Par AN | Lementor.net
Les principaux pays producteurs de cacao se préparent à intensifier les concertations face à la dégradation continue des prix sur le marché international, une situation qui fragilise fortement les revenus des planteurs et les économies dépendantes de cette culture.
Lors d’un échange avec la presse, mardi à Abidjan, l’ambassadeur Aly Touré, porte-parole des producteurs au sein de l’Organisation internationale du cacao (ICCO), et le directeur exécutif de l’institution, Michel Arrion, ont dressé un tableau préoccupant de la conjoncture actuelle.
Selon Aly Touré, une réunion du collège des pays producteurs, qui représente près de 95 % de l’offre mondiale, est prévue les 8 et 9 avril 2026 par visioconférence afin d’analyser la situation. Une rencontre élargie est également annoncée en juin à Bruxelles pour approfondir les discussions.
Cette mobilisation intervient dans un contexte de forte instabilité des prix, dont les répercussions se font directement sentir sur les producteurs, en particulier dans les pays où le cacao constitue une ressource économique majeure.
Au cœur des échanges à venir figurera la question de la baisse des cours, devenue une source d’inquiétude pour l’ensemble des acteurs de la filière. Les participants entendent examiner des solutions à la fois immédiates et structurelles pour soutenir les producteurs et tenter de rééquilibrer le marché.
Toutefois, la mise en place de telles mesures s’annonce délicate. Elle suppose de concilier des impératifs économiques avec des contraintes juridiques internationales, notamment en matière de concurrence et de régulation des marchés.
Parmi les pistes évoquées, la nécessité d’une meilleure transparence du secteur apparaît comme un enjeu clé. L’analyse des volumes de broyage, indicateur essentiel de la demande industrielle, devrait ainsi occuper une place centrale dans les réflexions. Les producteurs plaident également pour une répartition plus équitable des revenus tout au long de la chaîne de valeur.
Au-delà des aspects techniques, cette dynamique se veut aussi un signal de solidarité entre les pays producteurs d’Afrique, d’Asie et d’Amérique, confrontés à des défis similaires dans un environnement économique incertain.
De son côté, Michel Arrion a souligné les avancées enregistrées dans le dialogue entre producteurs et industriels. Il a notamment mis en avant l’évolution des discussions autour des enjeux de durabilité, désormais élargis aux dimensions économiques, environnementales et sociales.
Le directeur exécutif de l’ICCO a également insisté sur l’importance de la transformation locale, un levier jugé stratégique pour accroître la valeur ajoutée dans les pays producteurs. L’organisation accompagne, à cet effet, les investisseurs et les institutions financières dans l’évaluation de la rentabilité des projets liés au cacao.
Par ailleurs, des groupes de travail ont été constitués pour traiter des questions sanitaires, en collaboration avec la Commission européenne, notamment sur l’usage des pesticides. Ces échanges ont permis, selon lui, des progrès notables.
La problématique de l’accès au financement reste également centrale, qu’il s’agisse de soutenir les producteurs ou de faciliter l’implantation d’unités industrielles capables de transformer localement les fèves et de constituer des stocks.
Dans ce contexte, les industriels du chocolat adaptent progressivement leurs stratégies. Parmi les tendances observées figurent la réduction de la teneur en cacao dans les produits, le recours à des substituts et la diminution des formats, une pratique connue sous le nom de « shrinkflation ».
Depuis son pic atteint fin 2024, le prix du cacao a enregistré une baisse d’environ 70 %, sous l’effet combiné d’une augmentation des récoltes et d’un ralentissement de la demande mondiale.
Les perspectives pour la campagne 2025-2026 laissent entrevoir un excédent de production, accentuant les incertitudes sur l’évolution future du marché.
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