de la croix et de la bannière. Le Mali, par exemple, s’est forgé la réputation de dominer les équipes du Maghreb ; à cette CAN 2025, il l’a encore illustré en éliminant la Tunisie, alors qu’il était réduit à dix après une expulsion.
Ce même poids de l’histoire explique aussi pourquoi des clubs mythiques comme le Real Madrid ou le FC Barcelone parviennent, même en grande difficulté, à se transcender pour arracher des victoires dans la douleur. L’histoire, le maillot et la mémoire collective jouent parfois un rôle aussi décisif que le talent brut.
Oui, les Éléphants sont éliminés. Mais ils ont prouvé qu’ils savent jouer au football, qu’ils ont du caractère et une identité de jeu. C’est cela que les Ivoiriens doivent retenir avant tout.
À la Fédération ivoirienne de football désormais de tirer les enseignements de cette campagne, de corriger les imperfections observées et de préparer l’avenir avec méthode et lucidité, en ligne de mire : la Coupe du Monde.
Une chose est certaine : cette équipe n’a pas dit son dernier mot.
Leave a comment