Par La Rédaction | Lementor.net
La Côte d’Ivoire vient de franchir une étape décisive dans sa stratégie climatique. En déposant officiellement une demande de financement de 10,23 milliards de FCFA auprès du Fonds pour les pertes et préjudices, Abidjan ne formule pas une simple requête budgétaire. Elle pose un acte politique fort, inscrit dans une logique de responsabilité, de justice climatique et de protection des populations les plus exposées.
Créé lors de la COP27, le Fonds pour les pertes et préjudices vise à accompagner les pays vulnérables face aux impacts irréversibles du changement climatique. Il ne s’agit plus ici d’atténuation ou d’adaptation à long terme, mais de réparation concrète après des catastrophes déjà subies. Inondations, érosion côtière, sécheresses prolongées : la Côte d’Ivoire vit déjà les conséquences tangibles du dérèglement climatique.
Abidjan et plusieurs grandes villes ont connu ces dernières années des épisodes d’inondations meurtrières. Les 566 kilomètres de côtes ivoiriennes subissent une érosion progressive qui menace des zones densément peuplées, notamment Grand-Bassam et certaines parties du littoral sud. Dans le Nord, les cycles de sécheresse fragilisent les exploitations agricoles, accentuant la précarité des ménages ruraux. L’agriculture, qui représente près d’un quart du PIB et fait vivre des millions de familles, se retrouve en première ligne.
La demande soumise au Fonds ne relève donc pas d’une anticipation théorique. Elle répond à des urgences réelles et documentées. Le projet ivoirien prévoit la mise en place d’un système national intégré de réponse, de soutien et de relèvement pour les communautés touchées. Concrètement, il s’agit d’identifier rapidement les ménages sinistrés, d’évaluer les dégâts et de déployer des aides directes pour compenser les pertes matérielles, reconstruire des habitations plus résilientes et rétablir les moyens de subsistance.
Au-delà de l’assistance immédiate, le programme ambitionne de renforcer durablement les capacités nationales de gestion des crises climatiques. Cela inclut l’amélioration des infrastructures résistantes aux inondations, la consolidation des digues, la modernisation des systèmes d’alerte précoce et la coordination institutionnelle en cas de catastrophe. L’objectif est clair : ne plus subir passivement, mais anticiper et amortir les chocs futurs.
Cette initiative confère à la Côte d’Ivoire un positionnement particulier en Afrique de l’Ouest. Alors que de nombreux pays du continent font face à des catastrophes similaires, peu ont réussi à structurer une réponse institutionnelle aussi intégrée autour du mécanisme international des pertes et préjudices. En prenant les devants, Abidjan envoie un signal fort à la communauté internationale : le développement durable n’est pas un slogan, mais une nécessité vitale.
L’enjeu dépasse la seule dimension environnementale. Il touche à la cohésion sociale, à la stabilité économique et à la sécurité nationale. Les catastrophes climatiques exacerbent les vulnérabilités existantes, provoquent des déplacements internes et alimentent des tensions autour des ressources. En sécurisant les communautés les plus fragiles, le pays investit aussi dans la paix sociale.
La mobilisation autour de ce dossier traduit une maturité stratégique. La justice climatique, longtemps perçue comme un concept abstrait dans les négociations internationales, prend ici une forme concrète. La Côte d’Ivoire rappelle ainsi que les pays qui contribuent le moins aux émissions mondiales sont souvent ceux qui subissent les impacts les plus lourds.
Reste maintenant à transformer cette demande en décaissement effectif et en réalisations visibles sur le terrain. Si le financement est accordé et correctement exécuté, il pourrait constituer un précédent régional, ouvrant la voie à d’autres initiatives structurées en Afrique.
Face aux ravages du climat, la Côte d’Ivoire ne se contente plus d’alerter. Elle agit, structure, planifie. Dans un contexte mondial où la transition écologique redessine les priorités économiques et diplomatiques, ce choix stratégique pourrait renforcer son leadership régional et consolider son image de pays réformateur et résilient.
Le climat n’est plus une menace lointaine. C’est une réalité quotidienne. Et la réponse ivoirienne montre qu’il est encore possible de transformer la vulnérabilité en levier d’organisation, de solidarité et de souveraineté.
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