Amar Mourad | Lementor.net
Au lieu d’affecter nos militaires à des tâches civiles dans les grandes villes, pour poser des pavés, jouer aux policiers municipaux, occuper de hautes fonctions dans l’appareil d’État ou élever des porcs, ne serait-il pas plus judicieux de « militariser nos tâches civiles » dans les zones de guerre ?
Ainsi, nos enseignants, nos infirmiers, nos travailleurs sociaux, etc., dans les zones rouges, seraient des militaires, plus aptes à faire face aux défis sécuritaires et à rassurer les populations.
En effet, quelle peut être la rentabilité d’un fonctionnaire stressé, perpétuellement tenaillé par la crainte d’une attaque terroriste et redoutant à tout instant pour sa vie ?
Quelles leçons de courage et de patriotisme donneront aux élèves des enseignants tremblant de tous leurs membres, plus proches de la porte ou des fenêtres que du tableau noir ?
Quel exemple de résilience et de sacrifice pour la nation offriront aux populations des « serviteurs du peuple » prêts à prendre la poudre d’escampette au moindre bruit de pétard ou à la moindre rumeur d’attaque ?
Quelle sérénité inspireront aux malades des infirmiers et des médecins davantage préoccupés par leur fuite éventuelle que disposés à risquer leur vie pour sauver celle de leurs patients ?
Au lieu de traquer de pauvres civils qui ont peur de se faire tuer à tout moment, pourquoi ne pas faire sortir nos militaires de leurs casernes pour servir dans les zones rouges ?
D’ailleurs, lorsque leurs casernes sont attaquées, n’est-ce pas dans ces mêmes villes que certains militaires se réfugient, vêtus de tenues civiles ?
Il se dit aussi que les hommes en tenue seraient les clients les plus fidèles et les plus dépensiers des débits de boissons de ces zones. Ce ne serait là qu’un juste retour des choses, d’autant plus que les plus hautes fonctions de l’État dans ces zones — gouverneurs, hauts-commissaires et préfets, sont occupées par des militaires.
On connaît tous, dans ce pays, la propension des serviteurs zélés et des « patriotes de trois ans » à tout mettre à la gloire du chef de la junte qui réfléchirait pour tous. Personne ne sera donc surpris de voir cette tribune détournée de son objet et transformée en « projet présidentiel », avec les VDP à la place des militaires, recrutés avec un certain niveau et certaines qualifications, ou susceptibles de les acquérir.
Ce ne serait d’ailleurs qu’une demi-surprise, puisque ces mêmes VDP remplacent déjà les militaires en première ligne au front.
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