Par AN | Lementor.net
Derrière l’image paisible de l’île Boulay, située dans le district d’Abidjan, une vive contestation prend forme. Des communautés Ebrié accusent des acteurs non identifiés de s’approprier progressivement leurs terres ancestrales, dans un contexte marqué par l’absence de réaction des autorités. Une situation jugée préoccupante, qui fait craindre l’émergence d’une crise foncière majeure.
Le jeudi 26 mars 2026, chefs coutumiers et habitants de plusieurs villages riverains se sont réunis sur l’île pour exprimer leur indignation. Tous dénoncent une occupation qu’ils estiment illégale, rappelant que ces terres constituent un héritage transmis de génération en génération et un élément central de leur identité culturelle. Pour eux, toute tentative d’appropriation sans leur consentement représente une atteinte grave à leur patrimoine collectif.
Sur le terrain, les signes d’une transformation rapide sont visibles et alimentent les inquiétudes. Selon les populations locales, près de 70 hectares seraient actuellement concernés par des travaux, notamment l’ouverture de pistes, l’installation de poteaux électriques et des opérations de décapage du sol. Des activités qui laissent penser à un projet d’aménagement en cours, mené sans consultation préalable des communautés concernées.
Face à cette situation, les représentants des villages de Yopougon Santé, Kouté, Azito, Béago, Locodjro et Anoumabo affirment avoir multiplié les démarches auprès des autorités compétentes, notamment le ministère en charge de la Construction, la préfecture d’Abidjan, la Primature et le Conseil d’État. Mais jusqu’à présent, aucune réponse officielle ne leur aurait été adressée. « Nous faisons face à un silence total », a déploré Georges Akré, chef coutumier et président du comité de gestion de l’île Boulay.
Au cœur de la controverse figure le décret n°2010-34 du 19 mars 2010, qui classe l’île Boulay en zone d’utilité publique dans le cadre d’un projet de terminal à conteneurs. Ce statut impose des restrictions strictes, interdisant toute transaction ou modification du sol sans autorisation préalable de l’État. Pour les communautés, les travaux en cours constitueraient donc une violation de ce cadre réglementaire.
Au-delà du conflit local, cette affaire met en lumière des failles dans la gestion du foncier en Côte d’Ivoire, notamment dans les zones à fort potentiel économique où les enjeux sont particulièrement élevés. Elle soulève également des questions sur la transparence des opérations d’aménagement et le respect des droits des communautés locales.
Malgré la tension, les populations assurent privilégier la voie du dialogue. Elles indiquent avoir pris des mesures pour stopper certaines activités sur le terrain, tout en appelant à une intervention rapide des autorités afin de trouver une solution pacifique. Toutefois, l’absence prolongée de réaction pourrait accentuer les frustrations et faire basculer ce différend en une crise ouverte, avec des conséquences imprévisibles sur la stabilité sociale dans cette zone stratégique du district d’Abidjan.
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