La Rédaction | Lementor.net
À l’aube de l’année 2026, la Côte d’Ivoire engage une nouvelle séquence de son histoire économique. Réélu à l’issue de l’élection présidentielle de 2025, le président Alassane Ouattara ouvre un mandat présenté comme celui de la consolidation et de la transmission. Dans ce contexte, le lancement du Plan national de développement (PND) 2026-2030 marque une étape structurante, appelée à redéfinir les ressorts de la croissance ivoirienne pour les cinq prochaines années.
Au cœur de cette stratégie figure une orientation clairement assumée : faire de la création massive d’emplois le moteur central du développement. Une vision portée notamment par Nialé Kaba, ministre d’État, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, qui fut l’une des principales architectes du PND dans ses fonctions antérieures à l’Économie, au Plan et au Développement. Selon les éléments détaillés dans un entretien récent, ce nouveau modèle vise à dépasser une croissance essentiellement quantitative pour s’orienter vers une transformation plus qualitative et inclusive de l’économie ivoirienne
De la performance macroéconomique à la croissance productive
Depuis plus d’une décennie, la Côte d’Ivoire affiche des performances macroéconomiques parmi les plus solides du continent, avec des taux de croissance soutenus, y compris après le choc de la pandémie de Covid-19. Toutefois, les autorités reconnaissent désormais les limites d’un modèle reposant principalement sur l’investissement public, l’exportation de matières premières et la concentration de la valeur ajoutée dans les grands centres urbains, en particulier Abidjan.
Le PND 2026-2030 ambitionne ainsi de franchir un palier. Il s’appuie sur l’augmentation de la productivité globale de l’économie, la modernisation du secteur agricole – qui emploie encore près de 40 % de la population active – et l’accélération de la transformation locale des matières premières. L’objectif est double : réduire durablement la pauvreté et absorber l’arrivée massive de jeunes sur le marché du travail, dans un pays dont la population pourrait dépasser 35 millions d’habitants à l’horizon 2030.
Agriculture, industrialisation et emploi des jeunes
Le secteur agricole demeure au centre de cette stratégie. L’enjeu n’est plus seulement de produire davantage, mais de produire mieux, en intégrant innovation, mécanisation, maîtrise de l’eau et gestion des risques climatiques. La montée en puissance de la transformation locale, déjà amorcée dans les filières du cacao et de l’anacarde, illustre cette orientation. En quelques années, la transformation de la noix de cajou a connu une progression spectaculaire, tandis que des objectifs ambitieux sont fixés pour porter la transformation du cacao à 50 % d’ici 2030.
Parallèlement, l’industrialisation s’affirme comme un levier majeur d’emplois productifs. Le secteur industriel représente désormais près d’un quart du PIB, contre environ 15 % il y a dix ans. Pour passer à l’étape supérieure, l’État mise sur l’attraction des investissements privés, le soutien aux PME nationales et l’émergence de champions ivoiriens, appuyés par des zones industrielles modernes, une énergie compétitive et des dispositifs de financement renforcés.
Rééquilibrer la croissance et réduire les fractures
L’un des défis centraux reste l’inclusivité. Si la croissance ivoirienne est saluée pour sa vigueur, elle demeure marquée par des disparités territoriales et sociales. Le nouveau cycle de développement entend corriger ces déséquilibres par la création de pôles économiques régionaux, capables de diffuser l’activité et l’emploi au-delà d’Abidjan. Les investissements dans les infrastructures – routes, énergie, eau, numérique – sont pensés comme des outils de cohésion territoriale autant que de compétitivité économique.
Les autorités mettent également en avant les progrès réalisés dans l’accès aux services sociaux de base, l’inclusion financière et la participation des PME aux marchés publics. Toutefois, les indicateurs sociaux rappellent la persistance de fragilités, notamment en matière d’éducation, de formation et de qualité de l’emploi, qui conditionneront la réussite du modèle à long terme.
Financer le développement dans un contexte contraint
Dans un environnement international marqué par la baisse de l’aide publique au développement et un accès plus sélectif aux marchés financiers, la Côte d’Ivoire affiche une stratégie de financement fondée sur trois piliers : la mobilisation accrue des ressources internes, le recours prioritaire aux financements concessionnels et le développement des partenariats public-privé. Cette approche vise à préserver la soutenabilité de la dette tout en maintenant un niveau d’investissement compatible avec les ambitions du PND.
Un cap stratégique pour la décennie à venir
Au-delà des chiffres et des projections, le nouveau modèle de croissance ivoirien traduit une inflexion politique claire : transformer la performance macroéconomique en prospérité partagée. L’objectif affiché est de hisser la Côte d’Ivoire au rang de pays à revenu intermédiaire supérieur, tout en offrant à une population jeune et en expansion des perspectives crédibles d’emploi et de mobilité sociale.
À ce stade, le pari reste exigeant. Il suppose une exécution rigoureuse des réformes, une gouvernance efficace et une capacité à adapter les politiques publiques aux mutations rapides de l’économie mondiale. Mais une chose est acquise : en plaçant l’emploi, la transformation locale et l’inclusion au cœur de sa stratégie, la Côte d’Ivoire entend inscrire son développement dans la durée et consolider son rôle de pôle économique de référence en Afrique de l’Ouest.
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