La Redaction | Lementor.net
Depuis Paris, le temps semble s’être figé autour de Tidjane Thiam. Ni déclaration fracassante, ni clarification publique, ni contre-attaque médiatique. Un silence. Long. Pesant. Et pourtant, éminemment politique. Alors que certains l’interprètent comme une hésitation, d’autres y voient une négociation en coulisses, voire l’attente d’un feu vert décisif, le terrain ivoirien, lui, n’attend pas. À Abidjan, les impatiences s’expriment. Les murmures deviennent des voix. Et dans les rangs du PDCI, les bruits de bottes résonnent comme un signal d’urgence, presque un rappel à l’ordre.
Ce paradoxe est au cœur de la situation actuelle : l’homme est attendu, mais son absence commence à peser. Des critiques s’élèvent contre ce Paris lointain, perçu par certains comme un refuge, par d’autres comme un poste d’observation stratégique. Pendant ce temps, Tidjane Thiam reste muet. Un mutisme qui tranche avec l’agitation ambiante et qui peut aussi être lu comme un marqueur de maturité politique dans un environnement où la réaction immédiate et la surenchère verbale sont souvent érigées en méthode.
À son arrivée sur la scène politique ivoirienne, un conseil lui avait été soufflé : rester silencieux, ne pas répondre aux provocations, et surtout ne pas s’acclimater à une pratique politique abidjanaise trop souvent dominée par la délation, la désinformation, les coups en dessous de la ceinture et, parfois, le mensonge assumé. Ce cap n’a pas toujours été tenu. Les incursions sur TikTok, l’exposition directe, la volonté de répondre et de corriger ont fini par lui coûter cher. Une partie de l’audience s’est dissipée, l’aura s’est fissurée, et la stature technocratique, longtemps perçue comme un atout, a été fragilisée par des formats et des terrains qui ne pardonnent rien.
Aujourd’hui, l’équation est claire. Tidjane Thiam peut-il regagner Abidjan, Yamoussoukro et, surtout, son parti politique ? Le défi est réel, exigeant, mais il n’est pas insurmontable. Le contexte, paradoxalement, lui offre une fenêtre. Là où le RHDP est contraint à une réorganisation politique après les élections et les réajustements gouvernementaux, une recomposition est en cours. Dans ces moments charnières, l’inaction prolongée devient un risque. Agir devient une nécessité.
Mais agir comment ? Certainement pas dans l’invective, ni dans la dénigration. Encore moins dans la polémique stérile autour de la nationalité et des origines, sujet futile dont le simple fait d’avoir répondu a constitué l’un de ses faux pas les plus coûteux. Le retour attendu ne peut être qu’un retour aux fondamentaux. Revenir à ses premières convictions. Faire de la politique autrement, plus sobrement, plus sainement. Refuser la pollution du débat public par le bruit et la rumeur. Comprendre, enfin, qu’en réalité, le véritable et unique interlocuteur d’un homme politique demeure le peuple. Le reste n’est que nuisance sonore, destinée à distraire, à affaiblir et à détourner.
Le silence de Tidjane Thiam, s’il est maîtrisé et suivi d’un acte politique fort, peut encore être transformé en force. Mais le temps suspendu n’est jamais infini. À un moment donné, l’histoire exige une présence. Et c’est précisément à cette croisée des chemins que se joue, aujourd’hui, l’avenir politique de Tidjane Thiam……
Leave a comment