Par la rédaction-Lementor.net
Depuis l’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba vers le Burkina Faso, une question revient avec insistance dans les cercles politiques, diplomatiques et sécuritaires de la sous-région : quel est aujourd’hui le sort réel de l’ancien président de transition burkinabè ? Plus précisément, est-il encore en vie ?
Officiellement, les autorités de Ouagadougou n’ont communiqué que de manière parcellaire sur sa situation. Aucune image récente, aucune comparution publique, aucun communiqué judiciaire détaillé ne permet, à ce stade, de confirmer de façon transparente son état, son lieu exact de détention ou les conditions dans lesquelles il est retenu. Ce silence alimente naturellement les spéculations, dans un contexte où la confiance envers les régimes issus de coups d’État reste fragile.
Il convient de rappeler que Paul-Henri Damiba continue de nier formellement les accusations portées contre lui, notamment celles liées à des tentatives présumées de déstabilisation. Pourtant, son extradition a eu lieu dans un environnement politique marqué par une concentration extrême du pouvoir entre les mains du capitaine Ibrahim Traoré, chef de la transition, dont l’autorité repose essentiellement sur l’appareil militaire et non sur un mandat électoral.
Cette réalité change radicalement la nature du débat. Damiba n’est pas un opposant politique ordinaire. Il est un ancien chef d’État de transition, renversé par la force, aujourd’hui remis à un régime qui gouverne sans élections nationales depuis plusieurs années et dans un pays où la peine de mort a été rétablie. Cette configuration rend toute inquiétude légitime quant à son intégrité physique et morale.
L’histoire récente de l’Afrique de l’Ouest invite à la prudence. Dans les régimes où la justice est étroitement imbriquée avec l’appareil sécuritaire, la frontière entre procédure judiciaire et règlement politique devient floue. L’absence de communication officielle régulière sur le sort d’un détenu de ce rang ne peut être considérée comme anodine. Elle pose une question de responsabilité, non seulement pour les autorités burkinabè, mais aussi pour les États qui ont facilité ou validé cette extradition.
À ce jour, aucune preuve tangible ne permet d’affirmer que Paul-Henri Damiba a subi des traitements irréversibles. Mais aucune preuve publique ne permet non plus d’exclure le contraire. Ce flou est en lui-même un problème politique et diplomatique majeur. Dans un État de droit, la situation d’un ancien dirigeant détenu ferait l’objet d’un minimum de transparence, ne serait-ce que pour écarter les soupçons.
La question de savoir s’il est encore vivant dépasse donc la simple curiosité médiatique. Elle interroge la nature même du pouvoir en place à Ouagadougou, sa relation à la justice et son rapport à la communauté régionale et internationale. Elle engage également la responsabilité morale des partenaires qui ont contribué à rendre cette extradition possible, en acceptant qu’un ancien chef d’État soit remis à un régime sans garanties institutionnelles solides.
Tant que des éléments clairs, vérifiables et indépendants ne seront pas rendus publics, les interrogations persisteront. Et avec elles, le malaise. Car dans les contextes de transition militaire prolongée, le silence est rarement neutre. Il devient un langage politique à part entière.
La véritable question n’est donc pas seulement de savoir si Paul-Henri Damiba est encore vivant, mais pourquoi son sort demeure entouré d’un tel mutisme. Et ce que ce silence dit, en creux, de l’état réel de la justice et du pouvoir au Burkina Faso aujourd’hui.
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