Par AN | Lementor.net
Un pan majeur de l’histoire culturelle ivoirienne a retrouvé son berceau. Après plus d’un siècle passé en France, le tambour sacré Djidji Ayokwè a été officiellement restitué à la Côte d’Ivoire, à l’issue d’une cérémonie solennelle organisée au musée du quai Branly – Jacques Chirac, en présence de plusieurs autorités des deux pays.
Imposant par ses dimensions 3,31 mètres de long pour près de 430 kilogrammes cet instrument traditionnel, saisi en 1916 par l’administration coloniale, revient ainsi enrichir le patrimoine national ivoirien. L’annonce a été relayée par le ministère ivoirien de la Culture et de la Francophonie.
Bien au-delà de sa fonction musicale, le Djidji Ayokwè, qui signifie « panthère-lion » en langue atchan, incarnait un véritable système de communication pour les peuples Ébrié. Sculpté dans un tronc d’iroko, il permettait de diffuser des messages codés entre villages, notamment dans la zone de l’actuelle Abidjan. À l’époque coloniale, ses sonorités servaient aussi à alerter les populations face aux opérations de répression ou de recrutement forcé.
Son retrait du territoire ivoirien remonte à 1916, lorsque l’administrateur colonial Simon ordonna sa confiscation dans le cadre des campagnes dites de « pacification ». Expédié en France en 1929, l’objet a successivement été conservé dans des institutions muséales parisiennes, avant d’intégrer les collections du quai Branly.
Le processus de restitution s’est étalé sur plusieurs années. Abidjan avait introduit une requête officielle en 2018. En 2021, le président Emmanuel Macron avait exprimé sa volonté de voir aboutir ce dossier. Il a toutefois fallu attendre 2025 pour franchir les étapes décisives : un vote favorable du Sénat en avril, suivi de celui de l’Assemblée nationale en juillet, permettant de lever les contraintes juridiques.
La cérémonie de remise a été marquée par une forte charge symbolique. La ministre française de la Culture, Rachida Dati, et son homologue ivoirienne, Françoise Remarck, ont officialisé le transfert. « Cet objet est porteur d’histoire et de mémoire », a souligné Françoise Remarck. De son côté, Paulin Claude Danho, vice-gouverneur du district d’Abidjan, a salué un retour « chargé d’espoir après un départ douloureux ».
Plusieurs personnalités internationales ont pris part à l’événement, dont Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de la Francophonie, et Khaled El-Enany, directeur général de l’UNESCO.
Ce retour s’inscrit dans une dynamique plus large de restitution du patrimoine africain. Le Djidji Ayokwè constitue le premier élément d’un ensemble de 148 œuvres réclamées par la Côte d’Ivoire. Cette politique engagée par la France depuis 2017 a déjà permis, entre autres, la restitution de trésors historiques au Bénin et au Sénégal.
Désormais, le tambour sacré sera conservé au Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire, à Abidjan, où il sera présenté au public. Une cérémonie officielle est annoncée dans les prochains jours pour célébrer ce retour hautement symbolique. Après des décennies d’absence, le Djidji Ayokwè retrouve enfin sa place au cœur de la mémoire ivoirienne.
Leave a comment