Par Adama Ouédraogo Damiss-Lementor.net
Du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, le Maroc se transforme en capitale mondiale du football africain. Pendant près d’un mois, la 35ᵉ édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) réunit 24 sélections nationales, des millions de supporters et des audiences mondiales, bien au-delà des frontières du continent.
Mais cette CAN dépasse le cadre d’un simple tournoi : elle est un vecteur économique, un instrument diplomatique et un révélateur des mutations profondes du football africain, entre héritage, ambition et projection vers l’avenir.
La Coupe d’Afrique des Nations a vu le jour en 1957 à Khartoum (Soudan), avec seulement trois équipes participantes (Égypte, Soudan et Éthiopie). L’Afrique du Sud, exclue en raison de l’apartheid, a posé dès l’origine une dimension politique à l’événement, renforçant son rôle comme symbole d’unité et d’identité africaine.
Le Maroc, hôte stratégique d’une CAN charnière
Après l’édition de 2024 en Côte d’Ivoire, largement saluée pour son organisation et son ambiance, c’est le Maroc qui accueille la CAN pour la deuxième fois de son histoire, la première depuis 1988.
Désigné pays organisateur en septembre 2023, après le retrait de la Guinée, le Maroc a modernisé ou construit neuf stades répartis dans six villes, Casablanca, Rabat, Tanger, Agadir, Fès et Marrakech, aux standards internationaux requis par la CAF. L’ouverture et la finale se joueront dans le Complexe sportif Prince Moulay Abdellah à Rabat.
Au-delà du football, cet événement s’inscrit dans la trajectoire ambitieuse du royaume vers la co-organisation de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal.
Un impact économique record
Selon les prévisions financières de la Confédération africaine de football (CAF), la CAN 2025 devrait générer des revenus historiques, avec un chiffre total autour de 192 millions USD (163,2 millions d’euros soit 107,52 milliards de franc cfa), tiré des droits TV, des sponsors et de la billetterie.
Les récompenses sont alléchantes :
-Primes distribuées aux équipes : 32 millions USD (27,2 millions d’euros soit 17,89 milliards de franc cfa) ;
-Champion d’Afrique : 7 millions USD (5,95 millions d’euros soit 4 milliards de franc cfa).
Autres postes non officiellement ventilés par la CAF, mais couramment estimés dans l’analyse économique du tournoi (et qui varient selon les accords médias et sponsors) incluent :
-Sponsoring estimé autour de ~126 millions USD (108,36 millions d’euros soit 70,56 milliards de franc cfa), cette estimation peut être dérivée des tendances de revenus de sponsoring dans les rapports financiers CAF ;
-Droits TV supérieurs à 46 millions USD (39,56 millions d’euros soit 25, 76 milliards de franc cfa), confirmés par plusieurs analyses économiques du tournoi. ;
-Billetterie et hospitalité autour de 19 millions USD (16,34 millions d’euros ou 10,64 millards de franc cfa), soit une contribution non négligeable au total ;
-Profit net projeté pour la CAF : environ 112 à 113 millions USD (entre 96,32 et 97,18 millions d’euros soit 62,72 et 63,28 milliards de franc cfa), selon les documents budgétaires internes.
Ce succès économique confirme l’évolution de la CAN comme produit sportif attractif pour grandes marques et diffuseurs internationaux.
Droits de diffusion et polémiques
L’un des aspects les plus discutés de cette édition est la commercialisation des droits de diffusion :
-Un accord record a été conclu pour diffuser la CAN dans plus de 30 territoires européens et dans le monde, accentuant son rayonnement international ;
-Cependant, plusieurs chaînes africaines ont critiqué la décision de la CAF de limiter l’accès complet qu’à 32 des 52 matchs, avec certaines exclusivités accordées à des groupes comme Canal+, au détriment de nombreuses télévisions publiques africaines.
Ce débat met en lumière les tensions entre modèles commerciaux internationaux et accès équitable au sport pour les populations locales.
Le Maroc, grand bénéficiaire économique
Pour l’économie marocaine, cette CAN représente une manne significative :
-Tourisme : entre 500 000 et 1 million de visiteurs supplémentaires, générant plusieurs milliards de dirhams en recettes directes (estimations gouvernementales et projections touristiques).
-Transport aérien : accroissement notable des vols et des recettes associées.
-Emploi : création de milliers d’emplois temporaires et durables dans l’hôtellerie, la logistique et les services.
Ces effets convergent vers une valeur ajoutée économique durable, bien au-delà des seules semaines de compétition.
Une fête populaire et symbolique
Sportivement, l’édition 2025 promet un mélange de passion populaire et d’enjeux forts, avec des équipes comme le Maroc, l’Égypte, le Sénégal et la Côte d’Ivoire en lice. Mais ce qui caractérise la CAN reste son essence populaire, rassemblant cultures, diasporas et identités africaines dans une célébration collective du sport.
La CAN 2025 au Maroc n’est donc pas seulement un tournoi : elle est miroir du passé, photographie du présent et laboratoire de l’avenir du continent africain.
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