Par La Rédaction | Lementor.net
Le marché Gouro de Yopougon, l’un des espaces commerciaux populaires les plus animés de la commune la plus peuplée d’Afrique de l’Ouest francophone, a été rasé. Les commerçants tirent la sonnette d’alarme. Cette opération de destruction s’inscrit dans la continuité d’une politique de réorganisation de l’espace urbain abidjanais qui accumule les dossiers sensibles depuis le début de l’année 2026 : Koumassi Campement le 3 juin, Vridi-3 Zimbabwe dans les jours suivants, et maintenant le marché Gouro à Yopougon.
Le marché Gouro n’est pas un marché ordinaire. Son nom évoque directement la communauté Gouro, ethnie du centre-ouest de la Côte d’Ivoire dont de nombreux membres se sont installés à Yopougon et ont fait de ce marché un espace commercial et culturel à part entière. Pour des centaines de commerçants qui y gagnaient leur vie quotidiennement, souvent sans autre source de revenus, cette destruction est une catastrophe économique immédiate. Un étal de marché informel n’est pas une activité de loisir. C’est souvent le seul outil de travail d’une famille, le seul revenu qui permet de payer l’école des enfants et de nourrir le foyer.
La question qui se pose systématiquement dans ces opérations est celle de la préparation et de l’accompagnement. Les commerçants ont-ils été prévenus suffisamment à l’avance pour organiser leur déménagement et trouver un espace alternatif ? Un site de relogement commercial a-t-il été identifié et aménagé pour les accueillir ? Des mécanismes d’indemnisation ont-ils été prévus pour compenser la perte d’investissements dans des équipements, des stocks et des infrastructures que ces commerçants avaient construits au fil des années ? Ces questions ne remettent pas en cause la légitimité d’une politique de réorganisation de l’espace urbain. Elles en conditionne l’humanité et la justice sociale.
Le Premier ministre Robert Beugré Mambé avait annoncé lors de la clôture du groupe consultatif que le PND 2026-2030 ferait du développement économique inclusif l’une de ses priorités centrales. L’inclusion économique dont il s’agit dans ces discours commence par la protection des revenus des plus vulnérables, ceux qui n’ont pas d’autre filet de sécurité que leur étal de marché. Le marché Gouro rasé dit qu’entre les ambitions du PND et la réalité quotidienne des commerçants de Yopougon, il y a un espace que la politique sociale doit combler.
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