Par Bakary Cissé | lementor.net
En 2026, alors que l’économie mondiale demeure sous tension entre séquelles post-pandémiques, fragmentation géopolitique et resserrement des conditions financières internationales, la Côte d’Ivoire affiche une trajectoire qui contraste avec la prudence ambiante. Les derniers chiffres publiés le 19 février par le Centre de Promotion des Investissements en Côte d’Ivoire confirment une dynamique robuste des Investissements Directs Étrangers (IDE) en 2025.
Avec 812,67 milliards de FCFA d’investissements agréés, contre 741,46 milliards en 2024, la progression dépasse 9 %. Dans un contexte continental marqué par une contraction des flux vers plusieurs économies africaines, ce signal est tout sauf anodin. Il traduit une confiance soutenue des investisseurs dans la stabilité macroéconomique, la gouvernance et la vision stratégique ivoirienne.
Une dynamique sectorielle structurante
Ces flux ne se concentrent pas sur des niches spéculatives. Ils irriguent des secteurs stratégiques : services, industrie et agriculture. Ces trois piliers constituent le socle productif du pays et génèrent des effets multiplicateurs significatifs en matière d’emplois, de transformation locale et de création de valeur.
Entre 2021 et 2025, le CEPICI a mobilisé un total cumulé de 4 242 milliards de FCFA. Ce volume sur cinq ans illustre non seulement l’attractivité du pays, mais aussi sa résilience face aux chocs externes. Malgré la volatilité des marchés mondiaux et les incertitudes régionales, la Côte d’Ivoire a maintenu une trajectoire ascendante.
Au-delà des montants, le volume des projets témoigne d’une vitalité entrepreneuriale remarquable. En 2025, 154 projets ont été agréés contre 146 en 2024. Parallèlement, 26 948 entreprises ont été créées, soit une hausse de plus de 6 % en un an. Cette dynamique traduit un environnement des affaires en amélioration continue, porté par des réformes structurelles et une simplification administrative accrue.
Un climat des affaires en mutation
Sous la direction de Solange Amichia, le Centre de Promotion des Investissements en Côte d’Ivoire met en avant les progrès réalisés en matière de transparence, de digitalisation et de gouvernance. L’amélioration de l’indice de perception de la corruption, en particulier, envoie un message fort aux investisseurs internationaux : la Côte d’Ivoire consolide ses institutions.
Dans un environnement africain où la bureaucratie, l’insécurité juridique ou l’instabilité politique freinent souvent les ambitions, ces avancées positionnent le pays comme un modèle de réforme pragmatique. L’État a progressivement renforcé la sécurité juridique des investissements, modernisé ses procédures et instauré un dialogue permanent avec le secteur privé.
2026-2030 : vers un nouveau modèle d’attractivité
Les priorités annoncées pour la période 2026-2030 traduisent une vision stratégique ambitieuse. Digitalisation accrue des procédures, aménagement industriel, gouvernance des réformes, promotion des opportunités locales et renforcement du réinvestissement constituent les axes majeurs.
La numérisation, en particulier, peut devenir un levier décisif. En facilitant l’accès aux services administratifs et en réduisant les délais de traitement, elle améliore la compétitivité globale du pays. Elle favorise également l’intégration des PME ivoiriennes dans les chaînes de valeur internationales, réduisant les asymétries d’information et les coûts de transaction.
L’aménagement industriel représente un autre pilier central. En structurant des zones industrielles modernes et en renforçant les infrastructures logistiques, Abidjan et d’autres pôles urbains peuvent consolider leur statut de hubs manufacturiers et logistiques en Afrique de l’Ouest. Cette orientation ouvre la voie à des investissements verts et durables, alignés sur les standards internationaux.
Le renforcement du réinvestissement constitue enfin une stratégie de maturité économique. Encourager les entreprises déjà implantées à réinjecter leurs profits localement permet de créer un cercle vertueux, réduisant la dépendance excessive aux flux entrants tout en consolidant la souveraineté productive.
Opportunités et vigilance stratégique
L’optimisme doit toutefois s’accompagner de lucidité. La volatilité des prix des matières premières, notamment le cacao et le pétrole, demeure un facteur de risque structurel. Une diversification accélérée de l’économie reste essentielle pour amortir les chocs exogènes.
De même, pour que les IDE se traduisent en prospérité inclusive, l’investissement dans le capital humain est déterminant. Formation professionnelle, employabilité des jeunes et montée en compétences locales doivent accompagner l’afflux de capitaux. Sans cette articulation, les flux financiers risqueraient de produire des effets limités sur la transformation sociale.
Néanmoins, les fondamentaux sont solides. La Côte d’Ivoire bénéficie d’un taux de croissance soutenu, d’une position géostratégique stratégique dans le Golfe de Guinée et d’un marché régional intégré via l’UEMOA et la CEDEAO. Pour les investisseurs africains, européens ou asiatiques, le pays n’est plus seulement un marché émergent. Il est perçu comme un partenaire fiable et structuré.
Un leadership régional assumé
À l’aube de 2026, les 812,67 milliards de FCFA d’IDE enregistrés en 2025 dépassent la simple statistique. Ils consacrent un positionnement régional affirmé. Abidjan confirme son rôle de locomotive économique en Afrique subsaharienne.
Mais le défi est désormais qualitatif : transformer ces flux en industrialisation durable, en emplois décents et en montée en gamme technologique. Cela suppose une coordination étroite entre gouvernement, secteur privé et société civile.
La Côte d’Ivoire dispose aujourd’hui des leviers nécessaires pour consolider son statut de leader régional. Les chiffres parlent. Les investisseurs répondent présents. Reste à convertir cette confiance en prospérité partagée.
L’histoire économique ne récompense pas seulement ceux qui attirent les capitaux, mais ceux qui savent les transformer en développement durable. Sur ce terrain, la Côte d’Ivoire semble déterminée à franchir un nouveau palier.
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