Par La rédaction | Lementor.net
Par décret numéro 2026-1318 du 13 juillet 2026, le président de la République Bassirou Diomaye Faye a nommé Ousmane Diagne membre et président du Conseil constitutionnel, en remplacement de feu Mamadou Badio Camara. Le décret, signé à Dakar ce lundi 13 juillet, a été rendu public par le ministre secrétaire général de la Présidence de la République Oumar Samba Ba. En quelques lignes administratives, Diomaye Faye vient de placer à la tête de l’institution gardienne de la Constitution l’un des magistrats les plus respectés et les plus redoutés du paysage judiciaire sénégalais. Un homme dont la carrière est construite sur un seul mot : le refus.
Pour comprendre ce que représente Ousmane Diagne, il faut remonter le fil d’une carrière qui a commencé à Saint-Louis il y a plus de trente ans. Natif de Thiès, il a progressé méthodiquement dans les rouages d’une magistrature sénégalaise souvent soumise aux pressions de l’exécutif, en occupant successivement les fonctions de doyen des juges d’instruction, de procureur de la République, de procureur général près la Cour d’Appel de Dakar et enfin de premier avocat général près la Cour Suprême avant d’être nommé ministre de la Justice dans le premier gouvernement Diomaye-Sonko en avril 2024.
Ce parcours serait ordinaire si chaque étape n’avait pas été marquée par des épisodes qui ont construit sa légende. En 2011, alors procureur de la République, il refuse de recevoir Thiat du mouvement Y’en a marre, arrêté sans mandat clair. Le geste est rare dans un système où les magistrats du parquet, soumis à l’autorité hiérarchique du ministre de la Justice, se retrouvent souvent dans la position inconfortable de servir le pouvoir tout en rendant la justice. En 2012, il s’oppose ouvertement à un non-lieu dans l’affaire Ndiaga Diouf qui mettait en cause Barthélémy Dias, alors jeune maire en devenir. Ce refus lui vaut d’être limogé dans des conditions tendues par l’ancienne ministre de la Justice Aminata Touré, celle-là même qui pilote aujourd’hui le comité de réflexion pour la création du parti de Diomaye Faye. L’ironie de l’histoire sénégalaise est parfois d’une densité remarquable. Lors de la passation avec son successeur, Ousmane Diagne prononce une phrase qui restera dans les annales de la magistrature sénégalaise : Je n’ai jamais été autre chose qu’un procureur de la République, pas un procureur du gouvernement.
Cette phrase est son programme politique et sa biographie résumés en une ligne. Elle dit qu’il a compris depuis le début de sa carrière que la tentation permanente du juge sénégalais était de devenir l’instrument du pouvoir. Et qu’il avait décidé de résister à cette tentation quel qu’en soit le prix. Il a payé ce prix : le limogeage de 2012 en est la preuve. Mais il a aussi été récompensé de cette résistance : nommé procureur général près la Cour d’Appel de Dakar sous Macky Sall malgré ses prises de positions, puis avocat général à la Cour Suprême, puis ministre de la Justice dans le premier gouvernement Diomaye.
Pour répondre à votre question sur les liens avec la condamnation de Sonko : Ousmane Diagne n’est pas celui qui a condamné Sonko. Il est précisément l’inverse. En tant que procureur général à la Cour Suprême, il avait plaidé en faveur de la réintégration d’Ousmane Sonko sur les listes électorales, conformément à la décision du tribunal d’instance de Ziguinchor, tout en s’opposant à l’agent judiciaire de l’État qui voulait bloquer cette réintégration. C’est ce positionnement favorable à Sonko dans l’un des dossiers judiciaires les plus sensibles de la période Macky Sall qui lui a valu d’être choisi comme premier ministre de la Justice du gouvernement Diomaye-Sonko en avril 2024.
Son passage à la Justice a été marqué par la même intransigeance que sa carrière de magistrat. Lors d’une audition très attendue à l’Assemblée nationale, il avait déclaré face aux députés : Je n’ai jamais accepté qu’on fasse pression sur moi. Et qu’on ne compte pas sur moi pour en exercer sur les magistrats du siège. Ces mots, prononcés devant le Parlement dans un pays où les relations entre pouvoir exécutif et système judiciaire sont constamment décriées, avaient eu l’effet d’une gifle salutaire sur un débat public qui attendait depuis longtemps ce type de clarté institutionnelle. Son départ du gouvernement lors du remaniement qui a suivi la crise Diomaye-Sonko a été interprété par certains comme une mise à l’écart liée précisément à cette indépendance qui gênait certains dans l’entourage du pouvoir.
C’est dans ce contexte que sa nomination à la présidence du Conseil constitutionnel prend tout son sens et toute sa portée. Le Conseil constitutionnel est l’institution qui valide les candidatures aux élections, qui tranche les conflits de compétence entre pouvoirs publics et qui se prononce sur la constitutionnalité des lois. C’est précisément cette institution qui avait invalidé la révision constitutionnelle de Sonko le 9 juillet 2026, annulant le texte qui aurait interdit à Diomaye de diriger un parti. Et c’est cette même institution qui sera saisie de tous les contentieux électoraux à venir, notamment lors des municipales de 2027 et de la présidentielle de 2030.
En nommant Ousmane Diagne à sa tête, Diomaye Faye envoie un signal puissant. Il dit que l’institution qui arbitre la vie politique sénégalaise sera dirigée par un homme dont l’indépendance n’est pas une déclaration de principe mais une réalité documentée par trente ans de carrière. Un homme qui a dit non à Wade, non à Macky, et qui a dit oui à Sonko non pas par militantisme politique mais parce que le droit le commandait. Un homme qui a été limogé pour son intégrité et récompensé pour elle. La nomination d’Ousmane Diagne à la présidence du Conseil constitutionnel est peut-être l’acte le plus sain que Diomaye Faye ait posé depuis le début de la crise institutionnelle avec Sonko. Dans un Sénégal où la guerre politique entre les deux anciens alliés menace de contaminer toutes les institutions, placer à la tête de l’arbitre constitutionnel suprême un homme que personne ne peut accuser d’être à la botte de qui que ce soit est une décision de sagesse rare.
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