L’enjeu central de la présidentielle ivoirienne de 2020, éclaire par une politique fiction

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Sous les clameurs des appels au respect impératif du principe d’alternance du pouvoir en Côte d’Ivoire, osons imaginer une politique fiction et tirons, par déduction et induction, les conséquences logiques d’un tel évènement. Cette réclamation bruyante cache des profils anti-démocratiques inquiétants.

Manifestement plus préoccupés de surveiller le poste de président de la République que de construire des offres politiques alternatives correspondant aux demandes sociales du peuple ivoirien, les principaux candidats potentiels à la Présidentielle 2020 rechignent à lui présenter les programmes politiques et les projets sociétaux respectifs qui justifieraient leur prétention à l’exercice du pouvoir suprême. Leur silence suspect sur ce registre dans cette campagne électorale précocement ouverte depuis plusieurs années avant l’année électorale en violation de toutes les procédures démocratiques dans le silence assourdissant des « spécialistes » ivoiriens des procédures, atteste de la préparation d’un déni de démocratie de leur part.

Le peuple ivoirien est privé du contenu des programmes partisans et des débats contradictoires qui éclaireraient ses choix. C’est une atteinte portée au principe démocratique de libre choix des gouvernants par les gouvernés. Dans le cadre sociopolitique ivoirien où la majorité électorale ne peut être conquise qu’à travers des alliances ou des coalitions, la configuration de ces profils valide le scénario imaginaire ci-dessous.

Imaginons donc que, maintenue dans l’ignorance des programmes et projets réels des divers candidats, la raison publique ivoirienne s’égare dans ses choix. Imaginons que le peuple, étourdi par la propagande, l’intoxication mentale et la désinformation, perde sa lucidité et confie le pouvoir suprême à une coalition erratique de politiciens affamés et assoiffés aux agendas et aux objectifs antagoniques confligènes. Dans cette coalition dont les membres ne connaissent pas le compromis, tous veulent occuper le fauteuil présidentiel pour des raisons diverses également justifiées à leurs yeux.

Certains estiment que le fauteuil présidentiel leur revient selon un droit d’aînesse en leur qualité de 1er parti d’opposition en Côte d’Ivoire et aussi selon un droit de priorité politique car ce pouvoir leur aurait été injustement arraché, selon eux, par une agression militaire perpétrée par une puissance étrangère, en Décembre 2010.

D’autres considèrent que le pouvoir d’Etat ivoirien est un héritage et un patrimoine qui leur est dû selon le droit coutumier. Le nationalisme identitaire qui structure leur vision du monde, donne la priorité au droit coutumier sur le droit positif de l’État. Ils estiment aussi que le fauteuil présidentiel leur revient selon un droit d’aînesse en qualité de 1er parti politique ivoirien acteur et auteur de l’Indépendance nationale. Ils jugent avec raison qu’ils ont, eux aussi, été désappropriés de ce pouvoir par un coup d’Etat militaire en 1999.

Pour justifier leur priorité sur le reste de la troupe, d’autres encore, parmi les membres de cette « coalition », raisonnent en termes de transition générationnelle et de prérogatives politiques impartis par la providence à un homme jeune aux qualités surnaturelles en fusion avec les besoins du peuple. Ils estiment que le fauteuil présidentiel leur revient de droit en raison de hauts faits d’armes dans le syndicalisme estudiantin et la rébellion militaire. Ils considèrent, selon eux, que la démocratie ivoirienne est née  de leur combat  estudiantin contre une autocratie impitoyable et de leur révolte contre une infâme dictature national-populiste.

Est-il besoin de souligner que cette joyeuse bande de coalisés est composée d’ennemis politiques cyniquement unis, de manière opportuniste et circonstancielle, dans l’appétence  du pouvoir absolu ? Est-il besoin de faire remarquer que ce consensus constitue leur unique programme politique commun et que la prise personnalisée et égocentrique du fauteur présidentiel est leur objectif individuel commun ?

Certains d’entre eux attendent depuis 20ans de récupérer le fauteuil présidentiel et estiment que 2020 est une date non négociable. D’autres rongent impatiemment leur frein depuis 10 ans tout en s’adonnant aux tentatives de subversion et de sédition pour tenter s’emparer du fauteuil présidentiel avant terme. Certains l’attendent fébrilement depuis 10 ans et estiment en avoir eu la promesse selon une logique de dévolution de type monarchique pour service rendu.

Ils raisonnent tous, en termes de décennies quant à la périodicité de l’alternance du pouvoir. Appréciant les impondérables pouvant affecter cette périodicité, chacun d’entre eux estime qu’il doit jouer son va tout pour s’emparer du pouvoir en 2020 au risque de voir le fauteuil présidentiel lui échapper définitivement.

De quel poids pèse l’intérêt général et la préservation du bien commun du pays devant cette coalition opportuniste conflictuelle d’appétence gargantuesque pour le pouvoir absolu, d’ambitions personnelles démesurées et d’intérêts particuliers absolutisés ?

Le passé proche de l’Afrique offre une piste de réponse à cette question capitale. Après la conquête de l’Etat les mouvements de lutte de libération anticolonialistes débouchèrent souvent sur des guerres civiles entre les diverses factions qui cherchaient toutes à occuper le fauteuil présidentiel. Les expériences récentes de la Centrafrique et du Soudan pour ne citer qu’elles confirment cette règle.

Cette politique fiction devrait donc contribuer à recommander  la sagesse et l’esprit critique aux Ivoiriens. Cette sagesse populaire, ce bon sens et cet esprit critique forment les bastions ultimes sur lesquels le peuple démocratique est tenu de s’appuyer pour sauvegarder sa souveraineté et sa liberté contre les démagogues et les imposteurs. (A suivre)

Auteur : Dr Alexis Dieth

Source : cedea

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