Par La rédaction | Lementor.net
Robert Beugré Mambé a décidé de prendre personnellement en main la gestion de la crise des inondations. Le Premier ministre mobilise les sapeurs-pompiers, programme les déguerpissements, confirme les 12 000 logements, convoque les ministres concernés. Cette mobilisation est réelle. Elle est nécessaire. Elle est aussi, dans une certaine mesure, un aveu d’impuissance des mécanismes ordinaires qui auraient dû la rendre inutile.
Quand un Premier ministre doit personnellement sonner la riposte contre la pluie, c’est que les dispositifs de prévention existants n’ont pas fonctionné. Les 176 sites classés à risque recensés dans le district d’Abidjan sont connus. Les zones inondables sont cartographiées. Les bassins versants non maîtrisés sont documentés. Les caniveaux obstrués par les déchets sont visibles à l’œil nu avant chaque saison des pluies. Rien de ce qui s’est produit le 29 juin n’était imprévisible. Ce qui manquait, c’était la volonté d’agir avant que les morts ne rendent l’inaction indéfendable.
Le PDCI-RDA ne s’y est pas trompé. En réclamant une refonte des politiques publiques de gestion des risques et en rappelant que les fortes pluies ont causé près de 150 morts en cinq ans, le parti de Tidjane Thiam pose la question que le gouvernement refuse de formuler : pourquoi les mêmes quartiers meurent-ils chaque année sous les mêmes pluies ? La réponse n’est pas climatique. Elle est politique et institutionnelle.
La multiplication des structures censées gérer les risques urbains en Côte d’Ivoire sans coordination efficace entre elles est l’une des causes structurelles de cette impuissance récurrente. L’ONAD gère le drainage. La SODEXAM fait les prévisions. L’ONPC coordonne les secours. Les mairies gèrent l’espace urbain. Le District autonome d’Abidjan supervise. Et entre tous ces acteurs, les informations circulent mal, les responsabilités se diluent et les décisions tardent.
Ce que Beugré Mambé devrait faire, au-delà de la gestion d’urgence, c’est créer une chaîne de commandement unique, dotée de moyens préventifs suffisants, avec une responsabilité clairement identifiée et des sanctions réelles en cas de manquement. Une ville de cinq millions d’habitants ne peut pas gérer ses risques climatiques avec des mécanismes pensés pour une ville de cinq cent mille. L’urgence de juillet 2026 doit produire la réforme de structure que les urgences précédentes n’ont pas produite.
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