Par La rédaction | Lementor.net
Les 15 et 16 juillet 2026, le Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire a accueilli la deuxième édition du Forum International des Métiers et des Compétences organisé par l’AGEFOP. Deux jours après la clôture du Groupe consultatif qui venait de mobiliser 47 820 milliards de FCFA en engagements pour le PND 2026-2030, ce forum pose la question que personne dans les salles de conférence du Sofitel ne voulait entendre la semaine précédente : avec quel capital humain la Côte d’Ivoire compte-t-elle exécuter ce plan ?
La directrice générale de l’AGEFOP Karitia Coulibaly De Meideros l’a dit sans détour : les compétences sont le véritable moteur du développement. Cette phrase, prononcée dans une ville qui vient de battre tous ses records de mobilisation financière, dit ce que les chiffres économiques masquent. L’argent est arrivé. Les ingénieurs, les techniciens, les gestionnaires de projet, les spécialistes en énergies renouvelables, les agronomes modernes et les logisticiens capables de faire fonctionner les projets que cet argent financera ne sont pas encore là en nombre suffisant.
Ce décalage est documenté et récurrent. Les entreprises ivoiriennes se plaignent régulièrement, dans les études de la CGECI et dans les rapports de la Banque mondiale sur l’environnement des affaires, de la difficulté à recruter des profils techniques qualifiés pour des postes de niveau intermédiaire. Le taux de chômage des jeunes diplômés en zones urbaines reste paradoxalement élevé malgré une croissance dépassant 6 %. Ce paradoxe dit que le marché du travail ivoirien souffre d’une inadéquation structurelle entre les formations dispensées et les compétences demandées par une économie qui s’industrialise et se numérise à un rythme que le système éducatif ne suit pas encore.
La critique d’Ahoua Don Mello sur la vente aux enchères du PND au profit des multinationales au détriment des opérateurs locaux prend ici toute sa résonance concrète. Si la Côte d’Ivoire n’a pas assez d’ingénieurs locaux en génie civil pour construire ses routes, elle importera des entreprises chinoises avec leurs propres techniciens. Si elle n’a pas assez de spécialistes locaux en énergie renouvelable pour installer et maintenir ses centrales solaires, elle dépendra d’experts étrangers pour des décennies. Et si elle n’a pas assez de financiers locaux capables de structurer des deals de project finance complexes, les 80 000 milliards de FCFA attendus du secteur privé seront négociés et structurés par des banques d’affaires londoniennes et parisiennes dont les honoraires sortiront du pays avant même que le premier centime ne soit investi.
Le FIMEC est un espace de dialogue utile entre le gouvernement, les entreprises et les formateurs. Mais un forum biennal ne suffit pas à résoudre un déficit de compétences qui s’est constitué sur des décennies. Ce qu’il faut, c’est une réforme de fond du système de formation professionnelle qui coûtera cher, prendra du temps et exigera une cohérence de politique publique sur dix à quinze ans que les cycles électoraux de cinq ans ne favorisent pas naturellement. La Côte d’Ivoire a mobilisé 47 820 milliards pour construire ses infrastructures. Elle devrait mobiliser avec la même intensité pour construire les femmes et les hommes qui les feront fonctionner.
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