Par AN | Lementor.net
Le secteur cacao ouest-africain traverse une phase de forte instabilité. Face à la chute des cours internationaux et à des tensions de trésorerie dans la filière, le Ghana a décidé d’ajuster à la baisse le prix garanti aux producteurs, une décision qui pourrait avoir des répercussions régionales, notamment en Côte d’Ivoire, premier pays producteur mondial.
Un ajustement tarifaire décidé à Accra
Le gouvernement ghanéen a annoncé une réduction importante du prix payé aux planteurs pour le reste de la campagne 2025-2026. Le tarif bord-champ a été revu à la baisse afin de tenir compte de la dégradation du marché mondial et de la difficulté des acheteurs à absorber les volumes disponibles. Selon le ministre des Finances Cassiel Ato Forson, cette mesure vise à rétablir la compétitivité du cacao ghanéen et à permettre la reprise des paiements aux producteurs confrontés à des retards persistants.
Cette décision intervient dans un contexte où plusieurs lots de fèves sont restés invendus, provoquant des tensions financières au sein de la filière et fragilisant les revenus d’un grand nombre d’agriculteurs.
Des cours mondiaux en fort recul
Après avoir atteint des sommets historiques en 2024, les prix internationaux du cacao connaissent une correction significative, portée par l’amélioration des perspectives de récolte et le ralentissement de la demande mondiale. Les marchés observent ainsi une baisse marquée par rapport aux pics enregistrés l’année précédente, même si la volatilité reste élevée.
Cette évolution entraîne un décalage entre les prix fixés localement et les niveaux réellement pratiqués à l’export, compliquant la commercialisation des récoltes en Afrique de l’Ouest.
Des conséquences directes pour la Côte d’Ivoire
La situation ghanéenne a un impact indirect mais réel sur la Côte d’Ivoire, dont l’économie dépend fortement du cacao. Les deux pays représentant ensemble plus de la moitié de la production mondiale, toute modification de politique tarifaire de l’un influence les stratégies d’achat des négociants internationaux.
Dans les dernières semaines, des volumes importants de cacao non écoulé se sont accumulés dans certaines zones de stockage ivoiriennes, conséquence directe de la baisse des prix mondiaux et de l’attentisme des acheteurs.
Cette situation alimente les inquiétudes des coopératives et des producteurs, confrontés à des difficultés de trésorerie et à des retards de paiement dans certaines localités.
Une filière confrontée à des choix structurels
Au-delà des fluctuations de marché, la crise actuelle relance le débat sur la transformation locale du cacao. Les autorités ghanéennes comme ivoiriennes affichent une volonté d’accroître la part de transformation sur place afin de capter davantage de valeur ajoutée et de réduire la dépendance aux exportations brutes.
Pour les observateurs du secteur, la capacité des deux pays à stabiliser les revenus des planteurs tout en adaptant leurs mécanismes de fixation des prix sera déterminante pour l’avenir de la filière.
Un secteur stratégique sous pression
En Côte d’Ivoire comme au Ghana, le cacao constitue un pilier économique majeur, générateur d’emplois et de devises. La chute actuelle des cours rappelle toutefois la vulnérabilité d’un modèle largement dépendant du marché mondial et de la demande internationale.
Alors que les autorités cherchent des solutions entre mesures d’urgence et réformes structurelles, les producteurs restent les premiers exposés aux turbulences d’un marché encore instable.
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