Par Bakary Cissé | lementor.net
Le 18 février 2026 restera comme une date charnière dans l’histoire financière récente de la Côte d’Ivoire. En levant 1,3 milliards de dollars sur les marchés internationaux, Abidjan n’a pas seulement réussi une opération obligataire. Elle a confirmé, une fois de plus, son statut de locomotive économique et financière en Afrique subsaharienne.
Cette émission, sursouscrite cinq fois, assortie d’un taux historiquement bas de 5,39 % et d’une maturité de quinze ans, constitue le coût de financement le plus compétitif obtenu par un pays d’Afrique subsaharienne depuis cinq ans. Dans un contexte international marqué par des taux élevés et une aversion accrue au risque, ce résultat est loin d’être anodin. Il traduit un message clair des marchés : la signature ivoirienne inspire confiance.
Une confiance internationale consolidée
Cette opération ne se résume pas à une levée de fonds technique. Elle symbolise la crédibilité d’un pays qui, depuis plus d’une décennie, a choisi la stabilité macroéconomique, la discipline budgétaire et les réformes structurelles comme cap stratégique.
Sous l’impulsion du Président Alassane Ouattara, la Côte d’Ivoire a progressivement transformé son image auprès des investisseurs internationaux. D’économie post-crise, elle est devenue hub régional des capitaux, plateforme logistique et pôle énergétique en pleine expansion.
L’emprunt du 18 février 2026 permettra de financer des projets prioritaires inscrits au budget 2026 tout en optimisant la structure de la dette publique. Mais au-delà de l’usage immédiat des fonds, il rapproche surtout le pays du statut tant convoité d’« Investment Grade », véritable graal pour les économies émergentes. Ce cap, s’il est atteint, réduira durablement les coûts de financement et élargira encore le cercle des investisseurs institutionnels.
La BOAD, partenaire stratégique majeur
Ce succès s’inscrit dans une dynamique plus large de mobilisation massive de ressources extérieures. La Banque ouest-africaine de développement en est l’illustration la plus tangible.
Entre août 2020 et décembre 2025, la BOAD a engagé 1 154,3 milliards de FCFA en faveur de la Côte d’Ivoire, dont 707,4 milliards déjà décaissés. Cela représente 29 % de l’ensemble de ses financements sur la période, un signal fort du positionnement stratégique d’Abidjan au sein de l’espace UEMOA.
Ces ressources ont soutenu des projets structurants dans l’énergie, avec notamment les centrales CIPREL 5, AZITO 4 et le projet photovoltaïque de Ferkessédougou. Elles ont également contribué au développement des infrastructures routières, à l’amélioration de l’accès à l’eau potable et à des investissements majeurs dans des secteurs clés comme le pétrole, l’aviation et le raffinage.
À fin 2025, 70 projets sont en cours de maturation pour un coût global estimé à 5 081,3 milliards de FCFA, avec une contribution attendue de la BOAD de 1 392,2 milliards. Ce pipeline impressionnant, inscrit dans le plan stratégique Djoliba 2021-2025, démontre que la Côte d’Ivoire n’est pas un bénéficiaire passif de financements, mais un partenaire structurant au cœur des priorités régionales.
Banque mondiale et BAD : des partenariats de transformation
Les relations avec la Banque mondiale et la Banque africaine de développement sont tout aussi déterminantes.
La Banque mondiale a récemment appuyé un mécanisme innovant de « debt-for-development swap », permettant à la Côte d’Ivoire de substituer une dette coûteuse par un financement plus concessionnel. Les économies budgétaires dégagées sont orientées vers l’éducation, renforçant ainsi le capital humain, socle du développement durable.
De son côté, la BAD estime à 3,2 milliards de dollars le déficit annuel de financement nécessaire pour accélérer la transformation et atteindre les Objectifs de développement durable d’ici 2030. Elle souligne l’importance de réformes telles que l’augmentation du ratio impôts/PIB afin de renforcer la soutenabilité budgétaire.
En 2023, une garantie partielle de crédit de la BAD, d’un montant de 400 millions d’euros, a permis de mobiliser 533 millions d’euros sur les marchés internationaux, à des conditions particulièrement favorables. Ce type d’instrument améliore la perception du risque souverain et réduit le coût global du service de la dette.
Ces partenariats consolident la crédibilité financière de la Côte d’Ivoire et facilitent son accès à des ressources concessionnelles tout en diversifiant ses sources de financement.
La Chine et le pari du PND 2026-2030
Le nouveau Plan national de développement 2026-2030 marque une nouvelle étape dans l’ambition ivoirienne. Adopté récemment, il prévoit un investissement total de 114 838,5 milliards de FCFA, soit environ 206 milliards de dollars, avec un objectif de croissance moyenne annuelle de 7,2 %.
Le taux d’investissement devrait passer de 25,4 % du PIB en 2026 à 34,5 % en 2030, traduisant une montée en puissance de l’investissement public et privé.
Dans cette perspective, la Chine s’affirme comme un partenaire stratégique. Des financements de l’ordre de 427 milliards de FCFA sont engagés pour la réhabilitation du réseau électrique, tandis que des partenariats avec Eximbank soutiennent l’électrification rurale.
Au-delà des montants, cette coopération s’inscrit dans une vision cohérente : renforcer les infrastructures énergétiques, améliorer la compétitivité industrielle et soutenir une croissance inclusive, conformément aux priorités du PND.
Une signature qui inspire le continent
La performance du 18 février 2026 n’est donc pas un événement isolé. Elle est l’aboutissement d’un travail de fond : gouvernance budgétaire rigoureuse, réformes structurelles, diversification économique et diplomatie financière proactive.
Sous la houlette du Président Alassane Ouattara, la signature ivoirienne s’impose comme une référence en Afrique subsaharienne. Elle combine crédibilité, attractivité et capacité d’exécution.
Le leadership en matière de levée de fonds ne se mesure pas uniquement à l’ampleur des montants mobilisés. Il se juge à la qualité des projets financés, à la soutenabilité de la dette et à l’impact concret sur le quotidien des citoyens.
À Abidjan, les signaux sont clairs : la Côte d’Ivoire ne se contente plus de suivre le rythme continental. Elle le donne. Et dans un environnement mondial incertain, cette capacité à mobiliser des ressources massives à des conditions compétitives constitue l’un des plus puissants leviers de transformation économique.
L’avenir ne se décrète pas. Il se finance, il se planifie et il se construit. Sur ce terrain, la Côte d’Ivoire avance avec méthode, ambition et confiance.
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