Par AN | Lementor.net
À quelques semaines de la commémoration des quatre-vingts ans du Parti démocratique de Côte d’Ivoire, une voix dissonante s’est élevée au sein de la formation. Ce lundi 9 février 2026 à Abidjan, Valérie Yapo, membre du Bureau politique, a annoncé publiquement son refus de prendre part aux festivités prévues. Elle a assimilé cet événement à « une cérémonie funèbre anticipée » du parti.
S’exprimant devant la presse, la responsable politique a dressé un tableau préoccupant de la situation interne et plaidé pour une évaluation rigoureuse de la gestion actuelle. À ses yeux, l’omerta qui prévaut équivaut à une approbation tacite des dysfonctionnements. Elle décrit un parti fragilisé par des tensions multiples et par une gouvernance éloignée de ses valeurs fondatrices.
Évoquant l’ère ouverte après la disparition d’Henri Konan Bédié et l’arrivée de Tidjane Thiam à la présidence fin 2023, Valérie Yapo estime que le Pdci-Rda a progressivement perdu ses repères. Elle dénonce un mode de direction centralisé qui, selon elle, a marginalisé les instances de débat. « On a substitué l’injonction à la concertation et l’exclusion au rassemblement », a-t-elle affirmé, regrettant la rareté des réunions statutaires et les décisions prises en cercle restreint.
Pour étayer son analyse, elle s’est appuyée sur les derniers scrutins. L’absence du parti à la présidentielle d’octobre 2025, suivie d’une contre-performance aux législatives de décembre, constituerait un électrochoc. De force politique majeure au Parlement, le Pdci-Rda serait devenu un groupe réduit, révélant selon elle un décrochage avec sa base et une perte d’influence sur le terrain.
Cette régression traduirait une désarticulation des structures locales et un affaiblissement des réseaux militants. Face à cette trajectoire, Valérie Yapo a présenté trois pistes de sortie de crise : le retrait provisoire de Tidjane Thiam pour laisser place à un intérim conforme aux usages, un contrôle indépendant des comptes et des choix opérés depuis 2023, ainsi que la convocation rapide des organes décisionnels légitimes.
Elle a par ailleurs mis en garde contre l’isolement politique croissant du Pdci-Rda, rappelant les départs successifs de plusieurs alliés de la coalition d’opposition. Ces ruptures illustreraient, selon elle, une stratégie conduite sans écoute. Les querelles au sein du groupe parlementaire, avec des contestations autour de son leadership, aggraveraient encore le climat.
La longue absence du président du parti hors du pays a également été pointée du doigt. « Une formation de cette envergure ne peut être pilotée par messages interposés », a insisté Valérie Yapo, fustigeant une réorganisation menée sans transparence.
À l’approche d’un anniversaire chargé d’histoire, elle a lancé un appel solennel aux cadres et aux militants pour « sauver l’âme » du Pdci-Rda. Selon elle, cette étape doit marquer un renouveau et non une extinction. Affirmant ne viser personne, elle dit mener un combat pour la préservation d’un patrimoine politique appelé, selon ses mots, à se réinventer.
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