Par La Rédaction | Lementor.net
Il faut parfois savoir sourire, même lorsque l’actualité est lourde. Et ces derniers jours, le Général Abdourahamane Tiani nous a offert, malgré lui, un moment de linguistique involontairement mémorable.
Comprendre le chef de la junte de Niger relève parfois de l’exercice d’interprétation simultanée. Non pas sur le fond politique qui, lui, est souvent limpide mais sur la forme. Car le général manie un vocabulaire… disons, singulier.
La semaine dernière, il souhaitait probablement évoquer la lutte gréco-romaine. L’expression est connue, noble, presque héroïque. Mais dans la bouche du chef militaire, elle s’est transformée en un inattendu “GROCO-romain”. Quelques jours auparavant, au lieu de “rugir”, c’est un énergique “rujure” qui a retenti. On imagine les conseillers se regardant discrètement, partagés entre gravité institutionnelle et surprise phonétique.
Bien sûr, parler français n’est chose facile pour personne. La langue de Molière est exigeante, capricieuse, pleine de pièges et de sons récalcitrants. Mais lorsqu’on dirige un État, surtout en période de tension diplomatique, chaque mot compte. Chaque syllabe est scrutée. Chaque déclaration est analysée.
Il devient alors parfois difficile de percevoir pleinement la pensée du général. Veut-il rugir ou injurier ? Parle-t-il de lutte antique ou de concept inédit ? L’exercice demande concentration, bonne volonté… et peut-être, osons-le dire avec bienveillance, un traducteur attitré.
Car au-delà des approximations linguistiques, il y a le poids des responsabilités. Les discours officiels ne sont pas de simples conversations de caserne. Ils engagent une nation. Ils façonnent une image. Ils construisent une crédibilité internationale.
On pourrait sourire de ces glissements phonétiques s’ils n’étaient pas prononcés dans un contexte régional déjà fragile. Lorsqu’on se pose en pourfendeur de l’ordre régional, lorsqu’on accuse ses voisins avec vigueur, la clarté devient une vertu diplomatique.
L’Afrique de l’Ouest traverse une période complexe. Les mots, dans cet environnement, sont des instruments puissants. Ils peuvent apaiser, ou enflammer. Clarifier, ou embrouiller.
Alors oui, peut-être qu’un traducteur serait utile. Pas pour corriger un accent — qui fait partie de l’identité de chacun mais pour s’assurer que l’intention politique ne se perde pas dans les détours phonétiques.
En attendant, le public, lui, continue d’écouter. Parfois avec perplexité. Parfois avec amusement. Toujours avec attention.
Et si l’on devait retenir une leçon de cette séquence linguistique inattendue, ce serait celle-ci : gouverner exige déjà de la rigueur. Parler au monde exige, en plus, de la précision.
Leave a comment