Par Bakary Cisse | Lementor.net
La coopération entre la Côte d’Ivoire et le Japon franchit un nouveau cap stratégique. À travers un don de 6 milliards de FCFA destiné à la modernisation des équipements d’entretien routier dans le Grand Abidjan, Tokyo confirme son positionnement comme partenaire technique de long terme, au service d’une mobilité durable et structurante pour l’économie ivoirienne.
Ce soutien financier traduit une philosophie claire : investir non seulement dans la construction, mais surtout dans la pérennité des infrastructures. Dans une métropole qui concentre l’essentiel de l’activité économique nationale, l’entretien préventif devient un levier stratégique. Des machines modernes permettront désormais une maintenance régulière des voies, réduisant les dégradations prématurées, les coûts de réhabilitation lourde et les congestions chroniques.
Une coopération structurée autour de la durabilité
À travers la JICA, le Japon déploie un modèle fondé sur la rigueur technique, le transfert de compétences et la planification de long terme. L’illustration la plus visible reste l’Échangeur de l’Amitié ivoiro-japonaise, inauguré en 2019, qui a profondément amélioré la fluidité entre Marcory et Treichville. Plus qu’un ouvrage d’art, cet échangeur incarne une approche intégrée : qualité de conception, adaptation aux réalités climatiques locales et maintenance anticipée.
Cette logique s’inscrit pleinement dans le Plan National de Développement (PND), qui place les infrastructures au cœur de la transformation structurelle du pays. La route n’est plus seulement un axe de circulation ; elle devient un corridor économique reliant les zones industrielles, les bassins agricoles et miniers, ainsi que le Port d’Abidjan, principal hub maritime du pays.
Le Schéma Directeur d’Urbanisme du Grand Abidjan (SDUGA) renforce cette vision en planifiant, à l’horizon 2030, un développement cohérent des routes, des transports collectifs et des pôles industriels. La coopération japonaise accompagne ainsi une stratégie nationale structurée, en y apportant expertise et discipline opérationnelle.
Le ferroviaire, nouveau front stratégique
Au-delà des routes, la dynamique s’étend désormais au ferroviaire. En janvier 2026, une mission conjointe JICA–DPSPP a évalué les projets prioritaires, avant d’effectuer une visite technique au Port de San-Pédro. L’objectif : identifier les axes structurants capables de transformer durablement la compétitivité ivoirienne.
Deux corridors apparaissent déterminants. L’axe San-Pédro–Man–Odienné ouvrirait davantage l’Ouest ivoirien, riche en ressources agricoles et minières. L’axe San-Pédro–Abidjan renforcerait la complémentarité portuaire et fluidifierait les échanges internes. Cette projection s’articule également avec la modernisation de la ligne exploitée par SITARAIL, qui relie Abidjan à Ouagadougou et constitue un maillon essentiel pour le Burkina Faso et l’hinterland sahélien.
À l’échelle régionale, ces projets trouvent leur cohérence dans la vision intégrée portée par la CEDEAO, notamment à travers le schéma CACAO visant le développement de corridors interconnectés à l’horizon 2040.
Un levier de compétitivité régionale
Dans un contexte de concurrence accrue entre plateformes portuaires ouest-africaines, la maîtrise des délais et des coûts logistiques devient décisive. En modernisant ses infrastructures routières et ferroviaires, la Côte d’Ivoire consolide son ambition de leadership logistique sous-régional.
La fluidité accrue vers le Burkina Faso, le Mali et le Niger réduit les coûts de transit, améliore l’attractivité pour les investisseurs et renforce la place d’Abidjan comme carrefour stratégique entre le Golfe de Guinée et le Sahel.
Au-delà des chiffres, cette coopération traduit une convergence de visions. Le Japon apporte une expertise technologique éprouvée et une culture de l’entretien rigoureux. La Côte d’Ivoire offre un environnement stable, une ambition régionale affirmée et une stratégie de développement cohérente.
En misant simultanément sur la durabilité, le transfert de compétences et l’intégration régionale, l’axe Abidjan–Tokyo ne finance pas simplement des infrastructures. Il façonne les fondations d’une puissance logistique ouest-africaine en devenir.
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