Par Bakary Cissé | Lementor.net
Avec plus de 2 000 milliards de FCFA investis en dix ans dans l’exploration et l’exploitation, la Côte d’Ivoire change d’échelle. Longtemps perçu comme secondaire face à l’agriculture, le secteur minier s’affirme désormais comme un pilier structurant de la transformation économique nationale. L’annonce, faite lors de la conférence Mining Indaba au Cap en février 2026, marque une étape décisive : Abidjan ne se contente plus d’attirer les investisseurs, elle revendique une stratégie intégrée à long terme.
Le cap est clair. Dans le cadre du Plan intégré des ressources minérales et énergétiques (PIRME), doté de 38 000 milliards de FCFA, dont près de 30 % destinés au secteur minier, le gouvernement vise 11 400 milliards de FCFA d’investissements cumulés d’ici 2040. Cette ambition dépasse la simple extraction : elle inscrit le sous-sol ivoirien au cœur d’une politique de croissance durable, de souveraineté économique et d’industrialisation progressive.
L’or demeure la locomotive du secteur. La production est passée de 5 tonnes en 2010 à environ 60 tonnes en 2024, propulsant le pays parmi les huit premiers producteurs africains et autour du 22ᵉ rang mondial. L’objectif de 62 tonnes en 2025 n’est qu’une étape vers l’ambition stratégique de 100 tonnes annuelles d’ici 2030. Des projets structurants comme Koné, estimé à 155 tonnes d’or, ainsi que Séguéla, Abujar, Lobo et Lafigué, consolident cette montée en puissance. À travers ces gisements, la Côte d’Ivoire confirme la richesse de son potentiel géologique encore largement sous-exploré.
Mais l’or n’est plus l’unique moteur. Le manganèse affiche une progression spectaculaire, avec une production multipliée par dix et quatre mines actives. Le potentiel estimé à 12 millions de tonnes ouvre des perspectives d’exportation et de transformation. Parallèlement, des minerais stratégiques comme le nickel, la bauxite, le lithium, les terres rares ou le graphite émergent dans un contexte mondial marqué par la transition énergétique et la demande accrue en métaux critiques.
La dimension énergétique complète cette dynamique. Les découvertes offshore du champ Baleine, exploité par Eni en partenariat avec Petroci, ainsi que le projet Calao opéré avec Murphy Oil, repositionnent la Côte d’Ivoire comme un hub énergétique régional. Depuis l’entrée en production de Baleine en 2023, le pays renforce son autonomie énergétique tout en consolidant son attractivité industrielle.
Aujourd’hui, la contribution directe des mines (hors hydrocarbures) représente environ 3 à 4 % du PIB, tandis que l’ensemble mines-énergie avoisine 7 %. Les projections anticipent une part de 5 à 6 % dès 2025 et un objectif stratégique de 14 % du PIB d’ici 2040. Selon le Fonds monétaire international, le secteur minier pourrait contribuer à près de 14 % de la croissance économique globale prévue à 6 % en 2025. En 2023, il a généré environ 501 millions d’euros de recettes publiques et devrait créer près de 25 000 emplois directs à court terme, avec des retombées communautaires estimées à 5 milliards de FCFA.
Cette dynamique repose sur un écosystème d’acteurs diversifié. Des groupes internationaux majeurs tels que Barrick Gold, Endeavour Mining, Perseus Mining, Allied Gold, Fortuna Silver Mines ou encore Montage Gold participent à l’essor aurifère. À leurs côtés, la SODEMI joue un rôle stratégique à travers des prises de participation et des partenariats structurants, sous la supervision du ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie.
Les permis de recherche sont passés de 120 en 2012 à 189 en 2024, preuve d’un regain de confiance des investisseurs. Cette attractivité repose sur plusieurs leviers solides : stabilité politique, sécurité améliorée, gouvernance axée sur la transparence, code minier modernisé et infrastructures performantes. Les ports d’Abidjan et de San Pedro sont en pleine expansion, les corridors routiers et ferroviaires se renforcent, et l’offre énergétique demeure compétitive. Classée par le Fraser Institute comme meilleure juridiction minière d’Afrique de l’Ouest sur la période 2022-2024, la Côte d’Ivoire s’impose désormais dans le top 10 africain en matière d’attractivité minière.
Au-delà des chiffres, c’est une mutation structurelle qui s’opère. L’enjeu n’est plus seulement d’extraire, mais de transformer localement, d’intégrer les chaînes de valeur et d’assurer une croissance inclusive. L’industrialisation minière ouvre la voie à la création d’écosystèmes régionaux, à la montée en compétence de la main-d’œuvre nationale et à l’essor de PME locales dans la sous-traitance et les services.
Avec des investissements cumulés dépassant 3,6 milliards de dollars et une ambition de mobiliser plus de 20 milliards USD d’ici 2040, la Côte d’Ivoire n’est plus un potentiel à surveiller, mais une destination stratégique déjà en phase de maturation. Dans un monde en quête de ressources durables et sécurisées, Abidjan offre plus qu’un sous-sol riche : elle propose un partenariat structuré, stable et rentable pour les décennies à venir.
Leave a comment