Par La Rédaction | Lementor.net
Ce vendredi 17 juillet 2026, Macky Sall est revenu à Dakar. Deux ans après avoir quitté le palais de la République au terme de son second mandat, l’ancien président sénégalais franchit de nouveau les portes de l’institution qu’il a dirigée pendant douze ans. Cette fois comme visiteur. Et comme demandeur. Parce que Macky Sall est candidat au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, et qu’il espère repartir de Dakar avec le soutien officiel du Sénégal pour sa campagne diplomatique internationale.
La scène aurait été impensable il y a dix-huit mois. En mars 2024, Macky Sall livrait sa dernière bataille politique pour empêcher Bassirou Diomaye Faye d’accéder au pouvoir. Il avait tenté une révision constitutionnelle rejetée par le Conseil constitutionnel, retardé l’organisation des élections, avant de finalement accepter une défaite cuisante au premier tour. Diomaye Faye avait été élu avec plus de 54 % des suffrages, score sans appel qui disait l’étendue du rejet de Macky Sall et de son régime par une partie significative de la population sénégalaise.
Et voilà que deux ans plus tard, le même Macky Sall frappe à la porte du successeur qui l’a battu. Et que ce successeur l’accueille. Ce retournement de situation n’est pas anecdotique. Il dit plusieurs choses simultanément sur la nature de la politique africaine et sur l’état particulier du Sénégal en ce mois de juillet 2026.
La candidature de Macky Sall au secrétariat général de l’ONU est en elle-même une information de première importance. Le poste de Secrétaire général de l’ONU est l’un des plus influents de la diplomatie mondiale. Le mandat d’António Guterres se termine en décembre 2026 et la question de sa succession commence à structurer les coulisses diplomatiques onusiennes. L’Afrique réclame depuis des années que ce poste revienne au continent après les mandats de Boutros Boutros-Ghali et Kofi Annan. Macky Sall, ancien président d’un pays démocratique stable, ancien président de l’Union africaine en 2022-2023, homme rompu aux négociations diplomatiques internationales, dispose d’un profil sérieux pour cette candidature. Son principal handicap est précisément l’image qu’il a laissée en quittant le pouvoir au Sénégal : un président qui a tenté de manipuler le processus électoral pour se maintenir ou placer son successeur. Ce passif récent pèsera dans les couloirs new-yorkais.
C’est précisément pour effacer ce passif ou l’atténuer que le soutien de Diomaye Faye lui est indispensable. Un Macky Sall candidat à l’ONU sans le soutien officiel de son propre pays serait une candidature fragilisée dès le départ. Un Macky Sall candidat avec le soutien du président sénégalais, même de celui qui l’a battu aux élections, dit au monde que le Sénégal a tourné la page de ses turbulences politiques et que son ancien président bénéficie de la confiance de ses concitoyens pour représenter l’Afrique sur la scène mondiale.
Pour Diomaye Faye, l’équation est plus complexe. Soutenir Macky Sall pour l’ONU, c’est d’abord un acte de politique étrangère qui peut renforcer le positionnement du Sénégal au sein du système onusien. Un Sénégalais au secrétariat général de l’ONU serait un atout diplomatique considérable pour Dakar, quelle que soit la couleur politique de l’homme qui occupe ce poste. C’est ensuite un signal de maturité démocratique : un président qui soutient son prédécesseur pour un poste international dit que la démocratie sénégalaise a la capacité de dépasser ses querelles internes quand l’intérêt national l’exige. C’est enfin, peut-être, un calcul politique : avec Macky Sall occupé à Genève ou à New York, sa présence dans le paysage politique sénégalais s’éloigne, réduisant d’autant les risques d’interférence dans les affaires intérieures du pays.
Ce que cette visite dit aussi, c’est que la poignée de main de Karim Wade avec Macky Sall et Diomaye Faye qui avait provoqué un scandale sur les réseaux sociaux sénégalais il y a quelques jours n’était peut-être pas si surprenante. Au Sénégal, les acteurs politiques se parlent. Les adversaires se rencontrent. Les ennemis d’hier deviennent les partenaires de demain quand les intérêts convergent. Ce n’est pas de la compromission. C’est de la politique.
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