Par Bakary CIsse | Lementor.net
L’année 2026 marque un tournant symbolique et structurel pour la Côte d’Ivoire. Avec un Produit intérieur brut nominal projeté à 111,45 milliards de dollars selon les estimations du Fonds monétaire international, le pays accède au rang de neuvième économie du continent africain. Ce positionnement, loin d’être un simple indicateur comptable, consacre une trajectoire économique singulière, forgée dans la durée, consolidée par des choix stratégiques assumés et portée par une capacité de résilience devenue rare dans l’environnement macroéconomique africain.
Ce classement situe désormais la Côte d’Ivoire au cœur du premier cercle économique continental, aux côtés de poids lourds historiques comme l’Afrique du Sud, l’Égypte ou le Nigéria, et devant plusieurs économies longtemps considérées comme plus structurées. Derrière ce bond, se dessine un cycle de croissance robuste et continu sur la période 2021-2025, qui a solidement repositionné le pays comme locomotive économique de l’Afrique de l’Ouest.
Une croissance soutenue, fondée sur la stabilité et la continuité
La performance ivoirienne se distingue d’abord par sa régularité. Après le choc de la pandémie mondiale, l’économie nationale a enregistré un rebond spectaculaire de 7,1 % en 2021, avant de maintenir un rythme de croissance proche ou supérieur à 6 % par an jusqu’en 2025. Cette dynamique place durablement la Côte d’Ivoire au-dessus de la moyenne de l’Afrique subsaharienne et parmi les économies les plus dynamiques à l’échelle mondiale.
Cette constance repose sur un socle essentiel : la stabilité politique et institutionnelle retrouvée depuis 2011. Dans un continent où l’incertitude politique demeure l’un des principaux freins à l’investissement et à la planification économique, la Côte d’Ivoire a su offrir un environnement lisible, prévisible et attractif. Cette stabilité a favorisé une hausse continue du PIB par habitant et renforcé la confiance des investisseurs nationaux et internationaux.
Dans ce dispositif, Abidjan s’impose comme un véritable hub régional. Les services financiers, les télécommunications, le commerce et la logistique concentrés dans la capitale économique contribuent désormais à plus de la moitié de la richesse nationale, positionnant la métropole comme un centre névralgique de l’économie ouest-africaine.
Des moteurs traditionnels consolidés, une diversification en accélération
Le décollage ivoirien ne s’est pas fait par rupture brutale, mais par consolidation progressive des fondamentaux existants. L’agriculture, pilier historique de l’économie, demeure un moteur central. Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire a démontré une résilience remarquable face à la volatilité des marchés internationaux. Les filières du cajou, du caoutchouc et du coton ont renforcé la base exportatrice, offrant une relative diversification au sein même du secteur primaire.
Mais la transformation structurelle est en cours. La découverte et l’exploitation du champ pétrolier et gazier de Baleine, avec une montée en puissance rapide de la production, constituent un tournant stratégique. Sans bouleverser immédiatement le modèle économique, cette nouvelle rente énergétique élargit le portefeuille national, améliore la balance courante et renforce l’attractivité du pays auprès des investisseurs internationaux.
Parallèlement, des réformes structurelles ambitieuses ont été engagées dans les secteurs du numérique, des télécommunications, des transports et de l’énergie. Soutenues par des partenaires multilatéraux et bilatéraux, elles ont accru la productivité globale et amélioré la compétitivité du tissu économique. Les investissements massifs dans les infrastructures portuaires, routières et énergétiques ont joué un rôle clé, facilitant la circulation des biens, des personnes et des capitaux, et ancrant la Côte d’Ivoire comme plateforme logistique régionale.
Un leadership économique confirmé dans le classement continental
Les projections du FMI pour 2026 situent désormais la Côte d’Ivoire dans le Top 10 des économies africaines, aux côtés des principales puissances du continent. Le classement met en lumière une recomposition progressive de la hiérarchie économique africaine, où certaines économies émergentes gagnent du terrain grâce à une combinaison de croissance, de stabilité et de réformes.
Dans ce paysage, la Côte d’Ivoire se distingue par sa capacité à croître sans dépendre exclusivement d’un seul secteur, contrairement à certains pays fortement adossés aux hydrocarbures. Cette relative diversification constitue un avantage comparatif majeur dans un contexte mondial marqué par les incertitudes géopolitiques, climatiques et financières.
Les défis d’un modèle encore perfectible
Pour autant, l’heure n’est pas à l’autosatisfaction. Le modèle ivoirien demeure exposé aux chocs externes, notamment ceux liés aux matières premières et aux aléas climatiques, comme l’a rappelé la crise de 2020. La dépendance structurelle à certaines filières agricoles impose une accélération de la transformation locale et de la montée en gamme industrielle.
Par ailleurs, si la pauvreté recule, les inégalités sociales et territoriales persistent. Les écarts entre zones urbaines et rurales, ainsi qu’entre le Sud économiquement dynamique et certaines régions du Nord, constituent une fracture qu’il devient impératif de résorber. La question de l’emploi des jeunes, dans un pays à la démographie dynamique, reste un enjeu central de soutenabilité sociale.
La gestion de la dette publique, bien qu’en amélioration, appelle également à une vigilance constante. Le maintien de la crédibilité macroéconomique repose sur un équilibre délicat entre investissement public, discipline budgétaire et mobilisation accrue des ressources internes.
Vers une croissance plus inclusive et qualitative
La récente amélioration de la note souveraine du pays par l’agence Fitch est venue confirmer la crédibilité de la trajectoire ivoirienne et la confiance des marchés. Mais le véritable défi des prochaines années réside moins dans le classement que dans la qualité de la croissance. L’enjeu est désormais de transformer la performance macroéconomique en progrès social tangible pour les près de 30 millions d’Ivoiriens.
Cela suppose une priorité renforcée à l’éducation, à la santé, à la formation professionnelle et à l’industrialisation à plus forte valeur ajoutée. La diversification vers les industries de transformation, l’économie numérique et les services à haute intensité de compétences apparaît comme la prochaine frontière du développement.
Une trajectoire africaine à portée de modèle
En 2026, la Côte d’Ivoire se trouve à un carrefour stratégique. Elle a démontré sa capacité à générer une prospérité macroéconomique solide, dans un environnement continental souvent instable. Le défi désormais est d’inscrire cette réussite dans la durée, en l’adossant à une croissance plus inclusive, plus équitable et plus résiliente.
Si elle parvient à conjuguer discipline macroéconomique, transformation structurelle et cohésion sociale, la Côte d’Ivoire pourra non seulement consolider son rang de neuvième puissance économique africaine, mais aussi s’imposer comme un modèle de développement pragmatique et inspirant pour le continent. L’élan est réel. L’enjeu est désormais de le transformer en destin collectif.
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