Par La Redaction | Lementor.net
Abidjan. Lomé. Accra. Ces trois capitales présentent ce même spectacle récurrent et désolant : des rues transformées en rivières, des quartiers coupés du reste de la ville, des familles qui attendent les secours perchées sur leurs toits. Le ministre ivoirien de la Communication Amadou Coulibaly l’a reconnu sans détour : le bilan est particulièrement élevé cette saison, lié au dérèglement climatique, alors que la saison des pluies ne fait que commencer. Cette phrase dit les deux dimensions du problème : l’aggravation réelle des phénomènes météorologiques due au changement climatique d’une part, et l’incapacité structurelle des villes à absorber des précipitations qui ne sont pas nouvelles de l’autre.
La saison des pluies 2026 en Côte d’Ivoire est déjà la plus meurtrière depuis plusieurs années. Les 59 morts des inondations du 29 juin dans le district d’Abidjan. Les six morts de Bingerville début juin. Les trois morts du fromager de Nimbo à Bouaké le 11 juillet. Les deux ouvriers électrocutés à Abobo Dokoui le 8 juillet. Ces chiffres s’accumulent avec une régularité qui dit que la réponse institutionnelle actuelle est insuffisante et que les annonces de travaux après chaque drame n’empêchent pas le drame suivant.
Ce que partagent Abidjan, Lomé et Accra, c’est une histoire commune d’urbanisation non maîtrisée sur des territoires naturellement vulnérables aux inondations. Ces trois villes côtières ou lagunaires ont crû à des vitesses que leurs infrastructures de drainage n’ont jamais pu suivre. Des centaines de milliers de personnes vivent dans des zones inondables que les règles d’urbanisme auraient dû protéger de la construction. Les réseaux de caniveaux et de canaux, insuffisamment dimensionnés lors de leur construction et rarement entretenus depuis, sont régulièrement obstrués par les déchets solides que les systèmes de collecte ne parviennent pas à évacuer complètement. Et le changement climatique, en intensifiant les épisodes pluvieux et en concentrant des précipitations plus importantes sur des durées plus courtes, transforme des crues gérables en catastrophes meurtrières.
Les solutions existent et sont documentées. Un drainage urbain dimensionné pour les volumes pluviométriques réels. Une application rigoureuse des règles d’urbanisme qui protège les zones inondables de la construction. Un système de collecte des déchets solides suffisamment efficace pour que les caniveaux restent dégagés. Et un programme de relogement des populations des zones à risque vers des sites aménagés avec des logements accessibles et des infrastructures de base. Ces solutions ne sont pas mystérieuses. Elles sont coûteuses, politiquement difficiles à mettre en œuvre parce qu’elles impliquent de déplacer des populations qui votent, et elles exigent une continuité d’action sur dix à vingt ans que les cycles électoraux de quatre à cinq ans ne favorisent pas.
Le PND 2026-2030 de la Côte d’Ivoire qui vient de mobiliser 47 820 milliards de FCFA en engagements lors du groupe consultatif doit faire de la résilience urbaine un chantier prioritaire et non résiduel. Les morts de chaque saison des pluies ne sont pas une fatalité climatique. Ce sont les victimes d’un choix de gouvernance qui consiste à construire des autoroutes et des gratte-ciel pendant que les caniveaux se bouchent et que les familles les plus vulnérables restent dans les zones que la pluie tue chaque année.
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