Par la rédaction-Lementor.net
L’année 2025 aura été marquée par une intensification alarmante du djihadisme au Sahel, particulièrement au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Ces trois pays, déjà fragilisés par des coups d’État successifs et une rupture avec leurs partenaires traditionnels, ont vu leurs crises sécuritaires s’aggraver, menaçant non seulement leur stabilité interne mais aussi celle de toute l’Afrique de l’Ouest.
Si les mouvements djihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique n’ont pas conquis de capitales, ils ont consolidé leurs emprises territoriales, étendu leurs opérations et exploité les faiblesses des régimes militaires en place.
Ce bilan, sombre et préoccupant, met en lumière l’échec des stratégies actuelles et l’urgence d’une réorientation diplomatique et sécuritaire.
Au Mali, l’année a culminé avec une escalade dramatique des hostilités. Dès septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda, a imposé un blocus partiel sur Bamako, perturbant gravement l’approvisionnement en carburant et en biens essentiels.
Cette tactique, qui a provoqué des pénuries généralisées et des files d’attente interminables aux stations-service, comme observé fin octobre, n’avait pas pour objectif immédiat la prise de la capitale, mais plutôt de consolider le contrôle rural et d’affaiblir le régime.
Les djihadistes ont multiplié les attaques contre les infrastructures clés, les bases militaires et les lignes d’approvisionnement, tuant des dizaines de soldats et forçant l’armée à restreindre l’accès au carburant dans les zones centrales et occidentales.
En réponse, les forces maliennes, épaulées par les paramilitaires russes de l’ex-groupe Wagner, rebaptisé Africa Corps, ont lancé des offensives aériennes et terrestres, escortant des convois de camions-citernes. Pourtant, ces opérations, souvent brutales et indifférentes aux civils, n’ont fait que reproduire les erreurs du passé, exacerbant les griefs locaux et favorisant le recrutement djihadiste.
Les gains du JNIM au Mali sur les deux dernières années – et particulièrement en 2025 – ont été spectaculaires. Les insurgés ont étendu leurs liens parmi les populations rurales, y compris dans le sud mandéophone, traditionnellement moins perméable à leur influence.
Les enlèvements, source de revenus croissante, ont culminé avec une rançon estimée à 50 millions de dollars pour deux Émiratis libérés, enrichissant davantage les groupes. Parallèlement, le régime militaire, au pouvoir depuis quatre ans, a resserré son étau sur l’espace civique : dissolution de partis politiques, arrestations d’anciens Premiers ministres et exil forcé de militants.
Cette répression interne, couplée à la crise sécuritaire, accroît le risque d’effondrement, avec des manifestations potentielles qui pourraient ouvrir la voie à un gouvernement plus conciliant envers les djihadistes.
Au Burkina Faso, la situation n’est guère plus encourageante. Les autorités ont armé des milliers de civils, les « VDP », pour les placer en première ligne, une stratégie qui a dramatiquement augmenté le nombre de victimes civiles et militaires.
En 2024, le JNIM avait déjà assiégé une quarantaine de villes et villages ; en 2025, ces sièges se sont intensifiés, menaçant désormais les voies d’approvisionnement vers Ouagadougou.
Le régime militaire burkinabé, encore plus vulnérable qu’au Mali à un nouveau coup d’État, a vu des combattants djihadistes se déplacer vers le Mali pour renforcer les opérations là-bas, illustrant la porosité des frontières au sein de l’AES.
Comme au Mali, l’alliance avec les forces russes n’a pas inversé la tendance : les offensives, dépourvues de toute stratégie de conquête des cœurs et des esprits, ont perpétué un cycle de violence et de représailles.
Le Niger, troisième pilier de l’AES, n’a pas été épargné, bien que les détails des opérations djihadistes y soient moins médiatisés. Le pays a subi des attaques récurrentes dans ses régions frontalières avec le Mali et le Burkina, où les groupes affiliés à l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) ont exploité les tensions ethniques et les faiblesses de l’armée.
Le régime militaire nigérien, comme ses alliés, a rompu avec la CEDEAO et les partenaires occidentaux, optant pour une rhétorique souverainiste et anti-française. L’arrivée de conseillers russes a renforcé les capacités militaires, mais sans résultats décisifs : les insurgés ont continué à infiltrer les zones rurales, perturbant l’économie et forçant des déplacements massifs de populations.
Cette crise sahélienne ne se confine plus aux frontières de l’AES. En 2025, les attaques djihadistes se sont propagées au Bénin, au Togo, au Ghana et au nord de la Côte d’Ivoire, transformant ces pays en nouveaux fronts.
La Côte d’Ivoire, en particulier, paie un lourd tribut : des milliers de réfugiés affluent, accompagnés d’incursions qui impactent les communautés locales et menacent la stabilité économique.
Cette contagion souligne les risques de déflagration régionale si la crise persiste. Les régimes militaires de l’AES, malgré leur discours anti-impérialiste et leurs alliances avec la Russie, ont échoué là où leurs prédécesseurs civils avaient trébuché.
En rompant avec la CEDEAO et les Occidentaux, ils ont isolé leurs pays, aggravant leur dépendance à des routes commerciales vulnérables.
Les erreurs se répètent : opérations militaires brutales, absence de dialogue avec les populations locales, et une répression qui alimente le ressentiment.
L’année 2025 démontre que la force seule ne suffit pas ; elle creuse au contraire le fossé avec les civils, favorisant l’ancrage djihadiste. L’avenir s’annonce sombre sans virage radical. Les autorités de l’AES doivent élargir les consultations avec les forces sociales et politiques, réparer les liens avec les voisins ouest-africains – essentiels pour le commerce des pays enclavés comme le Mali – et envisager un dialogue avec les insurgés.
Cette option, incertaine et douloureuse, impliquerait des compromis, mais les alternatives s’amenuisent. Les djihadistes ont déjà exploité des cessez-le-feu passés pour consolider leurs positions, pourtant, la fenêtre diplomatique reste entrouverte.
Sans cela, 2026 pourrait voir l’effondrement de régimes et un chaos généralisé, avec des répercussions incalculables pour l’Afrique de l’Ouest. Il est temps que l’AES passe de la rhétorique souverainiste à une action pragmatique pour la paix.
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