La Rédaction | Lementor.net
La chute brutale des prix internationaux du cacao agit comme un révélateur. Elle rappelle avec force une réalité souvent occultée dans les discours libéraux : dans un pays comme la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, le cacao n’est pas une simple marchandise soumise aux humeurs des marchés, mais un pilier social, économique et politique. Laisser les producteurs seuls face à l’effondrement des cours aurait constitué un risque majeur, tant pour la stabilité rurale que pour la cohésion nationale.
En décidant de racheter une partie des stocks invendus, l’État ivoirien a fait un choix clair : celui de l’intervention assumée, au nom de la protection des revenus paysans. Cette décision tranche avec les approches dogmatiques qui prônent le retrait de l’État au profit d’un marché prétendument autorégulateur. Elle s’inscrit dans la continuité d’un modèle ivoirien fondé sur la régulation, la fixation d’un prix garanti et la préservation du pouvoir d’achat des planteurs, même lorsque la conjoncture internationale devient défavorable.
Ce choix est d’autant plus stratégique que la filière cacao fait face à des pressions multiples. Entre le changement climatique, les exigences environnementales européennes, la lutte contre la déforestation et la hausse des coûts de production, les marges de manœuvre des producteurs se réduisent dangereusement. Dans ce contexte, une chute prolongée des prix aurait pu provoquer un décrochage massif des revenus ruraux, avec des conséquences sociales difficiles à contenir.
Certes, l’intervention de l’État a un coût. Mais le non-interventionnisme en aurait eu un bien plus élevé. En stabilisant le marché intérieur, les autorités ivoiriennes cherchent avant tout à éviter une crise silencieuse dans les campagnes, souvent absentes du débat médiatique mais centrales dans l’équilibre national. Le cacao reste un baromètre social. Lorsqu’il vacille, c’est tout l’édifice qui tremble.
Cette séquence pose néanmoins une question de fond : jusqu’à quand la Côte d’Ivoire pourra-t-elle continuer à amortir les chocs d’un marché mondial qu’elle ne contrôle pas entièrement ? Le soutien conjoncturel est nécessaire, mais il ne saurait remplacer une stratégie structurelle plus ambitieuse, fondée sur la transformation locale, la création de valeur ajoutée et une meilleure captation des revenus tout au long de la chaîne.
L’épisode actuel montre au moins une chose : face à la tempête, l’État ivoirien a choisi de tenir la barre. Un signal fort envoyé aux producteurs, mais aussi aux partenaires internationaux.
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