Par la rédaction | Lementor.net
La salle d’audience a retenu son souffle. Face aux juges, Jean‑François Kouassi n’a ni reculé ni édulcoré son propos. Au contraire, il a livré une déclaration ferme, presque testamentaire, qui dépasse largement le cadre d’un simple dossier judiciaire pour poser une question fondamentale : jusqu’où un citoyen peut-il aller pour interpeller les autorités sans basculer dans l’illégalité ?
« Si la ministre estime avoir été heurtée par mes propos, cela n’a jamais été volontaire », a-t-il affirmé d’emblée. Mais très vite, le ton s’est durci. Refuser de demander pardon, explique-t-il, ne relève ni de l’arrogance ni de la provocation, mais d’un choix assumé. Pour lui, s’excuser reviendrait à nier « une situation connue de tous », autrement dit à se renier au nom d’un apaisement de façade.
Au cœur de cette affaire, une controverse autour d’un concours administratif, dont les conditions et la transparence sont mises en cause. Interrogé par le procureur sur les raisons pour lesquelles la ministre devrait, selon lui, être entendue, Jean-François Kouassi a répondu sans détour. « Elle est à la tête d’un service public. Ce n’est pas sa propriété privée », a-t-il lancé, rappelant que toute autorité investie d’une mission publique est tenue de rendre compte, surtout lorsqu’un doute s’installe dans l’opinion.
Son argumentation se veut politique autant que civique. Pour lui, l’absence de clarté alimente inévitablement les soupçons de clientélisme et nourrit une défiance déjà profonde entre citoyens et institutions. « Tout doit être clair pour ne pas qu’on assiste à du clientélisme », insiste-t-il, avant de dénoncer une rhétorique récurrente qui, selon lui, sert à disqualifier toute critique : celle qui consiste à rappeler qu’« un opposant ne donne pas de l’emploi ». Une formule qu’il considère comme une manière de détourner le débat de fond sur la gestion des affaires publiques.
Au-delà de sa personne, Jean-François Kouassi se présente comme le porte-voix d’un combat collectif. « C’est pour tout le monde que je me bats également », affirme-t-il, revendiquant une posture de lanceur d’alerte plus que d’accusateur. Il assume d’en payer le prix, y compris judiciaire, au nom de ce qu’il décrit comme un devoir citoyen : protéger les concitoyens, défendre des valeurs et refuser le silence face aux zones d’ombre.
Cette audience met ainsi en lumière une tension classique mais toujours sensible dans les démocraties africaines contemporaines : l’équilibre entre la protection des institutions et la liberté de critique. Où s’arrête la responsabilité citoyenne ? Où commence l’atteinte à l’honneur des responsables publics ? Le procès de Jean-François Kouassi pose ces questions de manière frontale, sans détours.
Quelles que soient les suites judiciaires de cette affaire, sa déclaration restera comme un moment fort du débat public. Elle rappelle que, dans un État moderne, la transparence n’est pas une concession faite aux citoyens, mais une exigence inhérente à l’exercice du pouvoir. Et que le tribunal, au-delà de juger un homme, se retrouve aussi face à une interrogation plus large sur la place de la parole critique dans l’espace public ivoirien.
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