Par AN | Lementor.net
Après plusieurs mois d’incertitude, le partenariat commercial entre les États-Unis et l’Afrique reprend son souffle. Le Sénat américain a adopté, mardi 3 février 2026, une loi réactivant pour douze mois l’African Growth and Opportunity Act (Agoa), aussitôt signée par le président Donald Trump. Cet accord, essentiel pour de nombreuses économies du continent, permet l’entrée sans droits de douane de milliers de produits africains sur le marché américain.
La décision intervient dans un contexte tendu. L’Agoa avait expiré à l’automne 2025, victime des blocages budgétaires à Washington. Faute d’entente sur une réforme de fond, les parlementaires ont choisi une solution provisoire : maintenir le dispositif avec effet rétroactif au 30 septembre 2025. Textile est-africain, industrie automobile sud-africaine, filières agricoles comme la vanille malgache : plusieurs secteurs dépendants de ce régime préférentiel peuvent ainsi poursuivre leurs exportations.
Un compromis politique fragile
Derrière ce vote se cache pourtant un débat profond. Aux États-Unis, deux visions s’opposent. Une partie des élus voit l’Agoa comme un outil de développement à long terme, capable de consolider les relations économiques avec l’Afrique. D’autres, à l’image du sénateur John Kennedy, défendent une approche plus restrictive : un accord de courte durée, assorti de conditions politiques strictes et pensé comme un rempart face à la montée en puissance de la Chine sur le continent.
La Maison Blanche affiche déjà ses intentions. Le représentant au commerce, Jamieson Greer, a annoncé vouloir « moderniser » l’Agoa afin de l’inscrire dans la stratégie America First. Washington réclame notamment une ouverture accrue des marchés africains aux produits américains, en particulier agricoles, signe que la future version de l’accord pourrait être plus exigeante pour les États bénéficiaires.
Un soulagement mesuré pour les entreprises
Du côté africain, la nouvelle est accueillie avec prudence. Pour les sociétés déjà positionnées sur le marché américain, la reconduction constitue une véritable bouffée d’air. « Elle sécurise les contrats en cours », reconnaissent plusieurs analystes. Mais la visibilité limitée à un an ne favorise pas de nouveaux investissements industriels, qui nécessitent des horizons plus stables.
Par ailleurs, l’expérience des vingt dernières années montre que l’Agoa n’a pas toujours inversé la tendance au recul des exportations africaines vers les États-Unis. Face à cette réalité, de nombreux pays accélèrent la diversification de leurs débouchés. L’Asie, en forte demande de produits agricoles, et le marché régional africain, stimulé par la Zlecaf, apparaissent comme des alternatives de plus en plus attractives.
Une réforme attendue d’ici 2027
La prolongation votée à Washington ressemble donc à un simple répit. Les douze prochains mois devront permettre de redéfinir les règles du jeu : quelle place pour le développement africain ? quelles contreparties exigées par les États-Unis ? et quel équilibre face aux nouvelles dynamiques géopolitiques ?
En attendant ces réponses, les exportateurs africains continuent d’avancer sur un terrain incertain, suspendus aux choix stratégiques d’une administration américaine déterminée à remodeler ses relations commerciales avec le continent.
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