La Redaction | Lementor.net
Dans une sortie médiatique rare et longuement attendue, N’Da Hive Kouamé, ancien directeur financier du groupe SNEDAI, aujourd’hui condamné par défaut par la justice ivoirienne, a décidé de rompre le silence. Dans un entretien accordé récemment au média Financial Afrik, dont il convient de rappeler brièvement la source tant le propos est dense et structuré, l’ancien cadre livre ce qui s’apparente moins à une plaidoirie personnelle qu’à une confession méthodique sur le fonctionnement interne d’un grand groupe privé ivoirien, les mécanismes de responsabilité et les logiques de sacrifice en période de crise.
Au fil de son témoignage, Hive Kouamé conteste frontalement le rôle central qui lui est attribué dans le détournement présumé de fonds. Il affirme n’avoir jamais été un décideur autonome, encore moins le cerveau d’un système opaque, mais un professionnel des chiffres cantonné à un périmètre d’exécution strictement encadré. Selon lui, la réalité organisationnelle d’un groupe comme SNEDAI repose sur une chaîne hiérarchique longue, structurée et documentée, où aucune opération financière d’envergure ne peut être initiée, validée et exécutée par une seule personne. À ses yeux, la thèse du « coupable unique » relève davantage de la simplification narrative que de l’analyse factuelle.
L’ancien directeur financier développe ensuite l’idée qu’il aurait été désigné comme un « visage lisible », un responsable commode dans un contexte où le système cherchait avant tout à se protéger. Son absence du territoire ivoirien au moment clé aurait facilité, selon lui, la mise en place d’un scénario judiciaire sans contradiction directe, transformant un cadre technique identifiable en point de chute d’un dossier bien plus vaste. Il décrit son départ du pays non comme une fuite préméditée, mais comme une décision initialement validée par sa hiérarchie, avant que la situation ne se retourne brutalement contre lui.
Au cœur de sa confession se trouve une critique sévère de la gouvernance interne du groupe. Hive Kouamé évoque une organisation fortement centralisée, à dominante familiale, dans laquelle les décisions stratégiques échappent aux cadres techniques. Dans ce type de configuration, affirme-t-il, les exécutants deviennent des variables d’ajustement lorsque les équilibres internes se fissurent. Il soutient que les dérives ne peuvent être comprises sans examiner la culture de gouvernance, les circuits de validation et les arbitrages opérés au sommet.
Sur le plan judiciaire, l’ancien cadre affirme respecter l’institution, mais déplore une justice qu’il perçoit comme davantage fondée sur un récit que sur une confrontation exhaustive des preuves. Il réclame une approche fondée sur l’examen des pièces, des flux, des signatures et des responsabilités réelles, estimant qu’une affaire de cette nature ne peut être sérieusement traitée sans remonter l’ensemble de la chaîne décisionnelle. Il se dit prêt à répondre sur documents, dans un cadre contradictoire sécurisé, à condition que l’ensemble des éléments soit mis sur la table.
Le témoignage évoque également un climat de pressions et de menaces, non seulement à son encontre, mais aussi à l’endroit de ses proches. Hive Kouamé affirme disposer de preuves matérielles attestant de ces pressions, qu’il entend produire le moment venu devant les autorités compétentes. Il insiste sur le fait que ces éléments ne relèvent pas du sensationnel, mais de faits traçables, laissant des empreintes vérifiables.
Un autre aspect troublant de sa confession concerne le malaise qu’il perçoit autour de certaines condamnations prononcées dans le dossier, y compris celles visant des personnes décédées ou absentes. Pour lui, ces éléments renforcent l’impression d’un dossier clos dans l’urgence, sans exploration complète de toutes ses ramifications humaines et financières.
Sur le plan personnel, l’ancien directeur financier revendique un parcours professionnel fondé sur la loyauté, la méthode et le travail de l’ombre. Après plus d’une décennie passée au service du groupe, il estime avoir été exposé sans ménagement, au mépris de toute élégance morale. Ce sentiment de trahison traverse l’ensemble de son propos, sans toutefois basculer dans l’invective, tant le ton reste maîtrisé et centré sur les faits.
Enfin, cette prise de parole se conclut par un message adressé à la jeunesse ivoirienne. Hive Kouamé met en garde contre la tentation de sacrifier son nom, son éthique et sa réputation pour une position ou un salaire. Selon lui, lorsque les systèmes vacillent, ce sont rarement les décideurs invisibles qui en paient le prix, mais les exécutants identifiables, ceux dont le visage peut être exposé à l’opinion.
Au-delà du cas individuel, ces dix confessions posent une question de fond sur la responsabilité dans les grandes organisations, la gestion des crises internes et la capacité des institutions à distinguer les fautes individuelles des défaillances systémiques. Elles invitent à un débat plus large, sérieux et dépassionné, sur la gouvernance, la justice économique et la protection des principes d’équité dans un État de droit.
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