Par La Rédaction | Lementor.net
Fraîchement réélu à la tête du PPA-CI lors du congrès du parti, Laurent Gbagbo fait face à ce qui pourrait être le défi politique le plus difficile de sa longue carrière : unifier une gauche ivoirienne profondément fragmentée autour de lui, face à un RHDP hégémonique qui contrôle l’État, les institutions et la majorité des ressources de la politique ivoirienne.
Les obstacles sont réels et nombreux. Le premier est la fragmentation de sa propre famille politique. Depuis son retour de La Haye en 2021, Gbagbo a fondé le PPA-CI mais ses anciens lieutenants du FPI ont tracé leurs propres chemins. Simone Ehivet Gbagbo dirige le MGC. Pascal Affi N’Guessan préside le FPI historique. Des cadres comme Hubert Oulaye, Laurent Akoun et d’autres figures historiques de la galaxie Gbagbo ont des positionnements qui ne coïncident pas toujours avec la ligne du PPA-CI. Cette dispersion dit que l’autorité morale de Gbagbo, réelle mais contestée, ne s’est pas encore traduite en rassemblement organisé.
La conférence de presse du 30 juin et le Pacte social ont été une tentative de se repositionner sur un terrain social et rassembleur. Gbagbo a annoncé des propositions alternatives pour la réforme électorale : nous proposons mieux, a-t-il dit. Bientôt, lorsque nous aurons achevé de mettre nos structures en place, nous ferons nos propositions. Cette formulation dit à la fois l’ambition et le délai. Le PPA-CI n’a pas encore terminé de mettre ses structures en place. Dans un pays où les municipales de 2027 et la présidentielle de 2030 approchent à grands pas, ce retard structurel est une faiblesse que le RHDP n’hésitera pas à exploiter.
Les libérations de Moïse Lida Kouassi et Ibrahim Zigui le 6 juillet ont donné un signal d’apaisement qui renforce momentanément la position de Gbagbo dans son rapport au pouvoir. Mais ces libérations sont aussi le signe que l’État contrôle le calendrier politique de l’opposition : il libère quand il le juge opportun, il emprisonne quand il l’estime nécessaire. Tant que le PPA-CI ne disposera pas d’une organisation territoriale dense et d’une base militante mobilisée indépendamment des relations entre son président et le pouvoir, sa capacité à peser dans les scrutins de 2027 et 2030 restera limitée.
Leave a comment