Par la Rédaction-Lementor.net
La filière café-cacao, pilier de l’économie ivoirienne, traverse une zone de fortes turbulences. Alors que le Conseil du Café-Cacao (CCC) assure que la campagne 2025/26 se déroule de manière satisfaisante, avec des volumes importants acheminés vers les ports et des montants considérables annoncés au profit des producteurs, la réalité observée dans les zones rurales révèle une tout autre situation. Sur le terrain, les planteurs sont à bout de souffle, étranglés par des retards de paiement, l’absence d’acheteurs solvables et des stocks de cacao immobilisés.
À la suite de la conférence de presse de la plateforme SYNAPCI–ANAPROCI, qui a donné un ultimatum d’une semaine à la Direction générale du CCC pour répondre aux préoccupations des producteurs, les témoignages se multiplient et convergent. De l’Ouest au Centre-Ouest, la colère et le découragement gagnent les campagnes.
Sipilou : une campagne au ralenti
Dans la région du Tonkpi, à Sipilou, N’guéssan N’Dri, producteur de café-cacao, décrit une situation qu’il juge alarmante.
« Les produits sont là, mais les acheteurs se font rares. Quand certains viennent, ils promettent de revenir nous payer. Cela fait maintenant deux mois que nous attendons notre argent », explique-t-il.
La peur des arnaques a fini par paralyser les échanges. « Beaucoup de planteurs préfèrent garder leur cacao plutôt que de risquer de ne jamais être payés. Ici, on peut dire que la campagne cacao n’a pas fonctionné », tranche-t-il.
Guého : des stocks pleins, mais des familles appauvries
À Guého, Coulibaly Bamori, planteur de cacao, confirme que la situation financière des producteurs est critique.
« Les magasins sont remplis de cacao, mais l’argent ne circule pas. Les acheteurs ne paient pas ou disparaissent. Les fêtes de fin d’année ont été très difficiles », confie-t-il.
Selon lui, les familles ont épuisé leurs maigres économies pour assurer la scolarité des enfants. « Aujourd’hui, beaucoup survivent grâce aux cultures vivrières ou à de petits métiers. Vivre uniquement du cacao devient presque impossible », ajoute-t-il.
Dans la Marahoué : deux mois sans revenus
À Bouaflé, dans la région de la Marahoué, Loukou Kouassi Augustin évoque plus de deux mois sans aucun paiement.
« Nous avons livré notre cacao depuis novembre. Une partie est au port, l’autre est encore au magasin, mais nous n’avons rien reçu », déplore-t-il.
Les conséquences sociales sont lourdes : enfants renvoyés de l’école, soins médicaux retardés, endettement croissant. « Nous vivons uniquement du cacao. Attendre des mois sans être payé est insupportable. Nous survivons grâce à la vente de produits vivriers », explique-t-il.
Dabouyo : camions bloqués et incompréhension totale
À Dabouyo, Kouakou Francis, planteur de cacao, signale des cargaisons immobilisées depuis plusieurs semaines.
« Des camions sont bloqués depuis près d’un mois, alors que le cacao est déjà au port. Le Conseil du Café-Cacao ne donne aucune explication. Les producteurs souffrent », affirme-t-il.
Pour lui, la crise dépasse largement sa localité. « Ce que nous vivons ici, c’est partout. Les planteurs sont fatigués et découragés », insiste-t-il.
Une filière fragilisée
Malgré les chiffres officiels rassurants, les témoignages recueillis mettent en évidence un profond décalage entre la communication institutionnelle et la réalité vécue par les producteurs. Pour ces derniers, l’acheminement du cacao vers les ports n’a de sens que si le paiement est effectif, rapide et sécurisé.
Alors que l’ultimatum de SYNAPCI–ANAPROCI arrive à échéance, la filière café-cacao apparaît plus que jamais en danger. Sans mesures urgentes et concrètes, les planteurs, déjà à bout de souffle, redoutent que cette crise ne débouche sur une véritable crise sociale dans les régions productrices.
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