Par AN | Lementor.net
Le sort de l’ancien président nigérien Mohamed Bazoum s’est de nouveau invité au cœur des débats européens. Réuni mercredi 11 mars 2026, le Parlement européen a examiné une proposition de résolution dénonçant sa détention prolongée par la junte arrivée au pouvoir à la suite du coup d’État du 26 juillet 2023 au Niger. Le texte doit être soumis au vote des eurodéputés ce jeudi.
Dans cette résolution, les parlementaires condamnent fermement le maintien en détention de l’ancien chef de l’État et de son épouse depuis le renversement du régime. Selon plusieurs sources, le couple serait privé d’accès régulier à un avocat, de visites familiales et bénéficierait d’un suivi médical limité, alors qu’aucune information officielle sur leur état de santé n’a été communiquée depuis de longs mois.
Les eurodéputés s’inquiètent également des poursuites envisagées contre l’ancien président. Les autorités militaires dirigées par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) ont en effet annoncé leur intention de le juger pour haute trahison après la levée de son immunité présidentielle. Une accusation susceptible d’entraîner de lourdes sanctions, voire la peine capitale, ce qui alimente les inquiétudes sur les garanties d’un procès équitable.
Au-delà du cas de l’ancien président, le texte pointe une dégradation plus large de la situation politique et sécuritaire dans le pays. Les élus européens dénoncent un durcissement du pouvoir militaire, marqué par des restrictions croissantes visant l’opposition, la société civile, les organisations de défense des droits humains et les médias.
Le Niger, autrefois considéré comme un partenaire clé de l’Union européenne dans la lutte contre l’insécurité au Sahel, traverse également une période d’instabilité accrue. Plusieurs observateurs estiment que la rupture avec les partenaires occidentaux et le départ des forces européennes ont contribué à fragiliser davantage l’équilibre sécuritaire dans la région.
La résolution attire aussi l’attention sur la situation humanitaire. Des millions de personnes auraient aujourd’hui besoin d’une assistance d’urgence et près d’un million auraient été contraintes de quitter leur domicile en raison de l’insécurité. L’accès à l’aide reste toutefois limité dans certaines zones, notamment après la fermeture ou l’expulsion de nombreuses organisations internationales.
Autre sujet d’inquiétude pour les eurodéputés : la volonté affichée par les autorités nigériennes de se retirer de la Cour pénale internationale. Une décision qui, selon eux, risquerait d’affaiblir les mécanismes internationaux de lutte contre l’impunité et d’isoler davantage le pays sur la scène diplomatique.
Dans ce contexte, le Parlement européen appelle à une mobilisation diplomatique accrue. Les élus demandent notamment à la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, ainsi qu’aux partenaires internationaux, dont l’Union africaine et la CEDEAO, d’intensifier leurs efforts afin d’obtenir la libération de Mohamed Bazoum et le rétablissement de l’ordre constitutionnel.
Même si cette résolution n’a pas de portée contraignante, elle vise à maintenir la pression diplomatique sur les autorités de Niamey et à rappeler l’attachement des institutions européennes aux principes démocratiques et aux droits humains au Sahel.
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