La Rédaction | Lementor.net
La justice ivoirienne a rendu, cette semaine, une décision lourde de sens sur le plan judiciaire et diplomatique. Mamadou Hawa Gassama, député malien et membre du Conseil national de transition (CNT), a été condamné par le tribunal de première instance d’Abidjan à trois ans de prison ferme assortis d’une amende de cinq millions de francs CFA pour offense et propos outrageants diffusés sur Internet.
Les faits reprochés remontent à l’année 2022. Dans une intervention accordée à un média malien, Mamadou Hawa Gassama avait tenu des propos particulièrement virulents à l’encontre du président ivoirien Alassane Ouattara, le qualifiant notamment « d’ennemi du Mali ». Ces déclarations, largement relayées sur les réseaux sociaux, avaient suscité une vive indignation en Côte d’Ivoire, sans toutefois donner lieu, à l’époque, à une procédure immédiate.
L’affaire a pris une tournure judiciaire en 2025, lorsque le député malien a été interpellé à Abidjan à l’occasion d’un séjour privé. Les autorités ivoiriennes ont alors activé les mécanismes judiciaires internes, estimant que les propos incriminés entraient dans le champ des infractions prévues par le droit ivoirien en matière d’atteinte à l’honneur du chef de l’État et d’offense par voie électronique.
Lors du procès, le tribunal a retenu la qualification d’« offense et propos outrageants sur Internet », considérant que les déclarations litigieuses excédaient le cadre de la critique politique pour s’inscrire dans une logique d’atteinte personnelle et institutionnelle. La peine prononcée – trois ans de prison ferme et une lourde amende – traduit la volonté des autorités judiciaires ivoiriennes de sanctionner fermement les discours jugés attentatoires à la dignité des institutions de la République, y compris lorsqu’ils sont tenus par des responsables politiques étrangers.
Au-delà du cas individuel, cette condamnation soulève des questions plus larges. Elle illustre la judiciarisation croissante des prises de parole politiques à l’ère numérique, où des propos tenus hors du territoire national peuvent produire des effets juridiques différés. Elle met également en lumière la sensibilité persistante des relations entre certains États de la sous-région, dans un contexte marqué par des tensions politiques, sécuritaires et diplomatiques.
Si Bamako ne s’est pas encore officiellement exprimé sur cette décision, l’affaire intervient dans un climat régional déjà tendu, où la parole publique, notamment sur les réseaux sociaux, est scrutée avec une attention accrue. Pour Abidjan, le message est clair : la liberté d’expression ne saurait justifier des propos jugés outrageants à l’encontre des institutions ivoiriennes, quel que soit le statut de leur auteur.
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