La Rédaction | Lementor.net
Le gouvernement burkinabè a franchi un tournant majeur dans l’organisation de la vie politique nationale. Réuni en Conseil des ministres le jeudi 26 janvier 2026, sous la présidence du Ibrahim Traoré, Président du Faso et Chef de l’État, l’exécutif a adopté un décret portant dissolution de l’ensemble des partis et formations politiques au Burkina Faso, ainsi qu’un projet de loi abrogeant les textes encadrant leur fonctionnement, leur financement et le statut du Chef de file de l’opposition.
L’information a été rendue publique par le ministre porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, à l’issue de ce Conseil des ministres hebdomadaire. Selon l’exécutif, cette décision s’inscrit pleinement dans la dynamique de la Révolution Progressiste Populaire (RPP) et vise à accompagner la refondation institutionnelle engagée depuis l’avènement de la transition.
S’exprimant au nom du gouvernement, le ministre d’État, ministre de l’Administration territoriale et de la Mobilité, Émile Zerbo, a justifié cette mesure par les conclusions d’un diagnostic approfondi du système partisan burkinabè. Selon lui, ce diagnostic a mis en évidence « de nombreuses dérives dans l’application du régime juridique des partis et formations politiques », ainsi qu’une multiplication excessive des formations, devenue source de divisions et de fragilisation du tissu social.
Pour les autorités, la prolifération des partis politiques n’a pas contribué au renforcement de la démocratie ni à la cohésion nationale. Au contraire, elle aurait favorisé des logiques de fragmentation, de rivalités permanentes et d’instrumentalisation politique, au détriment de l’intérêt général. La dissolution annoncée vise ainsi, selon le gouvernement, à préserver l’unité nationale, renforcer la cohérence de l’action publique et ouvrir la voie à une réforme en profondeur du mode de gouvernance politique.
Cette décision marque une rupture nette avec l’ordre politique antérieur. En abrogeant également les lois relatives au financement des partis et au statut du Chef de file de l’opposition, l’exécutif entend redéfinir entièrement le cadre d’expression politique pendant la transition. Les autorités n’ont toutefois pas précisé, à ce stade, les mécanismes alternatifs de participation politique qui pourraient être mis en place, ni le calendrier d’une éventuelle reconfiguration du champ politique après la période de refondation.
Sur le plan régional et international, cette annonce devrait susciter de vives réactions. Le Burkina Faso rejoint ainsi une trajectoire institutionnelle déjà observée dans certains pays de l’espace sahélien en transition, où la priorité est donnée à la sécurité, à la souveraineté et à la reconstruction de l’État avant le retour à un pluralisme politique classique.
Pour le gouvernement burkinabè, la dissolution des partis politiques n’est pas présentée comme une fin en soi, mais comme une étape transitoire dans un processus plus large de refondation nationale. Reste à savoir comment cette orientation sera traduite dans les faits, et quelles formes prendra, à terme, la recomposition de la vie politique dans un pays confronté à de lourds défis sécuritaires, sociaux et économiques.
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