La Rédaction | Lementor.net
La tension diplomatique entre Abidjan et Niamey a franchi un nouveau palier après les déclarations publiques du chef du pouvoir militaire nigérien, le général Abdourahamane Tiani, accusant la Côte d’Ivoire, le Bénin et la France de soutenir des groupes djihadistes impliqués dans l’attaque de l’aéroport de Niamey. Des propos jugés d’une extrême gravité par les autorités ivoiriennes, qui ont convoqué l’ambassadrice du Niger à Abidjan, Badamassi Alfari Sita Sahida Djarori, la semaine dernière.
Au lendemain de ces accusations, le gouvernement ivoirien a tenu à marquer sa ferme désapprobation. Lors de l’audience accordée à la diplomate nigérienne, la ministre des Affaires étrangères, Kaba Nialé, a exprimé l’indignation d’Abidjan, rejetant catégoriquement des allégations qualifiées de « graves », « infondées » et « contraires aux usages diplomatiques ». Pour la cheffe de la diplomatie ivoirienne, ces propos portent directement atteinte à l’honneur du président ivoirien et fragilisent un climat régional déjà fortement éprouvé par les défis sécuritaires.
Cette réaction officielle s’inscrit dans une volonté claire de l’État ivoirien de ne pas banaliser des accusations susceptibles d’altérer durablement les relations bilatérales. Tout en rappelant son attachement au dialogue et aux principes de bon voisinage, le gouvernement s’est toutefois réservé « le droit de tirer toutes les conséquences » si la situation devait évoluer de manière défavorable. Une position relayée par plusieurs responsables politiques proches du pouvoir, dont Adama Ouattara, cadre du RHDP, qui a dénoncé des propos dangereux pour la stabilité régionale.
Au-delà de la sphère gouvernementale, ces déclarations ont suscité une vague de réactions au sein d’organisations et de groupes politiques ivoiriens, certains appelant ouvertement au rappel de l’ambassadeur de Côte d’Ivoire à Niamey. Une escalade verbale qui, selon plusieurs observateurs, risque d’installer une crise diplomatique durable si des clarifications rapides ne sont pas apportées.
Pour Dao Sékou, expert en politique africaine, les accusations du général Tiani s’inscrivent dans un contexte régional particulièrement sensible. Selon lui, des allégations non étayées de ce type sont de nature à fragiliser les efforts de coopération sécuritaire en Afrique de l’Ouest, à un moment où le Sahel fait face à une menace terroriste persistante et transfrontalière. Il estime par ailleurs que ces déclarations pourraient masquer les difficultés internes du pouvoir militaire nigérien à contenir l’insécurité sur son propre territoire.
L’analyste va plus loin en évoquant une possible stratégie politique interne. À ses yeux, la junte nigérienne, confrontée depuis plus de deux ans à une montée de l’insécurité, à un isolement diplomatique marqué et aux conséquences de sanctions économiques régionales, pourrait être tentée de détourner l’attention de l’opinion publique. Dans ce contexte, l’accusation de pays voisins comme la Côte d’Ivoire ou le Bénin s’inscrirait dans une logique de confrontation avec des États perçus comme ayant, par le passé, exercé des pressions sur Niamey. Une posture qui nourrit un discours nationaliste, mais qui comporte le risque d’envenimer davantage des relations déjà fragilisées.
Sur les réseaux sociaux, la situation a rapidement pris une tournure plus préoccupante. Des activistes ont exigé des excuses publiques de l’ambassadrice nigérienne à Abidjan et, dans un délai de 72 heures, celles de responsables de la communauté nigérienne vivant en Côte d’Ivoire. Certains messages, particulièrement virulents, vont jusqu’à menacer de s’en prendre à leurs activités économiques en cas de non-satisfaction de ces revendications.
Cette dérive inquiète, d’autant que la communauté nigérienne en Côte d’Ivoire est estimée à environ 700 000 personnes, majoritairement actives dans l’économie informelle, notamment dans le commerce, les transports et la logistique. Des secteurs où leur contribution est significative et où toute tension communautaire pourrait avoir des répercussions sociales et économiques non négligeables.
Face à ce climat tendu, les autorités ivoiriennes appellent à la retenue et à la responsabilité. Si Abidjan entend défendre fermement son honneur et sa souveraineté, le gouvernement reste attaché à la préservation de la paix sociale et à la protection des communautés étrangères vivant sur son sol. Dans un contexte régional déjà marqué par de profondes fractures, la clarification rapide des malentendus apparaît comme une nécessité pour éviter que la crise diplomatique ne déborde sur le terrain social.
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