Par la Réaction-Lementor.net
Au moment où Donald Trump engage une nouvelle phase de confrontation politique, économique et idéologique avec l’Europe, certains voudraient déjà entraîner l’Afrique dans un choix artificiel : se ranger du côté des Européens dits « anti-Trump » ou embrasser le camp des « pro-Trump », parfois présentés comme des alliés inattendus des peuples noirs. Cette lecture est simpliste. Elle est surtout dangereuse. Elle repose sur une amnésie historique dont l’Afrique paie le prix depuis des siècles.
L’histoire, précisément, doit nous servir de boussole. En tant qu’Africains, nous ne pouvons plus nous permettre le luxe de l’oubli. Il est presque risible de croire qu’être contre Trump défendrait mécaniquement les intérêts africains, tout comme il est naïf de penser que saluer Trump serait, par nature, un acte favorable aux peuples noirs. L’un comme l’autre de ces réflexes relèvent de l’émotion, pas de l’analyse. Ils traduisent un alignement instinctif là où seule la lucidité devrait guider nos choix.
Il faut rappeler une vérité inconfortable : les puissances occidentales, européennes comme américaines, ont bâti ensemble le système mondial qui a broyé l’Afrique. L’esclavage transatlantique ne fut pas une erreur isolée ni l’œuvre d’un seul camp. Il fut une entreprise concertée, organisée, protégée, assumée. La colonisation n’a pas opposé l’Europe aux États-Unis ; elle a prolongé la même logique de domination, d’extraction et de hiérarchisation des peuples.
Les indépendances n’ont pas mis fin à ce système. Elles en ont changé la forme. Accords économiques inégaux, dépendance monétaire, ajustements structurels imposés, bases militaires étrangères, ingérences politiques travesties en partenariats : tout cela a été conçu et entretenu collectivement. L’Afrique n’a jamais été libérée. Elle a simplement été maintenue sous contrôle autrement.
Croire aujourd’hui que l’Europe défendrait soudainement les intérêts africains parce qu’elle s’oppose à Trump relève de l’illusion. Les mêmes capitales qui se présentent comme les remparts contre le trumpisme continuent d’imposer des politiques migratoires brutales, de soutenir des régimes dociles et de sécuriser leurs intérêts économiques au détriment des peuples africains. L’humanisme s’arrête toujours là où commencent les intérêts.
Mais croire, à l’inverse, que Trump incarnerait une rupture favorable aux peuples noirs est tout aussi trompeur. Son mépris affiché pour l’Afrique, sa vision purement transactionnelle des relations internationales et son indifférence aux injustices historiques ne font pas de lui un allié. Bousculer l’Europe ne signifie pas libérer l’Afrique.
Il faut donc le dire clairement : l’Afrique doit cesser de servir de chair à canon. Elle l’a été lors de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, envoyant ses fils mourir sur des fronts qui n’étaient pas les siens, pour des causes qui ne la concernaient pas, sous des drapeaux qui ne la représentaient pas. Elle l’a encore été dans les guerres géostratégiques du monde occidental, instrumentalisée, déplacée, sacrifiée, sans jamais être consultée, sans jamais être respectée.
Aujourd’hui encore, on attend de l’Afrique qu’elle prenne parti, qu’elle s’aligne, qu’elle soutienne une puissance contre une autre. Mais l’Afrique n’a pas à mener la guerre des autres. Elle a sa propre guerre à mener : celle de sa souveraineté, de son développement et de sa dignité. Des conflits décidés loin de ses peuples, qui ignorent ses croyances, ses valeurs et ses priorités, ne peuvent devenir ses combats.
L’Afrique doit se recentrer sur elle-même et apprendre à rompre avec ses liens coloniaux et ses mécanismes de domination, visibles ou invisibles. Tant que ses choix stratégiques seront dictés par des intérêts extérieurs, elle restera prisonnière d’un système qui la consomme sans jamais la servir. Lorsque l’Europe et l’Amérique se battent, ce n’est pas pour la justice universelle ni pour la liberté des peuples, mais pour mieux dominer le monde et mieux l’assujettir.
Dès lors, une question s’impose, simple et brutale : un dominé peut-il aller se battre pour renforcer un système de domination ?
L’histoire a déjà répondu. Continuer à l’ignorer serait une faute politique. Et une tragédie de plus
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