Adama Ouédraogo Damiss | Lementor.net
L’affaire avait suscité un retentissement considérable. Mamadou Gassama, homme politique malien et membre du Conseil national de la Transition (CNT), s’était illustré par une sortie publique aux accents virulents, émaillée de propos injurieux et outrageants à l’encontre du Président de la République de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara.
De passage à Abidjan, il fut identifié à la suite d’un incident, interpellé par les services compétents, puis présenté au parquet. La procédure judiciaire suivit son cours: déféré à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan, Mamadou Gassama fut jugé, condamné à trois années d’emprisonnement, assorties d’une interdiction de séjour de même durée sur le territoire et d’une amende de cinq millions de francs CFA.
Ainsi, l’État de droit s’est pleinement exprimé. La justice ivoirienne, indépendante et souveraine, a conduit le dossier à son terme, démontrant que nul ne saurait se soustraire à la loi, quelle que soit sa qualité ou sa nationalité.
Mais au terme de ce processus, le Chef de l’État, usant de la prérogative constitutionnelle qui lui est reconnue, a accordé sa grâce. Par décret présidentiel, Mamadou Gassama a recouvré la liberté.
Ce geste n’est pas anodin. Il procède d’une hauteur de vue, d’une maîtrise de soi et d’un sens élevé de l’État. Il révèle la force tranquille d’un dirigeant qui, bien que personnellement atteint par des invectives d’une rare gravité, choisit de s’élever au-dessus de l’offense.
Un proverbe mossi enseigne qu’« un chef est une poubelle » : il reçoit et supporte tout. Cette sagesse traditionnelle rappelle que l’autorité véritable implique endurance et retenue. Toutefois, dans une République moderne, la tolérance ne saurait signifier l’impunité. Les institutions existent pour dire le droit et sanctionner les manquements. Tel fut le cas dans cette affaire : la loi a été appliquée, la justice a tranché, et l’ordre républicain a été affirmé.
Le pardon, ensuite, est venu parachever l’œuvre institutionnelle. Il n’efface ni la faute ni la décision de justice ; il manifeste la magnanimité de celui qui gouverne. Il atteste que la fermeté peut s’allier à la clémence, et que l’autorité n’exclut ni l’humanisme ni la grandeur d’âme.
Sous d’autres cieux, un simple mot de travers peut exposer son auteur aux pires représailles, même lorsque la vérité la plus évidente est énoncée. Ici, la loi a prévalu, et la clémence a scellé l’issue.
Le pardon n’est pas faiblesse. Il est force maîtrisée. Il est assurance tranquille. Il est la signature des grands hommes d’État.
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