Seydou Kone / Lementor.net
La finale de la CAN 2025 disputée à Rabat ce dimanche 18 janvier 2026 restera comme l’un des épisodes les plus confus et les plus dérangeants de l’histoire récente du football africain. Si le Sénégal a fini par soulever le trophée, c’est au terme d’un scénario chaotique, marqué par des débordements dans les tribunes, une nervosité extrême sur le terrain et une atmosphère générale indigne d’un événement censé célébrer l’excellence sportive du continent. Loin de l’image de maîtrise et de grandeur attendue d’un champion, les « Lions de la Teranga » ont offert au monde un spectacle troublant, qui a rappelé, par bien des aspects, les derniers soubresauts d’un pouvoir politique à bout de souffle à Dakar à l’ère de Macky Sall. Une page sombre, que le football africain gagnerait à refermer rapidement.
Jusqu’à la fin du temps réglementaire, la rencontre était pourtant disputée, tendue mais équilibrée, les deux équipes se neutralisant sans parvenir à faire la différence. Le tournant du match survient à la 82e minute, lorsqu’un but sénégalais est refusé par l’arbitre. La décision provoque une explosion de colère sur le banc sénégalais et sur le terrain. Les protestations deviennent rapidement incontrôlables. Cinq minutes plus tard, un défenseur sénégalais commet une faute manifeste sur un attaquant marocain dans la surface de réparation. Le pénalty sifflé par l’arbitre agit alors comme un détonateur. Dans les tribunes, des supporters sénégalais se livrent à des actes de vandalisme, détruisent des équipements, jettent divers projectiles sur la pelouse et tentent d’envahir le terrain en criant à la tricherie. La situation dégénère au point que le sélectionneur sénégalais, Pape Thiaw, ordonne à ses joueurs de quitter la pelouse, provoquant une interruption prolongée de la rencontre dans un climat de confusion totale.
Après de longues minutes d’arrêt et une tension palpable, le jeu reprend. Le pénalty marocain, pourtant synonyme de victoire potentielle, est manqué par Brahim Díaz, symbole d’un basculement psychologique brutal. Contre toute attente, et dans un match désormais vidé de sa sérénité, le Sénégal parvient finalement à inscrire le but décisif lors des prolongations. Sadio Mané et ses coéquipiers s’imposent, mais la victoire laisse un goût amer, tant elle semble déconnectée de l’esprit sportif et de la maîtrise émotionnelle qu’exige un tel rendez-vous.
Il serait malhonnête de nier que l’arbitrage, tout au long de la compétition, a parfois semblé favorable au pays organisateur, le Maroc. Mais cet argument, souvent avancé par les supporters sénégalais, ne saurait justifier les scènes de chaos observées à Rabat. D’autant plus que lors de la précédente CAN en Côte d’Ivoire, les décisions arbitrales avaient, à bien des égards, joué en faveur du Sénégal sans susciter une telle remise en cause de l’intégrité de la compétition. En réagissant de la sorte, les « Lions de la Teranga » ont donné au monde l’image d’une équipe incapable d’accepter l’adversité, ne concevant le football que sous l’angle de la victoire, et sombrant dans la contestation dès que le scénario lui échappe.
Le stade de Rabat s’est ainsi transformé, le temps d’une soirée, en une arène rappelant davantage la lutte sénégalaise que le football international. Entre gestes d’intimidation, rituels visibles et objets à connotation mystique circulant sur le terrain, certains joueurs ont semblé céder à des pratiques relevant davantage de l’obscurantisme que de la préparation mentale moderne. L’interruption du jeu, au moment où le Maroc semblait en position de l’emporter, a alimenté les soupçons selon lesquels certains acteurs auraient profité du retour précipité aux vestiaires pour se livrer à des rites censés influencer le cours du match. Sans preuve formelle, ces scènes ont néanmoins profondément marqué les esprits. Même l’attitude de Sadio Mané, feignant la consultation de figures tutélaires du football africain comme Pape Diouf ou Claude Le Roy avant de rappeler ses coéquipiers sur la pelouse, a contribué à installer un climat de doute et de déstabilisation psychologique.
Les Marocains, déstabilisés, sont tombés dans ce piège. Le penalty manqué de Díaz, pourtant d’une grande maîtrise tout au long du tournoi, illustre cette perte de lucidité. Même des détails anodins, comme l’acharnement des ramasseurs de balle à disputer à Édouard Mendy une serviette prétendument « mystique », ont contribué à transformer la finale en une farce où le football s’est progressivement effacé au profit de la superstition et de la nervosité collective.
Comme le soulignait avec ironie un consultant sportif, chacun est libre de ses croyances, mais si des formules magiques permettaient de gagner des compétitions, le Bénin ne serait jamais éliminé et l’Inde serait championne du monde à vie. En définitive, ce sacre sénégalais, obtenu dans des conditions aussi troubles, ne confère que peu de gloire à ses vainqueurs. Il laisse surtout l’impression d’une occasion manquée pour le football africain de montrer sa maturité et sa capacité à gérer les grands rendez-vous avec dignité.
Dans ce contexte, une sanction sévère de la CAF et de la FIFA à l’encontre du Sénégal ne serait pas perçue comme une injustice, mais comme un rappel nécessaire aux règles fondamentales du sport et du fair-play. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a déjà laissé entendre que des mesures pourraient être envisagées. L’Afrique du football retient son souffle. Wait and see.
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