La Rédaction | Lementor.net
La Confédération africaine de football se voulait ferme, pédagogique et exemplaire après les incidents survenus lors de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025 entre le Sénégal et le Maroc. À la publication des décisions disciplinaires, l’instance continentale a donné l’image d’une organisation qui agit. Pourtant, à y regarder de près, ces sanctions posent une question centrale : la CAF a-t-elle réellement sanctionné, ou a-t-elle simplement communiqué sur des sanctions ?
Cette interrogation est aujourd’hui au cœur des critiques formulées par Raymond Hack, ancien président de la Commission de discipline de la CAF. Ses propos, relayés par la presse spécialisée, résonnent comme un désaveu sévère du dispositif disciplinaire mis en place à l’issue de cette finale houleuse. Pour lui, la CAF vient de manquer l’un des rendez-vous les plus importants de son histoire récente en matière de gouvernance et d’autorité.
Sur le papier, les décisions existent. Des amendes ont été infligées, des suspensions annoncées, des responsabilités évoquées. Mais dans les faits, les sanctions peinent à traduire la gravité réelle des événements, notamment parce que plusieurs faits majeurs, pourtant clairement encadrés par les règlements, n’ont fait l’objet d’aucune décision disciplinaire explicite.
Premier point resté sans réponse : la sortie volontaire du terrain. Les règlements de la CAF sont clairs. Lorsqu’une équipe quitte volontairement le terrain ou refuse de reprendre le jeu, des conséquences sportives sont prévues, pouvant aller jusqu’à des décisions affectant le résultat du match. Or, lors de cette finale, la CAF n’a pris aucune décision sportive relative à cet acte, se contentant de sanctions financières et individuelles. Ce silence réglementaire est lourd de sens : soit l’acte n’a pas été reconnu comme tel, soit il a été reconnu sans être sanctionné conformément aux textes. Dans les deux cas, l’ambiguïté affaiblit l’autorité disciplinaire.
Deuxième élément tout aussi problématique : la sortie simultanée de dix joueurs sénégalais du terrain. Un tel comportement constitue une infraction collective grave, engageant directement la responsabilité de l’équipe et de son encadrement. Sur le terrain, la réponse arbitrale s’est limitée à des cartons jaunes, sans exclusion collective, sans interruption définitive du match, sans application rigoureuse des dispositions prévues pour ce type de situation exceptionnelle. Plus troublant encore, la Commission de discipline est restée muette sur ce point précis, alors même que les règlements ne prévoient pas que ce type de comportement soit sanctionné par de simples amendes a posteriori.
C’est ici que le cœur du problème apparaît. Les règlements disciplinaires n’ont jamais été conçus pour remplacer des sanctions sportives collectives par des amendes financières, ni pour compenser une défaillance arbitrale par des suspensions individuelles a posteriori. Une suspension de cinq matches infligée à un sélectionneur, aussi lourde soit-elle en apparence, ne saurait juridiquement couvrir une faute collective commise par une équipe entière. Le droit disciplinaire sportif repose sur une articulation claire entre responsabilité individuelle, responsabilité collective et sanction sportive immédiate. En brouillant ces niveaux, la CAF crée un précédent dangereux.
Le paradoxe est donc total. La CAF reconnaît implicitement la gravité des faits en multipliant les annonces de sanctions, mais elle évite soigneusement de se prononcer sur les actes les plus structurants du point de vue réglementaire. Aucune décision claire sur la sortie volontaire du terrain. Aucune qualification disciplinaire explicite de l’abandon temporaire du jeu par une majorité de joueurs. Les faits existent, les images sont là, mais la qualification juridique fait défaut.
C’est précisément ce que dénonce Raymond Hack lorsqu’il évoque « l’un des épisodes les plus embarrassants jamais vécus par la CAF ». Son reproche ne porte pas uniquement sur la sévérité ou non des peines, mais sur l’absence de cohérence entre les faits, les règlements et les décisions rendues. En refusant d’assumer pleinement les implications disciplinaires de ce qui s’est produit sur le terrain, la Commission a manqué une occasion historique d’affirmer des lignes rouges non négociables.
Au final, la CAF se retrouve dans une position inconfortable. Elle a sanctionné, mais sans trancher. Elle a puni, mais sans qualifier. Elle a communiqué, mais sans restaurer l’autorité du règlement. Or, dans le football de haut niveau, l’autorité ne repose pas sur le volume des sanctions, mais sur leur lisibilité et leur conformité aux textes.
La question demeure entière : si des actes aussi visibles et aussi graves peuvent être traités sans décision sportive claire, quel message est envoyé aux joueurs, aux encadrements et aux arbitres ? À défaut de réponses fermes, le risque est grand de voir ces comportements se banaliser, au détriment de l’intégrité des compétitions africaines.
Leave a comment